Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411545

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411545
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête en référé suspension de M. A, qui contestait la décision du préfet de Seine-et-Marne du 22 août 2024 suspendant son permis de conduire pour six mois à la suite d'un excès de vitesse (130 km/h retenu au lieu de 90 km/h). Le juge a estimé que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'était pas remplie, car la situation invoquée par le requérant (nécessité professionnelle de son véhicule) résultait exclusivement de son propre comportement. La solution retenue est le rejet de la demande de suspension, sans examen des moyens soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Petit, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 22 août 2024 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui restituer son permis de conduire dès la notification de l'ordonnance d'annulation de la décision contestée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) la somme de 1.500 euros au titre des frais irrépétibles.

Il indique qu'il a été contrôlé le 21 août 2024 sur la route nationale 3 et qu'il lui a été reproché une vitesse de 130 kilomètre-heure, contre 90 autorisés et que, par une décision du 22 août 2024, il a fait l'objet par le préfet de Seine-et-Marne d'une décision de suspension de permis de conduire pour une durée de six mois.

Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il est directeur général de deux sociétés dont les usines se trouvent à Waldhambach (Bas-Rhin), et qu'il a besoin de son véhicule pour s'y rendre depuis son domicile, les trajets en train étant longs et difficiles, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle n'est pas motivée, qu'il n'est pas démontré que le radar avait été homologué et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car l'infraction a été constatée à quelques dizaines de mètres du passage de la limitation de 110 kilomètre-heure et que la durée de suspension est disproportionnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route,

- le code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024 sous le numéro 2411205, M. A a demandé l'annulation de la décision en litige.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 22 août 2024, le préfet de Seine-et-Marne a suspendu pour une durée de six mois, à compter du 21 août 2024, soit jusqu'au 20 février 2025, le permis de conduire de M. B A, au motif qu'il avait été contrôlé roulant à une vitesse relevée de 140 kilomètre-heure sur une route limitée à 90. Par une requête enregistrée le 11 septembre 2024, M. A a demandé au tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du 17 septembre 2024, la suspension de son exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de la condition d'urgence, le requérant soutient que la possession de son permis de conduire est nécessaire pour son activité de responsable de deux sociétés qui l'oblige à des déplacements fréquents sur tout le Grand-Est, à tout moment du jour et de la nuit, ses usines étant implantées à Waldhambach (Bas-Rhin), à presque trois heures de train de son domicile.

5. Il résulte toutefois des pièces du dossier que le véhicule conduit par M. A a été mesuré roulant à une vitesse retenue de 130 km/h sur une route où elle était limitée à 90 km/h, soit excédant de près du double la vitesse autorisée.

6. Par suite, la condition d'urgence, qui doit s'analyser, comme il l'a été dit plus haut, globalement et concrètement, quelles que soient les circonstances et les lieux du contrôle motivant la décision contestée, et aussi compte tenu des impératifs de sécurité routière, ne peut être considérée comme satisfaite, dès lors que la situation que déplore le requérant résulte exclusivement de son propre comportement, alors même qu'il soutient que la détention de son permis de conduire était absolument nécessaire à l'exercice de son activité professionnelle.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,