Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411070

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de la préfète du Val-de-Marne rejetant la demande de titre de séjour de Mme A. Le tribunal a écarté l'exception de non-lieu à statuer soulevée par la préfète, estimant que la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ne retire pas la décision implicite de rejet. Cependant, il a jugé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car Mme A n'a pas démontré que l'absence de renouvellement de son attestation menaçait son emploi ou l'exposait à un risque d'éloignement imminent, compte tenu de sa situation personnelle. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Boulestreau, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 17 juillet 2024 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout autre préfet territorialement compétent de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler d'une durée de six mois, dès la notification de cette ordonnance et sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que le défaut de justificatif de la régularité de son séjour menace l'emploi qu'elle occupe dans une école de commerce en qualité de coordinatrice pédagogique ;

- elle est exposée au risque d'être éloignée à tout moment alors qu'elle est mariée avec un ressortissant français et qu'elle est enceinte ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation, faute pour la préfète d'avoir répondu dans le délai imparti à sa demande de communication des motifs du rejet implicite de sa demande, envoyée par lettre recommandée le 6 septembre 2024 ;

- elle est contraire aux dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024 à 10 h 03, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire à son rejet.

Elle fait valoir qu'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 16 décembre 2024 a été mise à la disposition de Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 septembre 2024 à 14 h 00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort,

- et les observations de Me Capuano, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.

Mme A n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante chinoise née le 23 octobre 1990 à Anhui (Chine), entrée en France le 26 août 2018 sous couvert d'un visa long séjour mention " étudiant ", a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention du 1er juillet 2021 au 30 juin 2024. Le 17 mars 2024, la requérante a demandé le renouvellement de ce titre de séjour avec changement de statut vers celui de " vie privée et familiale ", en conséquence de son mariage le 16 septembre 2023 avec un ressortissant français. L'attestation de prolongation d'instruction mise à sa disposition est arrivée à expiration le 3 septembre sans être renouvelée. Mme A demande la suspension de l'exécution du rejet implicite de sa demande de titre de séjour.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative auraient perdu leur objet en conséquence de la délivrance, le 17 septembre 2024, d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 16 décembre 2024. Toutefois, un tel document ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour de la requérante mais lui permet simplement de justifier de la régularité de son séjour pendant trois mois, le temps de l'instruction de cette demande. En conséquence, la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ne saurait être regardée comme retirant ou abrogeant la décision implicite par laquelle la préfète a rejeté la demande de titre présentée par Mme A. Il s'ensuit que l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. Pour soutenir que la condition l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait remplie, Mme A se prévaut de l'absence de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction, alors que sa demande porte sur le renouvellement d'un titre de séjour, et les risques d'éloignement et de suspension de son contrat de travail, voire de licenciement, auxquels cette situation l'expose, alors qu'elle est enceinte. Toutefois, il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de sa requête, Mme A a été rendue destinataire d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction, valable du 17 septembre 2024 au 16 décembre 2024. Il s'ensuit qu'à la date de notification de la présente ordonnance, les circonstances invoquées ne sont plus de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme A.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction avec astreinte.

Sur les frais de justice :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés,

Signé : C. LetortLa greffière,

Signé : C. Sistac

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,