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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300999

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300999

jeudi 10 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300999
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantADDA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens (2ème chambre) statue sur la demande de la SAS Institut Foch, exploitant un salon de beauté, en décharge de rappels de TVA pour la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2019. Après un dégrèvement partiel de 4 832 euros rendant sans objet une partie des conclusions, le tribunal rejette le surplus de la requête. Il juge que la procédure de taxation d’office était régulière, la société n’apportant pas la preuve du dépôt de ses déclarations dans les délais légaux, conformément à l’article L. 66 du livre des procédures fiscales. La solution retenue est le rejet des conclusions de la société requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mars 2023 et 13 novembre 2024, la SAS Institut Foch, représentée par Me Adda, demande au tribunal :

1°) la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2019, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS Institut Foch soutient que :

- l'administration ne démontre pas qu'elle pouvait régulièrement faire l'objet d'une procédure de taxation d'office sur le fondement des dispositions du 3° de l'article 66 du livre des procédures fiscales ;

- les dispositions de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales ont été méconnues dès lors que le service n'a pas saisi la commission des impôts malgré les demandes présentées en ce sens ;

- le service a reconstitué son chiffre d'affaires en se basant sur les crédits apparaissant sur son compte bancaire, en retenant toutefois des sommes supérieures aux montants qu'elle a effectivement perçus ;

- elle justifie de dépenses susceptibles d'être prises en compte au titre de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, lesquelles ne l'ont pas été par le service.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Somme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 31 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sako, conseillère,

- et les conclusions de M. Menet, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Institut Foch, qui exerce une activité de salon de beauté, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2019, à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur cette période, pour une partie selon la procédure de taxation d'office, et pour l'autre selon la procédure de rectification contradictoire. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de la décharger des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi mis à sa charge et des pénalités correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 28 septembre 2023, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice départementale des finances publiques de la Somme a prononcé un dégrèvement d'un montant de 4 832 euros correspondant à une partie des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la SAS Institut Foch a été assujettie au titre de la période relative aux mois de janvier 2018, et de janvier et février 2019. Par suite, les conclusions à fin de décharge de la requête de la SAS Institut Foch sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ".

4. Il résulte de l'instruction que le service a mis en œuvre la procédure de taxation d'office sur le fondement des dispositions citées au point précédent, au motif que la SAS Institut Foch n'avait pas satisfait à ses obligations déclaratives dans le délai légal. Sur l'année 2015, cette procédure a concerné les mois de septembre, novembre et décembre. Au titre de l'année 2016, la procédure de taxation d'office a été mise en œuvre pour les mois de janvier, juin, et la période d'août à novembre. Sur l'année 2017, cette procédure concerne les mois de janvier, mars, mai, juin et août. Enfin, sur l'année 2018, la procédure litigieuse a été mise en œuvre pour la période de juillet à septembre. Si la société requérante fait valoir que le service n'apporte pas la preuve du caractère tardif de ses déclarations, c'est au contraire à elle qu'il incombe d'apporter la preuve qu'elle a bien satisfait à ses obligations déclaratives dans le délai légal. Or faute pour la société requérante de produire des éléments de nature à justifier du dépôt de ses déclarations dans le délai imparti, le moyen tiré de l'irrégularité de la taxation d'office doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. / Cette procédure s'applique également lorsque l'administration effectue la reconstitution du montant déclaré du bénéfice industriel ou commercial, du bénéfice non commercial, du bénéfice agricole ou du chiffre d'affaires déterminé selon un mode réel d'imposition ". Aux termes de l'article L. 56 du même livre : " La procédure de rectification contradictoire n'est pas applicable : / 4° Dans les cas de taxation ou d'évaluation d'office des bases d'imposition ; () ". En application de l'article L. 57 de ce livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article L. 59 de ce livre : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ".

6. D'une part, s'agissant des périodes énoncées au point 4, pour lesquelles la procédure de taxation d'office a été mise en œuvre, la circonstance que la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'aurait pas été saisie malgré des demandes en ce sens du contribuable est sans influence sur la régularité de la procédure d'imposition.

7. D'autre part, en ce qui concerne les rehaussements soumis à la procédure de rectification contradictoire, il résulte de l'instruction qu'à la suite de la réception de la réponse du service à ses observations, la SAS Institut Foch a, par un courrier du 10 février 2020, sollicité la saisine à titre conservatoire de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. La lecture de ce courrier permet toutefois de constater que sa demande était uniquement relative à un désaccord en matière de taxe sur la valeur ajoutée déductible, la SAS Institut Foch faisant en effet valoir qu'elle souhaitait apporter de nouveaux éléments sur les règlements effectués par elle auprès de ses principaux fournisseurs. Cette demande a été réitérée lors de l'entretien qui s'est tenu le 20 février suivant auprès de la supérieure hiérarchique de la vérificatrice, ainsi que cela ressort du compte rendu de cet entretien produit par l'administration. Ainsi, en l'absence de toute demande de saisine de la commission au sujet d'un désaccord en matière de taxe sur la valeur ajoutée collectée et compte tenu de ce que le désaccord portait sur une question relative à la TVA déductible, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'absence de saisine de cette commission aurait entaché d'irrégularité la procédure d'imposition.

En ce qui concerne le bien-fondé des rappels :

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". En application de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 192 de ce livre : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 ou le comité prévu à l'article L. 64 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ".

10. Comme indiqué précédemment, il résulte de l'instruction que la SAS Institut Foch a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office pour les périodes indiquées au point 4. Par suite, elle supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions litigieuses au titre de ces périodes, conformément aux dispositions précitées des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales. S'agissant des impositions établies selon la procédure de rectification contradictoire, il résulte de l'instruction que la société SAS Institut n'a été en mesure de présenter une comptabilité que pour la seule période du 1er juillet 2018 au 31 mars 2019, alors que la vérification de comptabilité portait sur la période du 1er juillet 2015 au 31 mars 2019. Ces carences ont été constatées par l'établissement de deux procès-verbaux de défaut de comptabilité les 18 juin et 12 août 2019. Par suite, il résulte des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales que la charge de la preuve lui incombe également au titre des impositions litigieuses portant sur la période du 1er juillet 2015 au 30 juin 2018. En revanche, contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, la comptabilité de la société requérante ne faisant pas défaut sur la période du 1er juillet 2018 au 31 mars 2019, la charge de la preuve du bien-fondé des impositions litigieuses repose sur l'administration pour les mois d'octobre à décembre 2018 et mars 2019, dans la mesure où il n'est pas contesté que la SAS Institut Foch a refusé dans le délai légal la proposition de rectification du 22 octobre 2019.

11. Pour critiquer la reconstitution de son chiffre d'affaires réalisée par le service, la société requérante se borne à faire valoir qu'il a retenu des crédits dont le montant est supérieur aux sommes effectivement perçues par elle, sans préciser à quelle hauteur. Ce faisant, la SAS Institut Foch n'assortit pas son moyen des précisions utiles permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible :

12. Si la société requérante soutient qu'elle apporte des éléments de nature à démontrer qu'elle a supporté des dépenses nécessaires à son activité, pour lesquelles elle dispose d'un droit de déduction au titre de la taxe sur la valeur ajoutée, elle se borne à produire ses relevés bancaires et un tableau réalisé par ses soins dépourvu de toute valeur probante, dans lequel elle retrace les sommes qui seraient selon elle représentatives d'une taxe sur la valeur ajoutée déductible. Ce faisant, elle n'apporte pas la preuve qui lui incombe.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SAS Institut Foch doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SAS Institut Foch.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Institut Foch est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Institut Foch et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Sako

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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