Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2412174

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2412174
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun, statuant en référé, a été saisi par M. B A sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative pour obtenir la modification d'une précédente ordonnance du 23 août 2024, en raison de son inexécution partielle par la préfète du Val-de-Marne. Le tribunal a constaté que, si un récépissé avait été délivré, aucune décision sur le fond de la demande de renouvellement de carte de résident n'avait été prise dans le délai imparti, constituant un élément nouveau justifiant une nouvelle intervention. En conséquence, il a fait droit à la demande en modifiant l'ordonnance initiale et en enjoignant à la préfète de réexaminer la demande de titre de séjour, sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 2 et le 17 octobre 2024,

M. C B A, représenté par Me Sangue, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de modifier l'ordonnance n° 2409965 du 23 août 2024 et d'ordonner à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa demande de renouvellement de carte de résident, dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'injonction prononcée par le juge des référés de ce tribunal n'a pas été intégralement exécutée dès lors que les services de la préfecture du Val-de-Marne n'ont pris aucune décision sur sa demande de titre dans le délai imparti, circonstance justifiant que cette injonction soit assortie d'une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

- il justifie d'un second élément nouveau, tiré de la preuve de la présentation de sa demande de carte de résident dans les délais impartis, et justifiant que cette demande soit regardée comme portant sur le renouvellement d'un titre de séjour, et non sur une première délivrance ;

- la préfecture du Val-de-Marne confirme en dernier lieu l'inexécution partielle de l'ordonnance du 23 août 2024, dès lors qu'elle ne s'est toujours pas prononcée sur sa demande de renouvellement de carte de résident, dont l'instruction dure depuis plusieurs années.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024 à 10h49, la préfète du

Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut à titre principal au non-lieu à statuer sur la requête, et à titre subsidiaire à son rejet.

Elle fait valoir qu'en exécution de l'ordonnance du 23 août 2024, un récépissé de demande de carte de séjour a été délivré à M. B A, valable du 23 août au

22 novembre 2024, et que le réexamen de son dossier est actuellement en cours d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Letort, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 6 octobre 2024 à 14h00, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letort ;

- et les observations de Me El Assad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui fait valoir en outre que l'ordonnance a été entièrement exécutée dès lors qu'un nouveau récépissé a été remis à M. B A et que sa demande de titre est en cours d'instruction.

M. B A n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Selon l'article L. 521-4 de ce code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

2. Si l'inexécution totale ou partielle d'une décision rendue par une juridiction administrative est, en principe, régie par les procédures définies respectivement par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de telles procédures ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la partie intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, d'assurer l'exécution des mesures ordonnées demeurées sans effet par de nouvelles injonctions et une astreinte.

3. Il résulte de l'instruction que M. B A, ressortissant tunisien né le

25 juin 1985, entré sur le territoire français en novembre 2007, a bénéficié en dernier lieu d'une carte de résident arrivée à expiration le 2 août 2022, dont il a demandé le renouvellement le 16 mai 2022. Par une ordonnance n° 2409965 du 23 août 2024, le juge des référés de ce tribunal a prononcé la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté cette demande, et a prononcé une injonction tendant à son réexamen et à l'édiction d'une nouvelle décision dans le délai d'un mois, ainsi qu'à la délivrance d'un récépissé dans le délai de cinq jours à compter de sa notification.

4. Si la préfète du Val-de-Marne fait valoir qu'un récépissé a été remis à

M. B A, valable du 23 août au 22 novembre 2024, en revanche, il n'est pas contesté qu'aucune décision n'a été prise par les services de la préfecture du Val-de-Marne en exécution de l'injonction prononcée par l'ordonnance du 23 août 2024, notifiée le 26 août. Dès lors, les conclusions de la requête conservent leur objet, et l'exception de non-lieu à statuer doit être rejetée. Enfin, l'inexécution partielle de l'ordonnance du 23 août 2024 constitue une circonstance de nature à caractériser un élément nouveau.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de modifier l'article 2 de l'ordonnance n° 2409965 du 23 août 2024 et d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. B A et de prendre une nouvelle décision, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais de justice :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'article 2 de l'ordonnance n° 2409965 du 23 août 2024 est modifié comme suit : " Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. B A et de prendre une nouvelle décision, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ".

Article 2 : L'Etat versera à M. B A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.

La juge des référés, La greffière,

Signé : C. Letort

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,