Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411495
lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411495 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, la société civile immobilière (SCI) Soleil 1000, représentée par Me Billémaz, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a déclaré impropre à l'habitation le local aménagé dans le sous-sol du pavillon sis 20 quai Victor Hugo à Champigny-sur-Marne, et l'a tenue d'assurer le relogement de
M. C, occupant des lieux, dans le délai de deux mois, ou a minima, de suspendre l'exécution de cet arrêté en tant qu'il pose cette dernière obligation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision en litige lui impose de reloger une personne dont elle conteste la qualité d'occupant, dans le délai de
deux mois, circonstance portant atteinte au droit de propriété ;
- M. C n'est pas un occupant au sens de l'article L. 521-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il est entré dans le local incriminé à son insu et s'est maintenu dans les lieux sans son accord ni acquitter de loyer ;
- sa présence découverte le 20 janvier 2023 dans un studio situé à l'étage du pavillon, M. C a affirmé avoir récupéré le bail et les clefs de son cousin, parti sans préavis en laissant une dette de plusieurs milliers d'euros ;
- elle n'a entamé que tardivement des démarches pour son expulsion, contre l'engagement qu'il quitterait les lieux dès qu'il aurait trouvé un logement, engagement qu'il n'a pas tenu ;
- l'agence régionale de santé n'apporte aucune preuve du fait que M. C disposerait d'un droit réel conférant l'usage, d'un droit de location ou même d'une occupation de bonne foi du local incriminé ;
- M. C n'occupait plus le local n° 103 à la date de l'arrêté en litige, puisque l'ensemble des locaux situés en rez-de-chaussée du pavillon ont fait l'objet de travaux, afin de se conformer à l'injonction faite par une lettre du maire du 20 mai 2024 de restaurer le garage, rendant son occupation définitivement impossible.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, la préfète du
Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'obligation de relogement prescrite par l'arrêté repose sur les faits constatés lors des visites des 8 et 20 novembre et du 20 décembre 2023, permettant de caractériser l'impropriété des locaux et les situations locatives des occupants des sept locaux concernés, dont celle de M. C ;
- le rapport en date du 1er février 2024 précise que selon la précédente gérante locative, les sept occupants de ces logements ne sont pas des squatteurs ;
- la SCI Soleil 1000, qui a divisé un pavillon en douze locaux à fin d'habitation, ne conteste pas avoir eu des locataires et que les travaux de réfection qui étaient prévus ont été retardés à cause de l'occupation des lieux ;
- les représentants de la société requérante ne pouvaient pas ignorer la présence de M. C, alors que l'attestation de paiement en date du 10 janvier 2023 prouve qu'il était précédemment locataire d'un autre logement au sein du pavillon ;
- il ressort de l'ensemble des circonstances établies lors des visites que M. C disposait d'un bail verbal, tandis que la SCI Soleil 1000 n'a entamé aucune procédure de résiliation de ce bail, comme elle le concède ;
- à défaut d'une résiliation du bail par décision judiciaire, M. C ne peut pas être considéré sans droit ni titre ;
- les relations contractuelles entre la SCI Soleil 1000 et M. C relèvent de la seule juridiction judiciaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 19 septembre 2024 à 14h00, ont été entendus :
- Mme Letort, qui a lu son rapport ;
- et les observations de Me Billémaz, représentant la SCI Soleil 1000, en présence de Mme A, gérante de la société, qui soutient en outre avoir eu connaissance de la présence de M. C sans l'avoir acceptée, d'abord au premier étage du pavillon, puis au
rez-de-chaussée de ce dernier auquel il a eu accès grâce à Mme B, alors amie du
co-gérant de la société, logée dans le pavillon contre l'engagement de gérer les personnes présentes, qui a donné les clefs du local n° 103 à M. C au moment de son départ à
l'été 2023, qu'elle a conscience qu'elle aurait dû engager une procédure judiciaire d'expulsion mais qu'elle a d'abord cru à la possibilité d'une solution amiable, au regard de la fragilité de la situation de M. C et de l'engagement pris de partir, non respecté, que les pièces produites en défense ne permettent pas d'établir que M. C serait un occupant de bonne foi, alors qu'elle n'a ni accepté sa présence dans les lieux, ni perçu de loyer à ce titre, que ce dernier a quitté le pavillon sans l'en avoir informée, ce qui a permis la réalisation des travaux demandés dans le local n° 103, et qu'en conséquence il n'existe pas d'obligation de le reloger, alors en outre que M. C est dépourvu de papiers et ne se présente à aucun des
rendez-vous qui lui ont été fixés pour trouver une solution de logement avec des associations.
La préfète du Val-de-Marne n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
2. Le pavillon sis 20 quai Victor Hugo sur le territoire de la commune de Champigny-sur-Marne, dont la gestion a été confiée à la SCI Soleil 1000, a fait l'objet de visites du service d'hygiène et de santé de cette commune les 8, 20 novembre et
20 décembre 2023, lequel a effectué le 28 février 2024 un signalement auprès de l'agence régionale de santé. Par une lettre du 14 mars suivant, cette agence a invité la société requérante à présenter ses observations, que cette dernière a produites par une lettre du
16 mars 2024. Par un avis du 23 avril 2024, le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques a conclu à l'absence de solution pour remédier à l'insalubrité des lieux. Par un arrêté du 18 juillet 2024, la préfète du Val-de-Marne a constaté cette insalubrité et a enjoint à la SCI Soleil 1000 d'assurer le relogement de M. C, occupant le logement n° 103 du pavillon, dans le délai de deux mois. La société Soleil 1000 demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
3. Au regard des pièces produites en défense, aucun des moyens soulevés par la SCI Soleil 1000 n'est de nature, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté pris par la préfète du Val-de-Marne le 18 juillet 2024.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SCI Soleil 1000 sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête présentée par la SCI Soleil 1000 est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Soleil 1000 et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : C. Sistac
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2411490