Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2411966

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2411966
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. C, ressortissant ivoirien, qui demandait la délivrance sous astreinte d'un titre de séjour ou d'une autorisation provisoire. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, malgré le risque de perte d'emploi et de précarité invoqué par le requérant, au regard des éléments du dossier. La solution retenue est le rejet de la requête par ordonnance motivée, sans audience, en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2024,

M. C, représenté par Me Cardoso, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer, à titre principal, une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " élève-étudiant " ainsi qu'un récépissé de renouvellement de la carte de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de procéder à l'instruction de sa demande de carte de séjour portant la mention

" travailleur temporaire " dans les plus brefs délais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, en cas de refus d'aide juridictionnelle par décision notifiée postérieurement à la présente requête, de verser la somme de 2 000 euros à son bénéfice.

Il soutient que :

- la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est remplie dès lors qu'il va se retrouver très prochainement démuni de tout document attestant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler et à franchir les frontières de l'espace Schengen ; en toute hypothèse, son employeur a d'ores et déjà indiqué qu'en l'absence de titre de séjour en cours de validité, il sera contraint de mettre un terme à son contrat de travail ; en cas de perte de son emploi, il sera dans l'incapacité de payer son loyer et toutes les charges liées à son logement ; il se retrouvera donc dans une situation d'extrême précarité ;

- cette mesure porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir et à la liberté du travail en ce qu'il ne dispose pas d'un document lui permettant de justifier du caractère régulier de son séjour en France et de son droit au travail.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant ivoirien, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant - programme de mobilité - autorise à travailler à titre accessoire " valable jusqu'au 29 octobre 2024, en a sollicité le renouvellement. Une attestation de décision favorable sur sa demande de renouvellement de titre de séjour lui a été délivrée le 16 août 2022. Il a été, à cette occasion, informé que sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant - élève ", valable du 30 septembre 2022 au 29 septembre 2024, allait lui être délivrée et que ce document était actuellement en cours de fabrication. Par un courriel du 29 août 2024, M. A a contacté les services de la préfecture du Val-de-Marne pour connaître les démarches à entreprendre pour un changement de statut et obtenir un titre de séjour " travailleur temporaire " en raison de son recrutement, le 2 septembre 2024, par la SAS Juston Recors sous couvert d'un contrat à durée déterminée d'une durée de six mois, soit jusqu'au 2 février 2024. A défaut d'avoir été effectivement mis en possession de sa carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 29 septembre 2024, l'intéressé a été informé par un courrier du 26 septembre 2024 de son employeur, qu'en l'absence de régularisation de sa situation administrative d'ici le 29 septembre 2024, il serait mis fin à son contrat de travail.

3. Si M. A soutient que, d'une part, il n'a jamais été mis en possession du titre de séjour dont il remplit les conditions et que de ce fait, il est dans l'impossibilité de solliciter un changement de statut pour la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " travailleur temporaire " pour laquelle il remplit, également, les conditions, et, d'autre part, il va se retrouver prochainement dépourvu de document attestant de la régularité de son séjour, il ne peut être regardé comme justifiant d'une urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le délai de quarante-huit heures. En effet, si M. A allègue qu'il est resté depuis plus de deux ans dans l'attente de son titre de séjour, qu'il n'a jamais reçu de SMS des services de la préfecture l'informant de la disponibilité de son titre de séjour et qu'il a entrepris de nombreuses diligences auprès de la préfecture du Val-de-Marne, il n'apporte aucune pièce probante à l'appui de cette dernière allégation. Ainsi, il ne ressort pas des pièces produites qu'à compter de la date de début de validité de sa carte de séjour pluriannuelle, soit le

30 septembre 2022, l'intéressé aurait multiplié les contacts auprès des services de la préfecture. A cet égard, la pièce n°8, soit une réponse automatique de la préfecture des Hauts-de-Seine du 3 décembre 2023, n'est pas pertinente. En outre, ce n'est que, par un courriel du 29 août 2024, soit, en tout état de cause, au-delà du délai de présentation d'une demande prévu à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A a sollicité les services de la préfecture du Val-de-Marne afin de connaître les démarches à entreprendre pour un changement de statut et obtenir un titre de séjour " travailleur temporaire " alors que sa carte de séjour pluriannuelle n'était toujours pas disponible.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ainsi que celles tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire et à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,

Signé : S. BONNEAU-MATHELOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,