Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411501
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Siran, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du
Val-de-Marne a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une carte de résident ou une carte de séjour pluriannuelle à titre provisoire, ou à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie, alors en outre que son maintien pendant plus d'un an et demi sous attestations de prolongation d'instruction le place dans une situation de constante instabilité et risque d'entraîner la rupture de son contrat de travail ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, la préfète du
Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire à son rejet.
Elle fait valoir que le dossier de M. A reste en attente de la validation de son état civil par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qu'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction a été mise à sa disposition sur son compte personnel ANEF, valable jusqu'au 23 mars 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 26 septembre 2024 à 14h00, ont été entendus :
- le rapport de Mme Letort ;
- les observations de Me Siran, représentant M. A, absent, qui soutient en outre que sa requête est fondée sur la certitude qu'il n'aurait pas obtenu spontanément de nouvelle attestation de prolongation d'instruction, que la décision implicite de rejet reste en vigueur, que l'urgence de sa demande est fondée sur son maintien dans une situation précaire sur une période anormalement longue alors qu'il perd son emploi à chaque interruption de la régularité de son séjour, que sa demande ne présente aucune difficulté au fond, que son état civil a été établi en 2018 et n'appelle aucune nouvelle saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qu'en conséquence l'injonction demandée porte sur la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle à titre provisoire ;
- et les observations de Me Kao, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui fait valoir en outre que ses services se trouvent dans l'attente de la validation de l'état civil de
M. A, qui doit intervenir à chaque demande de renouvellement de titre de séjour, et qu'en conséquence de cette situation de blocage, les conclusions de la requête fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ou réduites à de plus justes proportions.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 1er mars 1995 à Faqir Bai Baghlan (Afghanistan), a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 janvier 2018. Une carte de séjour pluriannuelle a été délivrée au requérant le 14 mai 2019, dont il a demandé le renouvellement le 6 février 2023. M. A demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande.
Sur la fin de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. La préfète du Val-de-Marne fait valoir que les conclusions présentées par
M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative auraient perdu leur objet, en conséquence de la délivrance, le 24 septembre 2024, d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 23 mars 2025. Toutefois, un tel document ne se prononce pas sur la demande de titre de séjour du requérant mais lui permet simplement de justifier de la régularité de son séjour pendant six mois, le temps de l'instruction de cette demande. En conséquence, la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction ne saurait être regardée comme retirant ou abrogeant la décision implicite par laquelle la préfète a rejeté la demande de titre présentée par M. A. Il s'ensuit que la fin de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension de l'exécution d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts que celui-ci entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension de l'exécution d'une décision relative au séjour en France d'un étranger, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour de ce dernier. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
5. Pour soutenir que la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative serait remplie, M. A se prévaut de la présomption applicable aux demandes de renouvellement de titre de séjour, ainsi que du risque d'éloignement et de rupture de contrat de travail auquel l'exposerait l'absence de tout justificatif de la régularité de son séjour à l'expiration, le 23 septembre 2024, de l'attestation de prolongation d'instruction mise à sa disposition. Toutefois, la préfète du Val-de-Marne fait valoir des circonstances particulières, tirées de ce que le 24 septembre dernier, soit le lendemain de la date d'expiration de sa précédente autorisation provisoire de séjour,
M. A a été rendu destinataire d'une nouvelle attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre. Il s'ensuit qu'à la date de notification de la présente ordonnance, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension immédiate de la décision implicite de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. A.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que celles à fin d'injonction assorties d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative et à fin d'injonction sont rejetées.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
La juge des référés,La greffière,
Signé : C. LetortSigné : C. Sistac
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,