vendredi 28 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303287 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. C A B, représenté par Me Levy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel de la situation personnelle ;
- elle méconnaît les 1°, 2°, 4° et 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le principe général du droit de mener une vie familiale normale ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle procède à une inexacte application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2025, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marmier,
- et les observations de Me Levy, représentant M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né en 1985, a sollicité le 22 janvier 2020 un titre de séjour, sur le fondement du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 22 mars 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté cette demande.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2022-12-20-00012 du 20 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2022-258 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. Victor Devouge, secrétaire général de la préfecture des Yvelines, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 232-5 de ce code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et mentionne, notamment, la situation familiale du requérant, ses condamnations judiciaires ainsi que les conditions de son séjour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de M. A B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4° au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ".
7. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". Et l'article L. 432-1 du même code dispose que : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
8. Les stipulations de l'accord-franco-algérien régissant de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, M. A B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant la possibilité de refuser la délivrance d'une carte de séjour ou de résident à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public. Toutefois, les stipulations de cet accord ne privant pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance d'un certificat de résidence lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, M. A B peut utilement soutenir que l'arrêté, sur ce point, serait entaché d'une erreur d'appréciation.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré en France de façon irrégulière en août 2006. Il a épousé une ressortissante française en avril 2017 et un enfant est né de cette union en mai 2020. M. A B justifie également de l'exercice d'une activité professionnelle depuis le 16 septembre 2019. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier qu'il a été interpellé à neuf reprises entre 2010 et 2021 pour des faits de violences volontaires par conjoint ou concubin avec interruption temporaire de travail de moins de huit jours, d'agressions sexuelles, de harcèlement moral, de séquestration ou détention arbitraire suivie d'une libération avant le septième jour ou de vol en réunion. Il a été condamné, au cours de la même période, à quatre reprises à des peines de six mois dont cinq mois avec sursis en 2011, à six mois d'emprisonnement en 2013 et à trois ans d'emprisonnement en 2015. Ainsi, au regard de la gravité des faits commis par l'intéressé et quand bien même il a bénéficié d'une libération conditionnelle en février 2016 et n'aurait pas commis de nouveaux délits depuis la décision contestée, le préfet des Yvelines a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que M. A B constituait une menace à l'ordre public. Ce moyen doit donc être écarté, de même, par conséquent et au regard de la menace qu'il représente pour l'ordre public, que le moyen tiré du non-respect du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
10. En cinquième lieu, M. A B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des 1°, 2° et 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ce fondement.
11. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du principe général du droit de mener une vie familiale normale et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle doivent être écartés.
12. En septième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour à M. A B n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer le requérant de son fils. Dès lors, M. A B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision de refus de titre de séjour en litige.
13. En dernier lieu, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, M. A B ne peut utilement se prévaloir de ces stipulations pour demander l'annulation de la décision attaquée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- M. Marmier, premier conseiller,
- Mme Silvani, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2025.
Le rapporteur,
Signé
A. Marmier
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
Signé
S. Traoré
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01283
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA01974
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA02326
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-24PA02620
08/04/2026