Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411209

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411209
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A, ressortissant marocain, qui demandait d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de changement de statut vers un titre de séjour "étudiant". Le juge estime que le requérant ne justifie pas d'une situation d'urgence, condition nécessaire pour bénéficier de la procédure de référé liberté, faute d'éléments suffisants sur son visa initial et les démarches alléguées. La décision est fondée sur l'absence de preuve d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale dans un délai de 48 heures.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 septembre 2024, M. B A doit être entendu comme demandant au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation afin de lui permettre d'obtenir un titre de séjour mention " étudiant ".

Il soutient que :

- entré en France sous couvert d'un visa long séjour d'un an pour la réalisation d'un stage de six mois, qu'il a validé, il souhaite poursuivre ses études en MBA en alternance auprès de l'INSEEC Campus de Paris ;

- il a quitté la France en juillet 2024 pour présenter une demande de visa, mais l'INSEEC l'a informé que les étudiants étrangers doivent résider en France depuis au moins un an pour pouvoir s'inscrire en MBA en alternance, c'est pourquoi il a présenté le

5 août 2024 une demande de changement de statut ;

- la préfecture du Val-de-Marne a rendu un avis défavorable à sa demande, au motif qu'il devrait retourner dans son pays d'origine afin de solliciter la délivrance d'un visa D mention " étudiant ", alors qu'il ne ressort pas des mentions des articles L. 313-7 ou R. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la détention d'un visa mention " stagiaire " ferait obstacle à une demande de changement de statut vers celui d'étudiant ;

- cette situation le met dans l'impossibilité de commencer son contrat d'apprentissage et l'expose au risque de perdre cette opportunité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement.

3. M. A, ressortissant marocain né le 12 décembre 1997 à Rabat (Maroc), qui serait entré en France courant 2023 sous couvert d'un visa mention " stagiaire " délivré le

23 août 2023, a saisi le 5 août 2024 la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne d'une demande de changement de statut vers celui d'étudiant. Par une décision du 22 août suivant, la préfète du Val-de-Marne a informé le requérant qu'aucune suite favorable ne pouvait être donnée à sa demande. M. A doit être entendu comme demandant, sur le fondement de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation afin de lui permettre d'obtenir un titre de séjour mention " étudiant ".

4. Toutefois, M. A n'apporte aucune précision sur le fondement légal du visa avec lequel il est entré sur le territoire français, et ne produit pas la copie de ce document. De même, aucune des pièces produites à l'appui de la requête ne permet d'étayer l'affirmation du requérant selon laquelle il se serait rendu en juillet 2024 au Maroc pour présenter une demande de visa mention " étudiant ", puis aurait été informé par l'INSEEC que les étudiants étrangers inscrits en MBA devraient avoir résidé en France pendant au moins un an. Dès lors, en l'état de l'instruction, les circonstances invoquées ne suffisent pas à caractériser une urgence impliquant, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans le délai contraint de quarante-huit heures.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

La juge des référés,

Signé : C. Letort

La République mande et ordonne ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,