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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003182

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003182

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003182
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 novembre 2020 et 12 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Macouillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 35 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son exposition aux poussières d'amiante ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros, au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'État a commis une faute, dès lors qu'il a été exposé à l'inhalation de poussières d'amiante ;

- ses préjudices extrapatrimoniaux doivent être réparés ;

- le lien de causalité entre la faute et ses préjudices est établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le ministre des armées conclut, à titre principal au rejet de la requête ou à titre subsidiaire, à ce que la somme octroyée soit ramenée à de plus justes proportions.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2001-1269 du 21 décembre 2001 ;

- l'arrêté du 21 avril 2006 relatif à la liste des professions, des fonctions et des établissements ou parties d'établissements permettant l'attribution d'une allocation spécifique de cessation anticipée d'activité à certains ouvriers de l'Etat, fonctionnaires et agents non titulaires du ministère de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les observations de Me Tizot, substituant Me Macouillard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 4 septembre 2020 adressé au ministre des armées, M. A a demandé, en vain, la réparation de préjudices qu'il impute à son exposition aux poussières d'amiante.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. La responsabilité de l'administration, en sa qualité d'employeur, peut être engagée en cas de manquement à l'obligation de sécurité à laquelle elle est tenue envers les agents, lorsqu'elle a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel étaient exposés ces derniers et qu'elle n'a pas pris les mesures nécessaires pour les en préserver.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation établie le 22 octobre 2019 par le service interarmées des munitions, en vue de la constitution d'un relevé de carrière visant au bénéfice de l'allocation spécifique de cessation anticipée d'activité (ASCAA), que le requérant a exercé en qualité d'agent technique d'atelier au sein des ateliers et magasins de la pyrotechnie, entre le 1er juillet 2015 et le 31 décembre 2019, profession et établissements figurant dans les annexes I et III de l'arrêté du 21 avril 2006 visé ci-dessus. Ainsi, il a été exposé aux risques présentés par l'inhalation de poussières d'amiante. En outre, deux collègues de travail de M. A ont attesté de ce que des prélèvements réalisés sur son lieu de travail (bâtiment V25) avaient mis en évidence la présence de fibres d'amiante dans l'air et avaient conduit à la condamnation de ce bâtiment en vue de son désamiantage. Par ailleurs, il n'est pas contesté que des mesures de protection individuelle ou collective auraient effectivement été mises en œuvre au sein de l'établissement précité où a été employé M. A. Par suite, carence de l'Etat employeur est de nature à engager sa responsabilité.

Sur les préjudices de M. A :

En ce qui concerne le préjudice d'anxiété :

4. La personne qui recherche la responsabilité d'une personne publique en sa qualité d'employeur et qui fait état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l'anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu'elle établit que l'éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la personne a droit à l'indemnisation de ce préjudice, sans avoir à apporter la preuve de manifestations de troubles psychologiques engendrés par la conscience de ce risque élevé de développer une pathologie grave.

5. Il résulte de l'instruction que M. A a été activement exposé aux poussières d'amiante sur une période suffisamment longue de quatre ans, cinq mois et trente jours, pour pouvoir lui faire craindre d'être exposé à une maladie grave. Eu égard à ce qui a été dit au point 4 du présent jugement, l'intéressé doit être regardé comme ayant subi un préjudice d'anxiété.

6. Il en sera fait une juste appréciation en condamnant l'État à verser à

M. A une indemnité de 2 200 euros.

En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence :

7. Si M. A soutient qu'il bénéficie d'un suivi post-professionnel de son état de santé, dans le cadre de l'arrêté du 28 février 1995, pris en application de l'article

D. 461-25 du code de la sécurité sociale, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations, de sorte que le préjudice allégué, qui pourrait résulter du caractère contraignant de tels examens, n'est pas établi. Dès lors, sa demande doit être rejetée sur ce point.

Sur les intérêts :

8. M. A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 2 200 euros à compter du 7 septembre 2020, date de réception de sa demande par le ministre des armées.

9. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 17 novembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 7 septembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 2 200 euros avec intérêts au taux légal à compter du 7 septembre 2020. Les intérêts échus à la date du

7 septembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 27 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2025.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.00

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