Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411391
mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411391 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2024, M. A D, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît son droit d'être entendu tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que le principe du contradictoire ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'erreur de droit ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de la
Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces, enregistrées le 23 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-637 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application des articles L. 922-1 à
L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;
- les observations de Me Fresard, substituant Me Benoit-Grandière, représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle conclut en outre à ce que M. D soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de la part contributive de l'Etat, en application des articles 37 de la loi du
10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ; elle reprend les moyens soulevés dans les écritures, qu'elle développe, et soutient en outre que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la présence en France de M. D ne représente pas une menace pur l'ordre public et qu'il présente des garanties de représentation suffisantes et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à son édiction, et d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les observations de M. D, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du tribunal ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 28 septembre 1993 à Annaba (Algérie), déclare être entré en France le 14 septembre 2010. Par un arrêté du 12 septembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. D détenu par l'administration.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".
4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs soulevés contre l'ensemble des décisions attaquées :
5. En premier lieu, par un arrêté du 30 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 2 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B E, cheffe du bureau de l'éloignement et signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
8. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
9. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les services de police le 12 septembre 2024, avant l'édiction de l'arrêté contesté, le requérant a été entendu sur l'irrégularité de son séjour en France et la perspective de son éloignement. De plus, il ne ressort des pièces du dossier ni que le requérant aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Enfin, il n'est ni établi ni même allégué que M. D aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction des décisions contestées. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la
Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre l'arrêté attaqué.
11. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui déclare être entré en France le 14 septembre 2010, s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien régulièrement renouvelé du 27 novembre 2011 au 18 décembre 2019. S'il se prévaut de la durée de son séjour en France, la seule circonstance qu'il ait bénéficié de certificats de résidence algérien entre 2011 et 2019 ne suffit pas à l'établir, en l'absence de toute pièce produite par le requérant. Séparé, M. D se prévaut également de la présence en France de sa tante, domiciliée à Marseille, ainsi que de son fils, âgé de sept ans, qui réside avec son ex-compagne à Paris. Si M. D déclare à l'audience être séparé de son ex-compagne depuis 2019, bénéficier de la garde partagée de son fils, un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, en application d'un jugement du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Paris rendu en 2020 et exercer ce droit de garde, il ne produit toutefois aucune pièce au soutien de ses allégations. Il décrit à l'audience dans des termes très peu circonstanciés les activités qu'il mène avec son fils lorsqu'il en a la garde et déclare ignorer la classe et le nom de l'école au sein de laquelle est scolarisé son fils. M. D n'établit ainsi pas avoir noué des liens familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français. Il n'établit pas davantage, en dépit de la durée alléguée de sa présence en France, avoir noué des liens privés d'une particulière ancienneté, stabilité et intensité sur le territoire français. De plus, s'il se prévaut d'une insertion professionnelle en qualité de couvreur zingueur et de peintre en bâtiment, il ne produit là encore aucune pièce de nature à l'établir et déclare par ailleurs ne plus recevoir de bulletins de paie et ne pas disposer d'une autorisation de travail. Enfin, il n'établit ni être dépourvu de liens dans son pays d'origine, où résident a minima ses parents selon ses déclarations à l'audience, ni être dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux objectifs pour lesquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. En septième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien fondé, étant relevé que le requérant n'a fait état, lors de son audition par les services de police le 12 septembre 2024, d'aucun risque réel et personnel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.
15. En huitième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur les autres moyens soulevés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 16 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "
19. Pour prendre la décision contestée, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé, d'une part, sur la menace à l'ordre public que représente la présence en France du requérant en raison de sa participation à un attroupement en étant armé et de faits de dégradation ou détérioration du bien d'autrui, de violences aggravées par trois circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, violences suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, violences conjugales, menaces de mort réitérées, cambriolages de lieux d'habitation principale, conduite sans permis et faux permis de conduire algérien et, d'autre part, sur le risque que le requérant se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement en raison de son maintien sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son dernier titre de séjour sans en avoir demandé le renouvellement et de l'absence de garanties de représentation suffisantes faute de disposer d'un document de voyage ou d'identité en cours de validité et d'une résidence effective et permanente dans un local d'habitation.
20. Il ressort du procès-verbal établi lors de son audition par les services de police le 12 septembre 2024, après son interpellation et son placement en garde à vue à l'occasion desquels ont été trouvés sur lui de la cocaïne et un cutter, que le requérant a contesté sa participation à l'attroupement armé et mentionne les déclarations d'un témoin allant dans son sens. Si M. D soutient n'avoir pas été condamné pour ces faits, il ressort néanmoins des pièces du dossier qu'il est poursuivi pour usage illicite de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et est convoqué devant le tribunal correctionnel de Bobigny le 13 janvier 2025 dans le cadre d'une procédure d'ordonnance pénale. De plus, il ressort de l'extraction du fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) que le requérant a été signalisé par les services de police pour des faits de dégradation ou détérioration du bien d'autrui commis le 17 juin 2020, violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, violence aggravée par deux circonstances suivi d'incapacité n'excédant pas huit jours et dégradation ou détérioration de bien d'autrui commis le
27 février 2019, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité commis le
25 juillet 2018, violences conjugales et menaces de mort réitérées commis le 17 mai 2017, cambriolages de lieux d'habitation principale commis le 18 octobre 2016, conduite sans permis commis le 30 septembre 2015, faux permis de conduire algérien commis le 28 septembre 2015 et conduite sans permis commis le 16 février 2015. Le requérant, qui se borne à soutenir de manière générale que son inscription au FAED, si elle implique qu'il a été interpellé et auditionné par les services de police pour les faits qui y sont mentionnés, ne suffit pas à établir qu'il est l'auteur de ces faits, et à relever que le préfet ne produit pas les condamnations qui auraient été prononcées à son encontre, ne conteste pas sérieusement être l'auteur des faits en cause. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis, compte tenu de la nature des faits, de leur gravité et, pour certains, de leur caractère répété, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en considérant que la présence en France de M. D constitue une menace pour l'ordre public. De plus, il n'est pas contesté par le requérant qu'il se maintient irrégulièrement en France depuis l'expiration de son dernier titre de séjour en 2019 sans en avoir demandé le renouvellement. Dans ces conditions, à supposer même que le requérant présente, comme il le soutient à l'audience, des garanties de représentation suffisantes, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que le requérant présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, le moyen doit être écarté.
21. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur l'autre moyen soulevé contre la décision fixant le pays de destination :
22. Il résulte de ce qui a été dit au point 16 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
Sur les autres moyens soulevés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 16 que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
25. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
26. D'une part, M. D, en se prévalant de la durée de son séjour en France, des titres de séjour dont il a bénéficié entre 2011 et 2019, de la présence en France de son fils et de l'activité professionnelle qu'il a exercée, ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit aux points 13 et 20, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article
L. 612-10 en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour eu égard à l'absence de justification de la durée du séjour en France, à l'absence de liens avec la France et à la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
27. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
28. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Fresard et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 25 septembre 2024.
Le magistrat,
Signé : T. BOURGAULa greffière,
Signé : C. MAHIEU
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2411391