vendredi 4 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2404354 |
| Type | Décision |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL CLOIX ET MENDES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mai 2024 et le 6 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Destarac, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le maire de Saint-Germain-en-Laye a rejeté sa demande de permis d'aménager en vue de la division d'une parcelle en deux lots dont un lot à bâtir, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux présenté le 24 janvier 2024 ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, à la commune de Saint-Germain-en-Laye de lui délivrer un certificat de permis tacite dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer le permis d'aménager dans le même délai ou de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la décision, qui procède au retrait de la décision implicite d'acceptation née le 1er novembre 2023, est intervenue sans procédure contradictoire préalable ;
- elle ne peut se fonder sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article UD 2-b du règlement du plan local d'urbanisme en raison de l'absence d'homogénéité des superficies des parcelles avoisinantes ;
- elle ne peut se fonder sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article UD 2-c du règlement du plan local d'urbanisme qui ne fait pas obstacle à une construction dans un espace libre ;
- le permis tacite a été retiré en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;
- le lotissement ne comprend pas la construction existante du terrain B ce qui fait obstacle à ce que la commune de Saint-Germain-en-Laye oppose les règles du plan local d'urbanisme pour refuser le permis d'aménager ;
- le règlement du plan local d'urbanisme comporte des dispositions applicables aux constructions existantes en matière d'emprise au sol et de marge de recul par rapport à la limite séparative que le projet, qui entraîne seulement une division, ne méconnaît pas.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, la commune de Saint-Germain -en-Laye conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés et elle sollicite qu'une substitution de motifs soit opérée, la décision en litige étant également fondée sur le motif tiré de ce que la construction existante bâtie sur le terrain B aura une emprise au sol supérieure à 30% de la superficie totale du terrain, et d'autre part, sur le motif tiré de ce que la façade de la construction existante, qui présente des ouvertures, aura une marge de recul de quatre mètres par rapport à la nouvelle limite séparative inférieure à celle exigée de huit mètres.
Par une ordonnance du 9 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 8 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marmier,
- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,
- les observations de M. A et celles de M. B, représentant la commune de Saint-Germain-en-Laye.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé le 1er août 2023 une demande de permis d'aménager un lotissement en deux lots, dont un à bâtir, auprès de la commune de Saint-Germain-en-Laye sur la parcelle référencée AO 171. Par un arrêté du 30 novembre 2023, le maire de Saint-Germain-en-Laye a refusé de lui délivrer ce permis. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté et la décision rejetant implicitement son recours gracieux présenté le 24 janvier 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la nature de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ". Aux termes de l'article L. 424-2 du même code : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article R. 424-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / () / b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ".
3. Aux termes de l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : / a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; / c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus par le paragraphe 2 de la sous-section 3 ci-dessous, pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande. ". L'article R. 423-23 du même code fixe à trois mois le délai d'instruction de droit commun pour les demandes de permis d'aménager. En application du c) de l'article R. 423-24, ce délai peut être majoré d'un mois lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques.
4. Enfin, aux termes du II de l'article R. 474-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'en application du présent livre et des articles L. 112-14 et L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration, l'autorité compétente notifie un document par voie électronique à un usager, l'intéressé est réputé en avoir reçu notification : / 1° En cas d'utilisation d'un envoi recommandé électronique, le lendemain de la date d'envoi de l'information prévue au I de l'article R. 53-3 du code des postes et communications électroniques ; / 2° En cas d'utilisation d'un procédé électronique tel que mentionné à l'article R. 112-17 du code des relations entre le public et l'administration, par dérogation à l'article R. 112-20 du même code, le lendemain de la date d'envoi de l'avis de dépôt à l'usager. