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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300794

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300794

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300794
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantOPYRCHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 11 mars 2023 et les 29 avril et 3 mai 2024, M. D C et M. B C, représentés par Me Opyrchal, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Soissons et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à leur verser la somme globale de 73 124,44 euros en réparation des préjudices résultant de la prise en charge fautive, par le centre hospitalier de Soissons, de l'infection nosocomiale contractée par Nadine C, avec intérêts au taux légal à compter de la date d'introduction de la requête et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons et de l'ONIAM les entiers dépens, en ce compris les frais d'expertise taxés à la somme de 1 700 euros ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons et de l'ONIAM la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les consorts C doivent être regardés comme soutenant que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Soissons est engagée, d'une part, sur le fondement du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, en raison de la prise en charge fautive par cet établissement de l'infection nosocomiale contractée par Nadine C, d'autre part, sur le fondement de l'article R. 1112-69 du même code, dès lors qu'ils n'ont pas été informés de la gravité de l'état de santé de leur épouse et mère et n'ont pu l'accompagner dans ses derniers instants, et enfin sur le fondement des dispositions de l'article L. 1111-7 du même code en l'absence de communication intégrale du dossier médical de la victime ;

- la réparation de leurs préjudices incombe également à l'ONIAM sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;

- les préjudices subis par Nadine C s'élèvent à la somme globale de 15 500 euros, décomposée comme il suit :

' 500 euros au titre du préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire total ;

' 5 000 euros en réparation des souffrances endurées ;

' 10 000 euros au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente ;

- leurs préjudices propres peuvent être évalués à la somme globale de 57 624,44 euros, décomposée comme il suit :

' 8 624,44 euros au titre des frais funéraires ;

' 25 000 euros en réparation du préjudice d'affection de M. D C, veuf de la victime ;

' 15 000 euros en réparation du préjudice d'affection de M. B C, fils de la victime ;

' 3 000 euros chacun au titre du préjudice moral résultant de l'absence d'informations quant à la gravité de l'état de santé de Nadine C et la cause de son décès ;

' 1 500 euros chacun en réparation du préjudice résultant de l'absence de communication intégrale du dossier médical de Nadine C.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 15 mai 2023 et 21 août 2024, l'ONIAM, représenté par la SCP Saidji et Moreau, demande au tribunal de le mettre hors de cause.

Il soutient que les requérants n'apportent pas la preuve qui leur incombe du caractère nosocomial de l'infection contractée par la victime.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 22 avril et 30 septembre 2024, le centre hospitalier de Soissons, représenté par la SCP Lebègue-Derbise, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de rejeter la requête des consorts C et les conclusions présentées par la société Aésio Mutuelle ;

2°) à titre subsidiaire, si la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Soissons devait être engagée, de retenir que le retard de prise en charge de l'infection contractée par Nadine C a été à l'origine d'une perte de chance d'éviter le dommage, dont le taux doit être évalué entre 30 et 40 %, et de réduire à de plus justes proportions les conclusions indemnitaires des requérants et celles de la société Aésio mutuelle.

Il soutient que :

- la réparation des préjudices allégués incombe à l'ONIAM, sur le fondement du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, dès lors que les requérants invoquent la survenue d'une infection nosocomiale responsable du décès de la victime ;

- dans l'hypothèse où la qualification d'infection nosocomiale ne serait pas retenue, il s'en rapporte au tribunal quant à l'existence d'une prise en charge fautive de l'infection contractée par la victime ;

- le taux de perte de chance à retenir le cas échéant doit être compris entre 30 à 40 %, compte tenu de l'état de santé antérieur de la victime ;

- s'agissant des préjudices, seuls les frais d'obsèques stricto sensu pourront faire l'objet d'une indemnisation, la construction d'un monument funéraire n'étant en revanche pas en lien avec les manquements reprochés et présente un caractère somptuaire ;

- le préjudice d'angoisse de mort imminente et ceux relatifs aux souffrances morales résultant de la prise en charge de la victime, de l'annonce tardive et de l'absence de communication intégrale du dossier médical ne sont pas établis ;

- il convient de réduire à de plus justes proportions le préjudice d'affection des requérants ;

- la demande formulée par la société Aésio Mutuelle n'est pas clairement dirigée contre le centre hospitalier de Soissons et il conviendra le cas échéant d'appliquer le taux de perte de chance et de faire application du principe de priorité de la victime.

