lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200197 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | FOUDIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2022, et un mémoire, enregistré le 14 octobre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Boost My Shop, représentée par Me Foudil, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 840 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- l'examen de comptabilité a été engagé dès le 30 janvier 2018 sans lui laisser le temps utile pour se faire assister d'un conseil de son choix ; par suite, la procédure d'imposition méconnaît les dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;
- en joignant un questionnaire portant sur le statut de " jeune entreprise innovante " à l'avis d'examen de comptabilité, le service ne lui a pas davantage laissé un délai suffisant pour lui permettre de s'assurer l'assistance d'un conseil.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
- l'activité qu'elle a développée a un caractère réellement nouveau par rapport à celle de la société Mediahub et ne s'inscrit pas dans la reprise d'une activité préexistante ;
- il n'y a pas de reprise de clientèle alors qu'il s'agit d'un élément déterminant pour caractériser la reprise des moyens d'exploitation d'une entreprise préexistante, selon la jurisprudence et la doctrine référencée BOI-BIC-CHAMP-80-10-10-20 du 4 juillet 2018, n° 190 ;
- son activité est centrée sur l'Europe alors que celle de la société Mediahub portait sur le monde ;
- il n'y a pas eu reprise des moyens d'exploitation de la société Mediahub ;
- les salariés repris se rattachaient au pôle recherche et développement de la société Mediahub et n'étaient pas concernés par l'activité de revente de briques logicielles ;
- le nom de domaine " boost my shop " est tombé dans le domaine public ;
- par suite, elle répond à toutes les conditions lui permettant de bénéficier du dispositif issu de l'article 44 sexies A du code général des impôts prévoyant une exonération d'impôt sur les sociétés pour les " jeunes entreprises innovantes ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin ;
- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Boost My Shop a fait l'objet d'un examen de comptabilité portant sur la période du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification en date du 29 juin 2018, sa qualification de " jeune entreprise innovante " au sens de l'article 44 sexies-0 A du code général des impôts a été remise en cause par l'administration. En conséquence, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés lui ont été notifiées pour un montant total, en droits et pénalités, de 16 908 euros. Par sa requête, la SAS Boost My Shop demande la décharge de ces impositions supplémentaires et des pénalités afférentes.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 13 G du livre des procédures fiscales : " Dans les conditions prévues au présent livre, les agents de l'administration peuvent, lorsque des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables tiennent leur comptabilité au moyen de systèmes informatisés, examiner cette comptabilité sans se rendre sur place ". Aux termes de l'article L. 47 de ce livre : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix () ". Aux termes du 1. de l'article L. 47 AA du même livre : " Dans un délai de quinze jours à compter de la réception d'un avis d'examen de comptabilité, le contribuable adresse à l'administration, sous forme dématérialisée répondant aux normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables ".
3. Il résulte de l'instruction que l'avis d'examen de comptabilité notifié à la SAS Boost My Shop le 26 janvier 2018 mentionne, conformément aux dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, les bases légales de ce contrôle et la période contrôlée, à savoir l'exercice clos le 31 décembre 2016, précisant en outre que ce contrôle porterait sur la qualification de " jeune entreprise innovante ". Cet avis indique que la société est invitée à adresser au service instructeur, dans le délai de quinze jours, une copie des fichiers de ses écritures comptables ainsi que les réponses au questionnaire figurant en annexe 1 relatif au dispositif de " jeune entreprise innovante ". Ce document expose enfin que la contribuable dispose de la faculté de se faire assister par un conseil de son choix.