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 112-15 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsque l'administration doit notifier un document à une personne par lettre recommandée, cette formalité peut être accomplie par l'utilisation () d'un procédé électronique permettant de désigner l'expéditeur, de garantir l'identité du destinataire et d'établir si le document a été remis. L'accord exprès de l'intéressé doit être préalablement recueilli ". Aux termes de l'article R.112-17 du même code : " Lorsqu'une administration souhaite recourir à un procédé électronique, prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15 et ne relevant pas de l'article L. 100 du code des postes et des communications électroniques, elle informe les personnes intéressées, dont il lui appartient de recueillir l'accord exprès, des caractéristiques du procédé utilisé, conforme aux règles fixées par le référentiel général de sécurité prévu à l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 précitée, ainsi que des conditions de mise à disposition du document notifié, de garantie de l'identité de son destinataire et de prise de connaissance par ce dernier. Elle leur indique également les modalités de mise à jour des coordonnées et le délai de préavis prévu à l'article R. 112-18 ainsi que le délai, fixé à l'article R. 112-20, au terme duquel, faute de consultation du document par le destinataire, celui-ci est réputé lui avoir été remis ". Aux termes de l'article R. 112-18 de ce code : " Après accord exprès de la personne recueilli par voie électronique, celle-ci choisit, le cas échéant, parmi les moyens que lui propose l'administration, celui par lequel elle désire recevoir les avis de dépôt qui lui sont adressés. Elle maintient à jour, par la même voie, ses coordonnées afin que les avis de dépôt puissent lui parvenir. / Si elle ne souhaite plus bénéficier du procédé électronique, elle en informe l'administration par voie électronique dans un délai de préavis, fixé au préalable par cette dernière, qui ne peut excéder trois mois ". L'article R. 112-19 dudit code dispose que : " L'administration adresse à la personne un avis l'informant qu'un document est mis à sa disposition et qu'elle a la possibilité d'en prendre connaissance par le procédé prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15. / Cet avis mentionne la date de mise à disposition du document, les coordonnées du service expéditeur et le délai prévu à l'article R. 112-20 " et son article R. 112-20 que : " Le document notifié est réputé avoir été reçu par son destinataire à la date de sa première consultation. Cette date peut être consignée dans un accusé de réception adressé à l'administration par le procédé prévu au deuxième alinéa de l'article L. 112-15. / A défaut de consultation du document par son destinataire dans un délai de quinze jours, le document est réputé lui avoir été notifié à la date de mise à disposition ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé sa demande de permis d'aménager le 1er août 2023, de manière dématérialisée, et que la commune de Saint-Germain-en-Laye en a accusé réception le même jour. La commune de Saint-Germain-en-Laye fait valoir que par un courriel du 1er septembre 2023, elle a informé M. A qu'en raison de la localisation du projet, le délai d'instruction était majoré d'un mois en application du c) de l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme. Si le pétitionnaire a accepté, à l'occasion du dépôt de sa demande de permis, de recevoir les documents transmis par courrier électronique et renseigné à cet effet une adresse de courriel, la commune de Saint-Germain-en-Laye n'établit pas que le message électronique du 1er septembre 2023, que M. A conteste avoir reçu, présenterait les caractéristiques d'un avis de dépôt conformes aux dispositions de l'article R. 112-19 du code des relations entre le public et l'administration. Il s'ensuit que, faute pour la commune de Saint-Germain-en-Laye d'avoir informé M. A de la majoration du délai d'instruction de sa demande, avant l'expiration du délai d'un mois prévu par l'article R. 423-24 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction n'a pu être régulièrement majoré d'un mois.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A s'est trouvé titulaire d'un permis tacite d'aménager le 1er novembre 2023, à l'issue du délai de trois mois d'instruction applicable en l'espèce. Par suite, l'arrêté attaqué du 30 novembre 2023 du maire de Saint-Germain-en-Laye doit être regardé comme procédant au retrait du permis d'aménager tacite obtenu par M. A.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
S'agissant de la légalité externe du retrait :
7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".
8. La décision portant retrait d'un permis d'aménager tacite est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire de la décision d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du même code constitue une garantie pour le titulaire d'une décision tacite de permis d'aménager que cette autorité entend retirer. La décision de retrait est illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire a été effectivement privé de cette garantie.
9. En l'espèce, l'arrêté du 30 novembre 2023 contesté, qui a retiré le permis d'aménager tacite dont M. A disposait, devait être précédé d'une procédure contradictoire en application de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il est constant qu'en l'espèce aucune procédure contradictoire n'a été engagée. Par suite, l'arrêté du 30 novembre 2023 a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière. Dans les circonstances de l'espèce, une telle irrégularité ayant privé M. A d'une garantie, il est fondé à en demander l'annulation pour ce motif.
S'agissant de la légalité interne de ce retrait :
En ce qui concerne le cadre juridique :
10. D'une part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. () ".
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". En vertu des dispositions combinées des articles L. 421-2 et R. 421-19 du code de l'urbanisme, " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager les lotissements : - qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; - ou qui sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, dans les abords des monuments historiques, dans un site classé ou en instance de classement ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 421-6 de ce code, " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. ".
12. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.