Par trois mémoires enregistrés les 11 avril, 12 septembre et 10 octobre 2024, la société Aésio Mutuelle demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le centre hospitalier de Soissons à lui verser 500,98 euros en remboursement des débours versés au titre de la prise en charge de Nadine C du 7 janvier au 5 février 2021.

La requête a été transmise à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 3 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2024.

Les consorts C ont été invités, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.

La pièce produite le 21 janvier 2025, en réponse à cette demande, a été communiquée.

La société Aésio Mutuelle a produit un mémoire, enregistré le 14 février 2025, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu l'ordonnance n° 2103304 et 2200727 du 26 octobre 2022 de la présidente du tribunal administratif d'Amiens taxant et liquidant les frais d'expertise, ordonnée le 24 novembre 2021, à la somme de 1 700 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la mutualité ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sako, conseillère,

- les conclusions de M. Menet, rapporteur public,

- et les observations de Me Opyrchal, représentant les consorts C, ainsi que celles de Me Denys, représentant le centre hospitalier de Soissons.

Considérant ce qui suit :

1. Nadine C, alors âgée de 65 ans, a été admise le matin du 6 janvier 2021 aux urgences du centre hospitalier de Soissons, pour un état fébrile associé à une biologie inflammatoire. La patiente, suivie pour une dégénérescence cérébrale fronto-temporale avec maladie évolutive depuis 2009, y avait été adressée par le service de psychogériatrie de l'établissement public de santé mentale départemental (EPSMD) de l'Aisne, où elle avait été admise le jour même, en provenance de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) où elle résidait depuis 2019. De retour à l'EPSMD dans l'après-midi du 6 janvier, l'intéressée a été renvoyée aux urgences du centre hospitalier de Soissons le lendemain. Hospitalisée jusqu'au 13 janvier, Nadine C a rejoint à cette date son lieu de résidence, avant d'être réadressée aux urgences du centre hospitalier de Soissons deux jours plus tard, le 15 janvier, en raison d'une hyperthermie. Des analyses réalisées dès son entrée ont révélé la présence dans son organisme d'un staphylocoque doré. La patiente a été hospitalisée au centre hospitalier de Soissons jusqu'au 25 janvier, date à laquelle elle a de nouveau rejoint son EHPAD, après une brève amélioration clinique et une régression du syndrome inflammatoire. La dégradation rapide de son état de santé a toutefois justifié la réadmission de l'intéressée au centre hospitalier de Soissons le 3 février, où la patiente est décédée le 6 février 2021. Par une ordonnance du 24 novembre 2021, le juge des référés saisi par

MM. D C et B C, respectivement veuf et fils de la victime, a ordonné une expertise sur les conditions de prise en charge de Nadine C par le centre hospitalier de Soissons et par l'EPSMD de l'Aisne du mois de janvier 2021 jusqu'à son décès. L'expert a établi son rapport le 30 septembre 2022, qu'il a déposé au greffe du tribunal le 18 octobre 2022. Les requérants ont alors présenté des demandes indemnitaires préalables auprès de l'ONIAM et du centre hospitalier de Soissons les 16 et 17 mars 2023, lesquelles ont été implicitement rejetées. Par la présente requête, ils demandent au tribunal la réparation par le centre hospitalier de Soissons et par l'ONIAM des préjudices subis par Nadine C ainsi que de leurs préjudices propres.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par les requérants :

En ce qui concerne le droit à réparation

S'agissant de la prise en charge fautive de l'infection nosocomiale

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; () ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. En vertu de l'article L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'ONIAM.

3. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation par l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où une infection nosocomiale est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise par une personne mentionnée au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'infection ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'infection nosocomiale. Par suite, une telle infection ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale, si l'ensemble de ses conséquences remplissent les conditions posées au II de l'article L. 1142-1, et présentent notamment le caractère de gravité requis, l'indemnité due par l'ONIAM étant seulement réduite du montant de celle mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.

4. D'une part, il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise ordonnée par le juge des référés, que Nadine C est décédée des conséquences d'une infection disséminée à staphylocoque doré, contractée à la suite de soins reçus dans les deux établissements publics hospitaliers où elle a été alternativement admise du 6 au 13 janvier 2021. Il est vrai que, comme le relève l'ONIAM en défense, la patiente présentait dès le 6 janvier un bilan biologique inflammatoire, pour lequel une cause infectieuse a été présumée, et une antibiothérapie probabiliste a été adoptée. L'expert relève toutefois dans son rapport qu'aucun des différents examens réalisés avant le 15 janvier 2021 n'a révélé la présence d'un staphylocoque doré, de sorte que si l'hypothèse d'une infection antérieure - notamment urinaire - est plausible, elle n'est pas suffisamment caractérisée. Il relève qu'il est en revanche établi que l'intéressée était porteuse du germe le 15 janvier, après avoir reçu du 6 au 13 janvier des soins potentiellement à risque de contamination acquise à staphylocoque doré, notamment la mise en place de perfusions. C'est dans ces conditions que Nadine C a été admise le 3 février 2021 aux urgences du centre hospitalier de Soissons pour détresse respiratoire sur un état septique sévère, en lien avec l'infection disséminée à staphylocoque doré, accompagnée de défaillances organiques consécutives, dont une insuffisance rénale aigüe, qui ont conduit à son décès. Par suite, les requérants sont fondés à solliciter la réparation par l'ONIAM des préjudices subis par Nadine C et par eux-mêmes, sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article

L. 1142-1 du code de la santé publique.

5. D'autre part, il résulte de l'expertise judiciaire en date du 30 septembre 2022 que la prise en charge par le centre hospitalier de Soissons de l'infection nosocomiale a été marquée par des défaillances. L'expert relève à cet égard que la mise en évidence du staphylocoque doré aurait dû conduire l'équipe médicale à mettre en place une thérapeutique tenant compte de cette nouvelle donnée, et à réaliser sans délai des investigations complémentaires, ce qui n'a pas été fait. Or selon l'expert, une prise en charge adaptée aurait pu permettre d'éviter l'évolution défavorable de l'état de santé de la patiente, et donc l'issue fatale. Si le centre hospitalier de Soissons conteste le taux de perte de chance évalué par l'expert à 65 %, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles ce taux se situerait davantage entre 30 à 40 %.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Nadine C a contracté une infection nosocomiale, dont la prise en charge fautive par le centre hospitalier de Soissons a fait perdre à la victime une chance, qu'il convient d'évaluer à 65 %, d'éviter son décès. Par suite, le centre hospitalier de Soissons doit être condamné à indemniser les préjudices résultant de la faute commise à hauteur de l'ampleur de la chance perdue.

S'agissant du défaut d'information sur l'état de santé de Nadine C et la cause de son décès :

7. Aux termes de l'article R. 1112-68 du code de la santé publique : " Lorsque l'hospitalisé est en fin de vie, il est transporté, avec toute la discrétion souhaitable, dans une chambre individuelle. / Ses proches sont admis à rester auprès de lui et à l'assister dans ses derniers instants. () ". Aux termes de l'article R. 1112-69 du même code : " La famille ou les proches sont prévenus dès que possible et par tous moyens appropriés de l'aggravation de l'état du malade et du décès de celui-ci. () ".

