Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411173

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411173
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de refus de titre de séjour opposée à M. A, ressortissant algérien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la décision contestée ne constituait ni un refus de renouvellement ni un retrait de titre, mais une première demande de changement de statut (d'étudiant à "vie privée et familiale"). En l'absence de présomption d'urgence et d'éléments probants démontrant une atteinte grave et immédiate à sa situation, la requête a été rejetée comme manifestement mal fondée, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, M. B C A, représenté par Me Ancion, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, prise le 5 septembre 2024 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer le titre de séjour qu'il a sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle durant ce réexamen dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, désigné M. Zanella, premier conseiller, pour statuer sur les référés présentés sur le fondement des dispositions du livre V du même code.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". En vertu des dispositions de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction contradictoire ni audience publique lorsque la demande dont il est saisi ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de cette demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. M. A, qui, de nationalité algérienne, est titulaire d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 14 septembre 2024, s'est vu notifier le 5 septembre 2024, via la téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dénommé " ANEF ", la " clôture ", au motif que la durée de sa vie commune avec sa conjointe française depuis son mariage est inférieure à six mois, de la demande de titre de séjour qu'il avait déposée au moyen du même téléservice le 8 juillet précédent. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l'exécution de la décision ainsi prise, et qui doit être regardée, eu égard à son motif, comme une décision de refus de titre de séjour, sur le fondement des dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. D'une part, il résulte de l'instruction, et n'est au demeurant pas contesté par lui, que M. A n'a pas demandé le renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiant " dont il est actuellement détenteur mais la première délivrance d'un autre titre de séjour, à savoir un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement du 2) de l'article 6 de l'accord-franco-algérien du 27 décembre 1968. Il s'ensuit que, la décision en litige n'ayant dès lors pas pour objet de lui refuser le renouvellement d'un titre de séjour, ni de lui retirer un tel titre, le requérant ne peut, contrairement à ce qu'il prétend, et nonobstant la circonstance qu'il remplirait les conditions pour se voir délivrer de plein droit un nouveau titre de séjour en qualité de conjoint d'une Française, bénéficier en l'espèce de la présomption mentionnée au point précédent.

5. D'autre part, pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision en litige, M. A fait d'abord valoir que cette décision l'expose au risque de se trouver sans ressource, parce qu'elle l'empêche d'exercer une activité professionnelle et compromet ainsi sa future collaboration avec l'entreprise qui lui a consenti une promesse d'embauche en qualité de technicien de maintenance sous contrat à durée indéterminée le 21 février 2024. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles l'auteur de cette promesse aurait, dans un premier temps, accepté de maintenir celle-ci jusqu'à ce qu'il obtienne un nouveau titre de séjour lui permettant, à la différence de celui dont il est actuellement détenteur, de travailler à temps complet mais envisagerait désormais de recruter une autre personne pour occuper l'emploi mentionné ci-dessus s'il ne régularisait pas sa situation au mois de septembre 2024. Il n'apporte en outre aucun élément permettant d'apprécier l'incidence concrète et immédiate du refus de titre de séjour en litige sur sa situation financière et la capacité de son ménage à subvenir à ses besoins, alors qu'il n'allègue même pas avoir déjà exercé une activité professionnelle depuis son entrée en France, le 12 mars 2022, et qu'il résulte de l'instruction, en particulier de la lecture de la copie intégrale d'acte de mariage qu'il produit, que sa conjointe française occupe quant à elle un emploi de responsable commerciale. Dans ces conditions, le risque de perte de ressources invoqué par l'intéressé ne peut être regardé, en l'état de l'instruction, comme suffisant à caractériser l'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Si le requérant fait par ailleurs valoir qu'il sera, du fait de l'irrégularité de sa situation administrative après l'expiration de son actuel titre de séjour, exposé au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et privé de droits sociaux qui s'attachent à la possession d'un document de séjour, ces circonstances ne constituent cependant pas, par elles-mêmes, des circonstances particulières au sens indiqué ci-dessus au point 3. Il en va de même, enfin, des circonstances que l'intéressé a toujours séjourné régulièrement en France depuis qu'il y est entré, que, selon ses déclarations, il y a poursuivi son parcours universitaire, qu'il y mène une vie commune stable avec sa conjointe française depuis plus de deux ans, qu'il a accompli toutes les démarches nécessaires à son changement de statut en présentant une demande complète et qu'il remplit les conditions de délivrance de plein droit du titre de séjour qu'il a sollicité.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A, y compris ses conclusions accessoires aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l'article

L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A.

Fait à Melun, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

Signé : P. Zanella

La République mande et ordonne au ministre chargé de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,