Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411719
mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411719 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 septembre 2024, Madame A B, représentée par Me Carrillo Cruz, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner à la Préfète du Val-de-Marne la délivrance de son titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, dans un délai de 48 heures, d'une autorisation provisoire de séjour, l'autorisant à travailler, dans l'attente de la délivrance de son titre de séjour ;
2°) de mettre à la charge de 1'Etat une somme de 1500 euros au titre de 1'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle indique que, de nationalité mexicaine, elle est entrée en France en 2019 munie d'un visa d'étudiant, qu'elle a eu des titres de séjour en cette qualité dont elle a demandé le renouvellement le 3 octobre 2023 à la préfète du Val-de-Marne, qu'elle a été informée le 16 octobre 2023 que son titre de séjour était disponible, qu'elle a déménagée ensuite sur Paris et qu'elle n'a pu récupérer son titre de séjour, qu'elle a reçu une décision favorable du préfet de police de Paris mais qu'il lui est impossible de récupérer son titre de séjour sans que la préfète du Val-de-Marne lui remettre son ancien titre.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car elle doit commencer sa formation professionnelle et que cette situation porte atteinte à sa liberté d'exercer une profession.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Madame A B, ressortissante mexicaine née le 6 décembre 1990 à Durango, entrée en France selon ses dires en 2019 avec un visa d'étudiant, a obtenu des titres de séjour en cette qualité dont le dernier, délivré par la préfète du Val-de-Marne, était valable jusqu'au 10 février 2023. La préfète du Val-de-Marne, le 3 octobre 2023, a mis à sa disposition sur son compte ouvert sur la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France une attestation de décision favorable lui indiquant que " une carte de séjour temporaire valable du 11/02/2022 au 10/02/2023 portant a mention " étudiant-élève " va vous être délivrée ". Elle a été convoquée le 19 octobre 2023 à cet effet en préfecture. Le 23 octobre 2023, Madame B a déposé devant le préfet de police de Paris une demande de renouvellement de son titre de séjour. Elle indique que cette autorité a donné un avis favorable à sa demande mais qu'elle ne peut lui délivrer sa carte de séjour avant que la préfète du Val-de-Marne lui ait remis son ancienne carte. Par une requête enregistrée le 22 septembre 2024, Madame B demande donc au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui remettre son titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. L'urgence doit s'apprécier, à la date de l'ordonnance, objectivement et globalement, et tenir compte notamment du fait que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans une situation qui ne lui permette plus d'invoquer utilement - ni sérieusement - la notion d'urgence.
4. Aux termes d'une part de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1°) L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; () ".
5. Aux termes d'autre part de l'article R. 431-15-1 du même code ; " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. Lorsque le préfet prend une décision favorable sur la demande présentée, une attestation dématérialisée est mise à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la remise du titre. ".
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bien été mise en possession par la préfète du Val-de-Marne de sa carte de séjour portant la mention " étudiant-élève " valable jusqu'au 10 février 2023. Elle n'établit toutefois pas en avoir sollicité son renouvellement dans les délais mentionnés à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit avant le 10 décembre 2022. Si, le 23 octobre 2023, elle a déposé une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étudiant après du préfet de police de Paris, elle n'établit pas non plus avoir été en situation régulière entre le 11 février 2023 et cette date, ne présentant aucune pièce en ce sens. Enfin, à supposer que, comme elle soutient sans toutefois le démontrer, que le préfet de police de Paris aurait émis une décision favorable à sa demande de renouvellement de ce titre de séjour, elle serait en mesure de justifier, du fait de cette décision, de la régularité de son séjour conformément aux dispositions du dernier alinéa de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Dans ces conditions, la requérante, qui n'établit ni la régularité ni la nature même de ses démarches engagées en vue de son maintien régulier sur le territoire français et qui saisit le tribunal de la légalité d'une situation datant de près d'une année, ne justifie pas de la condition d'urgence particulière de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ni même d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
8. Par suite, la requête de Madame B ne pourra qu'être rejetée selon la procédure de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Madame B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame A B, au préfet de police de Paris et à la préfète du Val-de-Marne.
Le juge des référés,
Signé : M. Aymard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,