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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2001250

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2001250

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2001250
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPIETRA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai 2020 et 1er octobre 2021, Mme B A, représentée par Me Boumaza demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume à lui verser la somme de 2 513,80 euros en réparation du préjudice financier causé par la mesure de suspension provisoire, la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice moral, assortie d'un intérêt au taux légal à compter de sa demande indemnitaire préalable et jusqu'à complète libération des sommes à son profit ;

2°) de condamner la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume à lui verser la somme de 2 000 euros accordée par le tribunal administratif de Toulon par le jugement du 5 avril 2019 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de la commune est engagée au regard de sa suspension de fonctions du 18 mai au 18 septembre 2016 ; la commune a commis une irrégularité faute de vraisemblance suffisante des soupçons ; elle n'a fait l'objet d'aucune sanction pénale et la plainte a été classée sans suite ;

- sur cette période, une retenue totale de 2 513,80 euros a été opérée au titre de son indemnité de service spécifique et de son indemnité de sujétions horaires ;

- cette mesure illégale a occasionné un préjudice moral de 2 000 euros ;

- le jugement du 5 avril 2019 est exécutoire de plein droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2021, la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume, représentée par Me Nouis, demande au tribunal à titre principal de rejeter

la requête, à titre subsidiaire de surseoir à statuer dans l'attente du résultat de l'enquête pénale et de mettre à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

1er décembre 2021 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2023 pour la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Par un courrier du 1er mars 2023, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme A tendant à ce que la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume lui verse la somme de 2 000 euros accordée par le tribunal administratif de Toulon par le jugement du 5 avril 2019 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Si Mme A entend obtenir l'exécution du jugement rendu par le tribunal administratif de Toulon le 5 avril 2019 quant au paiement des frais de l'instance, il lui appartient d'adresser une demande en ce sens au préfet du Var conformément aux dispositions de l'article L. 911-9 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2002-532 du 16 avril 2002 ;

- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mars 2023 :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- les observations Me Dioum représentant la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 mai 2016, Mme B A, technicienne principale de 1ère classe exerçant les fonctions de secrétaire de mairie au sein de la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume, a été suspendue de ses fonctions du 18 mai au 18 septembre 2016. Cette décision a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Toulon du 5 avril 2019, confirmé

par la cour administrative d'appel de Marseille par un arrêt du 22 juillet 2020, devenu définitif. Par une demande préalable en date du 8 janvier 2020, elle a demandé à la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume de l'indemniser des préjudices subis par cette décision de suspension illégale. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née suite à cette demande préalable et le versement de la somme de 4 513,80 euros en réparation des préjudices subis.

Sur l'exécution du jugement du tribunal administratif de Toulon du 5 avril 2019 :

2. Aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " () II. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné une collectivité locale ou un établissement public au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être mandatée ou ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. A défaut de mandatement ou d'ordonnancement dans ce délai, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle procède au mandatement d'office. / En cas d'insuffisance de crédits, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle adresse à la collectivité ou à l'établissement une mise en demeure de créer les ressources nécessaires ; si l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement n'a pas dégagé ou créé ces ressources, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle y pourvoit et procède, s'il y a lieu, au mandatement d'office ".

3. Si Mme A entend obtenir l'exécution du jugement rendu par le tribunal administratif de Toulon le 5 avril 2019 quant au paiement des frais de l'instance, il lui appartient d'adresser une demande en ce sens au préfet du Var conformément aux dispositions de l'article L. 911-9 du code de justice administrative.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute de la commune :

4. Par un jugement du 5 avril 2019, le tribunal administratif de Toulon a annulé l'arrêté du 18 mai 2016 suspendant Mme A de ses fonctions du 18 mai au 18 septembre 2016.

Ce jugement a été confirmé par la cour administrative d'appel de Marseille par un arrêt

du 22 juillet 2020 devenu définitif. Par suite, cette illégalité fautive est de nature à engager

la responsabilité de la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume à l'égard de la requérante.

En ce qui concerne les préjudices de Mme A :

5. Aux termes des dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version alors en vigueur : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois ".