En ce qui concerne le motif tiré de la méconnaissance de l'article UD 2-b du règlement du plan local d'urbanisme :
13. Aux termes de l'article UD2-b du règlement du plan local d'urbanisme : " En application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "
14. La commune de Saint-Germain-en-Laye fait valoir que le projet envisagé, qui sera réalisé dans la rue Roger Robereau présentant des parcelles dont la superficie va de 500 m² à 1000 m² portant des maisons individuelles et composant ainsi un tissu urbain aéré, comprendra des parcelles construites avec des superficies inférieures aux parcelles voisines qui ne s'intègreront pas dans le tissu pavillonnaire aéré de cette rue. Ce motif, qui a trait à la superficie du terrain d'assiette du projet, ne fait pas partie de ceux pouvant être opposés sur le fondement de l'article précité du plan local d'urbanisme intercommunal. Dans ces conditions, la commune de Saint-Germain-en-Laye ne pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur de droit, opposer ce motif au projet de M. A.
15. Par suite, l'article UD 2-b du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Germain-en-Laye n'est pas susceptible de fonder légalement la décision attaquée.
En ce qui concerne le motif tiré de la méconnaissance de l'article UD 2-C du règlement du plan local d'urbanisme :
16. Aux termes de l'article UD 2-c du règlement du plan local d'urbanisme : " Les espaces libres doivent être plantés et entretenus. Ils devront comporter au moins un arbre (parmi les essences préconisées dans la palette végétale de la Ville, en annexe du présent règlement) par tranche entamée de 100 m². "
17. La commune de Saint-Germain-en-Laye oppose au projet de M. A d'interrompre la continuité herbacée de l'îlot de végétation présent sur la parcelle existante. Toutefois, les dispositions de l'article UD 2-c précitées exigent seulement le respect, dans les espaces sur lesquels ne s'exerce pas l'emprise au sol des constructions, d'un nombre d'arbres en fonction de la superficie de la parcelle. Elles ne font, dès lors, pas obstacle, par principe, à l'implantation d'une construction nouvelle.
18. Par suite, l'article UD 2-c du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Germain-en-Laye n'est pas susceptible de fonder légalement la décision attaquée.
En ce qui concerne les demandes de substitution de motif présentées par la commune :
19. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas l'intéressé d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
20. Pour établir que M. A ne pouvait pas bénéficier d'un permis d'aménager, la commune de Saint-Germain-en-Laye soutient que la décision est également fondée, en application de l'article UD 2 du règlement du plan local d'urbanisme, d'une part sur le motif tiré de ce que la construction existante bâtie sur le terrain B aura une emprise au sol supérieure à 30% de la superficie totale du terrain, et d'autre part, sur le motif tiré de ce que la façade de cette même construction, qui présente des ouvertures, aura une marge de recul de quatre mètres par rapport à la nouvelle limite séparative inférieure à celle exigée de huit mètres.
21. La conformité aux règles d'urbanisme d'une construction existante située sur un terrain déjà bâti, issu de la même division que le lotissement en cause mais non inclus dans son périmètre, n'a pas à être vérifiée pour délivrer un arrêté de non-opposition à une déclaration préalable autorisant la création d'un lotissement, l'appréciation de la conformité aux règles d'urbanisme d'un projet de création d'un lotissement faisant l'objet d'une déclaration préalable ne pouvant porter que sur les terrains inclus dans le périmètre de ce lotissement.
22. En l'espèce, il ressort du dossier de demande de permis d'aménager que la construction existante située sur le lot B n'est pas comprise dans le périmètre du lotissement créé. Dès lors, la commune de Saint-Germain-en-Laye ne peut opposer au projet de M. A les deux motifs exposés au point 20.
23. Il n'y a pas lieu, par suite, de procéder aux substitutions de motifs demandées.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le maire de Saint-Germain-en-Laye a refusé de lui délivrer le permis d'aménager sollicité et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
25. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du 30 novembre 2023, a pour effet de faire revivre le permis d'aménager tacite obtenu par M. A. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Germain-en-Laye la délivrance à M. A d'un certificat de permis d'aménager tacite dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
26. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Germain-en-Laye une somme de 1800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le maire de Saint-Germain-en-Laye a refusé la demande de permis d'aménager déposée par M. A et la décision rejetant son recours gracieux présenté le 24 janvier 2024 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Saint-Germain-en-Laye de délivrer à M. A un certificat de permis d'aménager tacite dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Saint-Germain-en-Laye versera à M. A une somme de 1800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Saint-Germain-en-Laye.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Rollet-Perraud, présidente,
M. Marmier, premier conseiller,
Mme Silvani, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.
Le rapporteur,
Signé
A. Marmier
La présidente,
Signé
C. Rollet-PerraudLa greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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