8. Les requérants, qui font valoir qu'ils n'ont pas été informés des différentes hospitalisations de la victime, de la gravité de son état, et ont ainsi été empêchés de rester à son chevet pour l'assister dans ses derniers instants, doivent être regardés comme invoquant une faute commise par le centre hospitalier de Soissons sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 1112-69 du code de la santé publique. Il résulte toutefois de l'instruction que la gravité de l'état de santé de Nadine C n'est apparue qu'à compter du 3 février 2021, date à laquelle elle a été réadressée aux urgences du centre hospitalier de Soissons pour détresse respiratoire, et que son état s'est brutalement aggravé dans la nuit du 5 février suivant. Or le compte rendu d'hospitalisation du 3 au 6 février 2021 mentionne que M. B C a été contacté par téléphone le 5 février 2021 et qu'il a été informé de la gravité de la situation. Dans ces conditions, eu égard aux contraintes pesant sur le service public hospitalier, aucun retard fautif ne peut, en l'espèce, être reproché au centre hospitalier de Soissons. Par ailleurs, les dispositions de l'article R. 1112-69 citées ci-dessus imposent au centre hospitalier de prévenir dès que possible les proches du patient du décès de celui-ci, et non de les informer de la cause de la mort, qui peut d'ailleurs à ce moment-là ne pas être connue. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier de Soissons sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

S'agissant du défaut de communication du dossier médical de la victime :

9. Aux termes de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique : " () En cas de décès du malade, l'accès au dossier médical de ce malade des ayants droit, du concubin, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou du médecin prenant en charge une personne susceptible de faire l'objet d'un examen des caractéristiques génétiques dans les conditions prévues au I de l'article L. 1130-4 s'effectue dans les conditions prévues aux deux derniers alinéas du V de l'article L. 1110-4 ".

10. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise, que les requérants ont eu accès au dossier médical de Nadine C, lequel a été communiqué par le centre hospitalier de Soissons le 10 décembre 2021. Les intéressés ont d'ailleurs également communiqué à l'expert le 18 janvier 2022 le dossier médical de la victime. Les requérants ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que la responsabilité du centre hospitalier de Soissons doit être engagée sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices de Nadine C :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

11. Nadine C a été hospitalisée du 15 janvier au 6 février 2021. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire dont elle a souffert en allouant aux requérants la somme de 345 euros.

Quant aux souffrances endurées :

12. L'importance des souffrances physiques et morales endurées par l'intéressée avant son décès a été évaluée par l'expert à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la victime en accordant aux requérants la somme de

3 600 euros.

Quant au préjudice d'angoisse de mort imminente :

13. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment des conclusions de l'expert, que Nadine C dont le décès est intervenu à la suite d'une dégradation brutale de son état de santé, ait eu conscience au cours de sa prise en charge de l'imminence de son décès. Les requérants ne sont, par suite, pas fondés à solliciter l'indemnisation du préjudice d'angoisse de mort imminente qu'elle aurait subi.

S'agissant des préjudices de MM. D C et B C, proches de la victime :

Quant aux frais d'obsèques :

14. Les requérants justifient, par la production de deux factures d'un montant de 5 304,44 euros et de 3 320 euros, des frais qu'ils ont supportés, respectivement pour les obsèques et la sépulture de la victime, incluant la pose d'un monument funéraire gravé. Contrairement à ce que fait valoir le centre hospitalier de Soissons en défense, ces derniers frais font bien partie des préjudices susceptibles de donner lieu à réparation dès lors qu'ils contribuent à donner à la défunte une sépulture décente. Dans les circonstances de l'espèce, il y a toutefois lieu de relever que les frais excédant la somme de 6 000 euros revêtent un caractère somptuaire et que les intéressés ne sont fondés à être indemnisés qu'à hauteur de cette somme.

Quant au préjudice d'affectation de M. D C :

15. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. D C, veuf de la victime, en lui allouant la somme de 25 000 euros.

Quant au préjudice d'affection de M. B C :

16. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. B C, fils de la victime, en lui accordant la somme de 5 000 euros.

Quant aux autres préjudices :

17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 10 que les fautes alléguées relatives au défaut d'information sur l'état de santé de Nadine C et au défaut de communication du dossier médical n'étant pas constituées, les demandes présentées au titre des préjudices en lien avec elles ne peuvent qu'être rejetées.

18. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Soissons doit être condamné à verser les sommes 16 250 euros et de 3 250 euros, respectivement à MM. D C et B C, en réparation du préjudice d'affection subi par chacun d'entre eux. L'ONIAM leur versera respectivement la somme de 8 750 euros et de 1 750 euros en réparation du même préjudice. Le centre hospitalier de Soissons versera aux requérants la somme globale de 6 464,25 euros et l'ONIAM celle de 3 480,75 euros en réparation des préjudices subis par Nadine C et des frais d'obsèques engagés par les requérants.

Sur les conclusions présentées par la société Aésio Mutuelle :

19. Aux termes de l'article L. 224-8 du code de la mutualité : " Les opérations relatives au remboursement de frais de soins, à la protection juridique et à l'assistance ont un caractère indemnitaire ; l'indemnité due par la mutuelle ou par l'union ne peut excéder le montant des frais restant à la charge du membre participant au moment du sinistre ". L'article L. 224-9 du même code dispose que : " Pour le paiement des prestations à caractère indemnitaire, mentionnées à l'article L. 224-8, la mutuelle ou l'union est subrogée jusqu'à concurrence desdites prestations, dans les droits et actions des membres participants, des bénéficiaires ou de leurs ayants droit contre les tiers responsables ".

20. La société Aésio Mutuelle produit un état des frais médicaux supportés pour le compte de la victime sur la période du 7 janvier au 5 février 2021, pour un montant de 500,98 euros. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction, et notamment de l'expertise à laquelle elle a participé, que les frais d'hospitalisation, pharmaceutiques et de transport dont elle fait état seraient imputables à la faute commise par le centre hospitalier de Soissons dans la prise en charge de l'infection nosocomiale contractée par Nadine C. Par suite, la demande de remboursement présentée par la société Aésio Mutuelle doit être rejetée.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

21. Les requérants ont droit aux intérêts au taux légal correspondant aux indemnités mises à la charge du centre hospitalier de Soissons et de l'ONIAM à la date d'introduction de leur requête le 11 mars 2023.

22. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 11 mars 2023. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 11 mars 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

23. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".

24. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais et honoraires de l'expertise du docteur A, prescrite par l'ordonnance du 24 novembre 2021 du juge des référés, liquidés et taxés à la somme de 1 700 euros par l'ordonnance du 26 octobre 2022 de la présidente du tribunal, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Soissons.

Sur les frais d'instance :

25. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

26. En application de ces dispositions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Soissons la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 er : Le centre hospitalier de Soissons est condamné à verser à M. D C et à M. B C la somme de 6 464,25 euros en réparation des préjudices subis par Nadine C ainsi que des frais d'obsèques qu'ils ont pris en charge.

Article 2 : L'ONIAM versera à M. D C et à M. B C la somme de 3 480,75 euros en réparation des préjudices mentionnés à l'article 1er du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier de Soissons est condamné à verser respectivement à M. D C et à M. B C les sommes de 16 250 euros et de 3 250 euros en réparation de leur préjudice d'affection.

Article 4 : L'ONIAM versera respectivement à M. D C et à M. B C les sommes de 8 750 euros et 1 750 euros en réparation de leur préjudice d'affection.

Article 5 : Les sommes mentionnées aux articles 1 à 4 porteront intérêts à compter du 11 mars 2023. Les intérêts échus le 11 mars 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 6 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 700 euros par l'ordonnance du 26 octobre 2022 de la présidente du tribunal sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Soissons.

Article 7 : Le centre hospitalier de Soissons versera la somme de 1 500 euros à MM. D C et B C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Les conclusions présentées par la société Aésio Mutuelle sont rejetées.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à M. B C, au centre hospitalier de Soissons, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Aisne, et à la société Aésio Mutuelle.

Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

M. Le Gars, conseiller,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition le 20 mars 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Sako

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2300794

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