6. Aux termes de l'article 1er du décret du 16 avril 2002 relatif à l'attribution d'une indemnité de sujétions horaires à certains personnels du ministère de l'équipement, des transports et du logement : " Une indemnité de sujétions horaires peut être versée aux fonctionnaires, aux agents contractuels sous contrat à durée indéterminée ou aux ouvriers de l'Etat affectés dans un service de l'équipement () lorsque l'organisation du travail implique au moins l'une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : - des vacations au moins égales à 6 heures de temps de travail effectif continu par vacation ; - un cycle de travail comportant des heures décalées ; - un horaire de travail lié aux heures des marées. / Pour l'application du présent décret, les heures décalées recouvrent, dans la semaine, les heures entre 18 heures le soir et 7 heures le lendemain, les heures de fin de semaine correspondant à la totalité de la période entre le vendredi à 18 heures et le lundi à 7 heures et les heures de jours fériés correspondant aux heures comprises entre 18 heures la veille et 7 heures le lendemain du jour férié. "

7. Au terme d'une période de suspension, un agent public a droit, dès lors qu'aucune sanction pénale ou disciplinaire n'a été prononcée à son encontre, au paiement de sa rémunération pour la période correspondant à la durée de la suspension, l'indemnité due devant englober la perte du traitement ainsi que celle des primes et indemnités dont l'intéressé avait, pour la période en cause, une chance sérieuse de bénéficier, à l'exception de celles qui, eu égard à leur nature, à leur objet et aux conditions dans lesquelles elles sont versées, sont seulement destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif des fonctions.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, le 11 octobre 2016, le procureur de la république du tribunal de grande instance de Draguignan a classé sans suite la plainte déposée par la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume à raison de faits de destruction et dégradation de biens d'intérêt public. En outre, il n'est pas contesté que Mme A n'a fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire en raison de ces faits. Mme A demande le paiement de deux primes, une indemnité de service spécifique et une indemnité de sujétions horaires pour la période allant du 18 mai au 18 septembre 2016. La commune fait valoir en défense qu'il n'est pas établi que la requérante aurait eu droit à ces deux primes durant sa période de suspension conservatoire.

9. En premier lieu, l'indemnité spécifique de service est régie par le décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement et a pour objet d'accorder une prime aux cadres A et B de la filière technique de la fonction publique territoriale qui varie selon le grade de l'agent. Il s'agit donc d'une indemnité pérenne versée aux agents qui en remplissent les conditions, indépendamment de la manière de servir et qui ne vise pas à compenser une charge ou des frais spécifiques. Mme A avait donc une chance sérieuse de percevoir cette indemnité.

10. En deuxième lieu, s'il ressort des dispositions précitées du décret du 16 avril 2002 que l'indemnité de sujétions horaire est versée en compensation de contraintes spécifiques liées à l'organisation horaire du service, il n'en demeure pas moins que cette prime ne vient pas compenser des coûts exposés par l'agent mais vient indemniser des conditions d'exercices de l'emploi plus contraignantes. Il ressort également des pièces du dossier que cette prime lui a été versée de manière constante et pour un montant identique avant et après sa période de suspension. Mme A avait donc une chance sérieuse de percevoir cette indemnité.

11. Il résulte de ce qui précède que ces deux primes ne sont pas destinées à compenser des frais, charges ou contraintes liés à l'exercice effectif de ses fonctions, mais sont des primes pérennes dont Mme A avait une chance sérieuse de bénéficier. Elle a donc droit au versement de ces deux primes sur la période allant du 18 mai au 18 septembre 2016.

En conséquence, la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume doit être condamnée à verser à Mme A la somme non contestée de 2 513,80 euros.

12. En troisième lieu, Mme A demande également à être indemnisée au titre de son préjudice moral. Dans les circonstances de l'affaire, il sera fait une juste appréciation de la réparation due à Mme A en condamnant la commune à lui verser une indemnité de 1 000 euros.

13. Mme A a droit, comme elle le sollicite, aux intérêts au taux légal de la somme totale de 3 513,80 euros à compter du 14 janvier 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la commune.

14. Quant aux conclusions présentées à titre subsidiaire par la commune et tendant à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente du résultat de l'enquête pénale pour faux en écriture publique et usage de faux en écriture publique, cette procédure étant sans lien avec l'annulation de la suspension provisoire de Mme A, ces conclusions sont écartées.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

16. Ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume soit mise à la charge de Mme A qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

17. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume la somme de 2 000 euros au titre des frais engagés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume est condamnée à verser à Mme A la somme de 3 513,80 euros à titre de réparation de ses préjudices, cette somme portant intérêts au taux légal à compter du 14 janvier 2020.

Article 2 : La commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume versera à Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Plan-d'Aups-Sainte-Baume.

Délibéré après l'audience du 3 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

signé

S. C

Le président,

signé

J-F. SautonLe greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Ou par délégation le greffier,

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