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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404766

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404766

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404766
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation3ème chambre
Avocat requérantSAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juin et 16 août 2024, M. B A, représenté par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 412-5, L. 432-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a de fortes attaches familiales en France ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 423-21 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale.

Le préfet des Yvelines a présenté, le 18 septembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, un mémoire en défense qui n'a pas été communiqué.

L'instruction a été close, en dernier lieu, au 6 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Milon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant haïtien né en 1988, est entré en France le 6 septembre 1994, à l'âge de six ans. Il a présenté, le 29 février 2024, une demande tendant au renouvellement du titre de séjour qui lui avait été précédemment délivré, lequel était valable du 18 janvier 2022 au 17 janvier 2024. Par un arrêté du 27 mai 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de M. A, faisant en particulier référence à la durée de sa présence en France, ainsi qu'à celle de membres de sa famille. Il mentionne en outre les faits relevés dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires et ceux pour lesquels il a fait l'objet de condamnations pénales, au vu desquels la préfète de l'Essonne a estimé que M. A représente une menace pour l'ordre public. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, et au vu de ce qui a été dit au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté procèderait d'un examen incomplet de la situation personnelle de M. A.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 432-2 : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. () ".

5. Il ressort des indications non contestées de l'arrêté attaqué que M. A apparaît au fichier des antécédents judiciaires comme auteur de faits d'usage de stupéfiants commis le 22 février 2007 et de faits de détention, transport, offre ou cession et acquisition de stupéfiants, commis le 7 février 2022, qu'il apparaît également dans ce fichier comme auteur de faits de recel de bien provenant d'un vol, commis le 7 novembre 2007, de faits d'usage de faux document administratif, commis le 11 juin 2018, de faits de conduite d'un véhicule malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire, commis le 2 août 2021, de faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, commis le 17 juillet 2023 et de faits de détention non autorisée et de transport de stupéfiants, commis le 21 août 2023. Il en ressort également que M. A a été condamné, le 15 mai 2018, à une peine de 450 euros d'amende assortie d'une suspension du permis de conduire pendant 6 mois pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et sous l'empire d'un état alcoolique. Il a en outre été condamné, le 16 janvier 2019, à une peine de 500 euros d'amende assortie d'une annulation du permis de conduire avec interdiction de solliciter la délivrance d'un nouveau permis pendant trois mois pour avoir circulé avec un véhicule sans assurance, en faisant usage d'un faux document administratif et de substances classées comme stupéfiants et malgré la suspension de son permis de conduire. Enfin, il a été condamné le 25 août 2023 à une peine d'un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis pour des fais de détention et transport de stupéfiants. Dès lors, au regard de la multitude des faits signalés, dont le requérant, qui se borne à faire valoir qu'ils n'ont pas fait l'objet d'une procédure judiciaire, ne conteste pas la matérialité, au vu des trois condamnations pénales prononcées à son encontre, et alors que les faits relevés sont, pour certains, très récents, la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. A représentait une menace pour l'ordre public, sans qu'influe la circonstance que certains des faits relevés ont été commis antérieurement à la délivrance du précédent titre de séjour dont il a sollicité le renouvellement. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation entachant l'arrêté au regard des dispositions précitées des articles L. 412-5, L. 432-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A, célibataire et sans charge de famille, est certes entré en France en 1994, alors qu'il était âgé de 6 ans. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier qu'il a été scolarisé en France, au sein d'établissements situés à Cayenne, jusqu'en 2003, puis à Corbeil-Essonnes, et qu'il a vécu, de façon continue, sur le territoire jusqu'en 2018, l'intéressé justifiant notamment avoir occupé des emplois, à temps partiel, ou sur une partie de l'année, entre 2005 et 2013, puis un emploi à temps complet, auprès de la même entreprise, jusqu'en 2017. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a occupé un emploi en France entre 2021 et 2023. Sa présence en France au cours des années 2019 et 2020 n'est en revanche pas démontrée. S'il se prévaut de la présence en France de sa mère, qui a acquis la nationalité française le 4 juin 2008, et de celle de ses frères et sœurs, dont certains sont titulaires de la nationalité française, M. A, qui n'établit, ni même n'allègue, résider au même domicile que sa mère et les plus jeunes de ses frères et sœurs, et qui se borne à produire des témoignages d'amis, ne démontre par aucune pièce qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille résidant en France des liens réguliers. Il est par ailleurs constant que le père de M. A réside en Haïti, ou celui-ci ne serait donc pas totalement isolé en cas de retour, alors même qu'il n'entretiendrait pas avec son père davantage de lien qu'avec les autres membres de sa famille. En tout état de cause, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que M. A représente une menace pour l'ordre public et que, du fait des multiples signalements dont il a fait l'objet et des condamnations pénales prononcées à son encontre, et en dépit des emplois qu'il a pu occuper, de façon plus ou moins stable, au cours des précédentes années, il ne peut être regardé comme démontrant une volonté effective d'intégration en France. Dès lors, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts de préservation de l'ordre public en vue desquels il a été pris. Par suite, il ne méconnaît ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

9. Le requérant, qui était âgé de plus de 35 ans à la date de dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour, n'est, en tout état de cause, pas fondé à invoquer la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut, au regard de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus, être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, pour contester la décision fixant le pays de destination, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Milon

La présidente,

Signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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