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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404242

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404242

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404242
TypeDécision
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part correspondant à la part contributive de l'État.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne l'a pas invité à compléter son dossier, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 novembre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sako, conseillère,

- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 1er novembre 2002, entré en France le 10 décembre 2018 selon ses déclarations, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Aisne à l'âge de seize ans révolus. L'intéressé, qui s'est vu délivrer le 13 janvier 2023 un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " travailleur temporaire ", a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 8 avril 2024. Par un arrêté du 25 septembre 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, dans le cas où l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. L'arrêté attaqué mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application au regard de la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé, ainsi que de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs de fait qui fondent chacune des décisions attaquées. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté contesté mentionne le motif pour lequel sa demande de titre de séjour a été rejetée, à savoir la circonstance qu'il ne dispose pas de l'autorisation de travail requise par les dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail. La situation professionnelle de M. B est également mentionnée, dès lors qu'il est fait référence à ses différents contrats de travail. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".

5. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Aisne aurait rejeté la demande de titre de séjour présentée par le requérant en se fondant sur le caractère incomplet de son dossier. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne l'aurait pas invité à compléter le dossier, en méconnaissance des dispositions du code des relations entre le public et l'administration citées au point précédent, doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B, qui soutient que le préfet de l'Aisne aurait, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, méconnu son droit au respect de sa vie privée, doit être regardé comme invoquant la méconnaissance des stipulations citées au point précédent. Si l'intéressé se prévaut d'une bonne intégration sociale et professionnelle en France, il n'est pas contesté que le contrat de travail à durée indéterminée à compter du 1er mars 2024 qu'il produit a été rompu par son employeur le 12 avril 2024, et que l'intéressé exerce une activité professionnelle dans le cadre de contrats d'intérim, par nature précaires. Par ailleurs, M. B est célibataire, sans enfants et il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusque l'âge de seize ans. Dans ces conditions, le préfet de l'Aisne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée de l'intéressé en prenant l'arrêté contesté. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées par son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Aisne

et à Me Tourbier.

Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

M. Le Gars, conseiller,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Sako

Le président,

Signé

B. Boutou La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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