Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411186

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411186
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. B. Ce dernier sollicitait la suspension de l'arrêté du maire de Vitry-sur-Seine l'excluant du marché communal pour six mois, invoquant une atteinte grave à sa liberté d'entreprendre. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant n'a pas démontré que la décision contestée, entrée en vigueur depuis le 28 août 2024, compromettait de manière imminente et irréversible la pérennité de son activité professionnelle. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte ou de la violation du principe du contradictoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Fouace, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du 5 août 2024 par lequel le maire de la commune de

Vitry-sur-Seine a prononcé son exclusion du marché communal pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vitry-sur-Seine la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence de sa demande est justifiée par le caractère imminent de l'entrée en vigueur de l'arrêté en litige, depuis le 28 août 2024, l'impossibilité d'exercer son activité professionnelle depuis cette date mettant celle-ci en péril ;

- la décision étant assortie de l'engagement d'une nouvelle procédure d'autorisation, la place de marché qu'il occupe pourrait être attribuée à un autre commerçant ;

- cette décision porte une atteinte grave à sa liberté d'entreprendre puisqu'elle le prive de la possibilité d'exercer son commerce sur le marché communal pendant dix-huit mois et soumet sa reprise à l'examen d'une nouvelle demande d'autorisation, circonstances risquant d'entraîner la fermeture de son entreprise ;

- l'arrêté litigieux est signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avoir respecté le principe du contradictoire ;

- il est fondé sur l'exercice du pouvoir de police que le maire tire du 3° de l'article

L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, alors qu'en matière sanitaire, l'exercice de contrôles relève exclusivement des services du ministère de l'agriculture, sur le fondement des articles L. 231-6, R. 206-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime ;

- les faits justifiant la décision contestée ont été constatés par des agents de la police municipale, sans qu'aucune démarche n'ait été effectuée auprès des services d'hygiène compétents ;

- il appartient à la commune de prouver que les manquements reprochés constituent des infractions au règlement intérieur du marché communal, que la sanction prononcée est prévue par ce règlement et que la publicité de ce règlement a été effectuée auprès des commerçants du marché ;

- il a été empêché d'alimenter ses vitrines et son système de réfrigération en conséquence des dysfonctionnements du générateur électrique du marché, dont la responsabilité relève de la commune ;

- il a dû installer son propre système d'alimentation électrique, sur lequel se sont branchés des commerçants voisins, source de surtensions intervenues les 11 mars 2023 et

5 juin 2024, alors qu'aucun manquement au respect de la chaîne de froid n'a été relevé le

15 juin 2024 ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur sur la matérialité des faits et d'une erreur d'appréciation, à défaut de preuves de la matérialité des infractions relevées, et alors qu'il conteste avoir posé des marchandises directement sur le sol puisqu'elles ont toujours été stockées dans des cartons ou des bacs à viande ;

- le contrôle des services de police municipale est intervenu au moment du déchargement de ses marchandises, la disposition des cartons au sol ayant donc été provisoire ;

- la sanction prononcée à son encontre est disproportionnée, alors que les faits reprochés sont la conséquence de la négligence de la commune, qu'il n'a jamais posé de difficultés en sept ans d'activité et que les inspections effectuées le 22 mai 2019 et le

15 novembre 2023 par la direction départementale de la protection des populations ont été satisfaisantes ;

- l'arrêté en litige est entaché d'un détournement de pouvoir, la commune souhaitant l'écarter du marché pour des raisons étrangères à l'intérêt public, afin d'assurer son remplacement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.

3. M. B, artisan boucher exerçant sur le marché de Vitry-sur-Seine depuis 2016, a fait l'objet de procès-verbaux relevant le non-respect de normes sanitaires en date du

11 mars 2023, des 5 et 15 juin 2024. Le requérant a été convoqué par la commune le

26 juin et le 24 juillet 2024, et a présenté des observations par des courriers du 3 et du

30 juillet suivants. Par un arrêté du 5 août 2024, le maire de la commune de Vitry-sur-Seine a prononcé l'exclusion temporaire de M. B du marché communal pour une durée de

dix-huit mois. M. B demande la suspension de cet arrêté, sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative.

4. Pour justifier de l'urgence s'attachant à l'intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures, M. B se prévaut des conséquences de l'arrêté en litige sur la survie économique de sa société, dès lors que depuis le 28 août 2024, cette décision a mis fin à son activité artisanale sur le marché de la commune de Vitry-sur-Seine pour une durée de dix-huit mois. Toutefois, si de telles circonstances pourraient être de nature à justifier de l'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en revanche, elles ne suffisent pas à caractériser une urgence impliquant, sous réserve que

les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai contraint de

quarante-huit heures.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,