Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411863
mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2411863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre Reconduite à la frontière 12 |
| Avocat requérant | MOULA |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 septembre 2024, M. A C, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
2°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire tel qu'il est garanti par les stipulations du paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a produit des pièces, enregistrées le 28 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Jean, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jean ;
- les observations de Me Moula, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait plus particulièrement valoir que la préfète n'a pas communiqué le dossier du requérant, qu'elle n'a pas tenu compte du fait qu'il a de la famille en France et souffre de problèmes de santé ; elle soutient également que M. C n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;
- M. C, assisté de M. B, interprète assermenté en langue arabe, qui indique vouloir quitter la France.
La préfète de l'Essonne n'était, ni présente, ni représentée.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h32.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né en 1995, entré en France en 2024 selon ses déclarations, demande au tribunal, par la présente requête, d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de
trois ans.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
2. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. () ". L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. C détenu par l'administration.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Conformément à l'article L. 776-1 du présent code, les modalités selon lesquelles sont présentés et jugés les recours formés devant la juridiction administrative contre les décisions relatives à l'entrée, au séjour et à l'éloignement des étrangers obéissent, lorsque les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le prévoient, aux règles spéciales définies au livre IX du même code. ". Aux termes de l'article R. 922-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contenu dans le titre II du livre IX de ce code relatif aux procédures à juge
unique : " Les décisions attaquées sont produites par l'administration () ".
4. En dépit de la demande de pièce complémentaire qui lui a été adressée en ce sens par le tribunal le 30 septembre 2024, la préfète de l'Essonne n'a pas produit l'arrêté en litige et n'a pas présenté d'observations en défense. Par suite, faute pour la préfète de l'Essonne de mettre le tribunal à même de se prononcer sur les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisante motivation des décisions attaqués, M. C est fondé à en demander l'annulation pour ces motifs.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Aux de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que la situation de M. C soit réexaminée. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne ou à tout autre préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Essonne.
Lu en audience publique le 1er octobre 2024.
La magistrate désignée,
A. JeanLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,