4. Cette demande de communication de documents comptables, effectuée conformément aux dispositions du 1. de l'article L. 47 AA du livre des procédures fiscale citées au point 2, et de justificatifs, que constituent les réponses au questionnaire précité, ne peut être regardée en elle-même comme participant du contrôle de la régularité de la comptabilité de la société et du bien-fondé de la qualification de " jeune entreprise innovante ", mais a seulement eu pour objet de permettre la réalisation de ce contrôle. En outre, si la SAS Boost My Shop, qui allègue sans toutefois l'établir que le service aurait fait pression sur elle en téléphonant à son dirigeant pour l'inciter à remettre ces fichiers comptables au plus vite, a fait le choix, volontaire, de lui adresser ces derniers dès le 30 janvier 2018, soit après l'écoulement d'un seul jour ouvré à partir de la notification de l'avis d'examen de comptabilité, il est constant que cet avis mentionnait un délai de quinze jours pour procéder à cette communication de documents. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'elle n'a adressé le questionnaire dûment renseigné que le 26 février 2018. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée, par l'administration fiscale, d'une garantie substantielle en raison de la méconnaissance d'un délai raisonnable d'au moins deux jours ouvrés entre la date de réception de l'avis de comptabilité et celle à laquelle ont débuté les opérations de contrôle.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
5. Aux termes de l'article 44 sexies-0 A du code général des impôts dans sa version applicable aux impositions en litige : " Une entreprise est qualifiée de jeune entreprise innovante réalisant des projets de recherche et de développement lorsque, à la clôture de l'exercice, elle remplit simultanément les conditions suivantes : () 5° elle n'est pas créée dans le cadre d'une concentration, d'une restructuration, d'une extension d'activités préexistantes ou d'une reprise de telles activités au sens du III de l'article 44 sexies ". Aux termes du III de cet article 44 sexies : " Les entreprises créées dans le cadre d'une concentration, d'une restructuration, d'une extension d'activités préexistantes ou qui reprennent de telles activités ne peuvent pas bénéficier du régime défini au paragraphe I. / L'existence d'un contrat, quelle qu'en soit la dénomination, ayant pour objet d'organiser un partenariat, caractérise l'extension d'une activité préexistante lorsque l'entreprise nouvellement créée bénéficie de l'assistance de ce partenaire, notamment en matière d'utilisation d'une enseigne, d'un nom commercial, d'une marque ou d'un savoir-faire, de conditions d'approvisionnement, de modalités de gestion administrative, contentieuse, commerciale ou technique, dans des conditions telles que cette entreprise est placée dans une situation de dépendance. ". Selon l'article 44 sexies A de ce code dans sa version alors applicable : " I-1 Les entreprises répondant aux conditions fixées à l'article 44 sexies-0 A sont exonérées () d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés au titre du premier exercice ou de la première période d'imposition bénéficiaire, cette période d'exonération totale des bénéfices réalisés ne pouvant excéder douze mois. / Les bénéfices réalisés au titre de l'exercice ou période d'imposition bénéficiaire suivant cette période d'exonération ne sont soumis à l'impôt sur le revenu ou l'impôt sur les sociétés que pour la moitié de leur montant ".
6. La SAS Boost My Shop s'est prévalue de l'exonération d'impôt sur les sociétés, au titre du bénéfice qu'elle a réalisé sur l'exercice clos au 31 décembre 2016, prévue par les dispositions précitées de l'article 44 sexies A du code général des impôts. A l'issue de l'examen de comptabilité dont elle a fait l'objet, le service a remis en cause le bénéfice de cette exonération au motif qu'elle ne remplissait pas la condition prévue au 5° de l'article 44 sexies-0 A du code général des impôts dès lors qu'elle n'exerçait pas une activité réellement nouvelle.
7. Il résulte de l'instruction que la société Mediahub, créée en 2009, exerçait, à titre principal, une activé de commerce en ligne à destination du grand public et, à titre accessoire, une activité de conception et d'édition de briques logicielles d'administration des sites de commerce en ligne. Cette société a été placée en redressement judiciaire par un jugement du 9 juin 2015.
8. Il résulte également de l'instruction que la SAS Boost My Shop a été créée le 1er septembre 2015 par M. A B, ancien salarié de la société Mediahub. Elle a pour objet une activité de conception, d'édition et de distribution de solutions logicielles à destination des commerçants en ligne afin de leur permettre d'administrer et de multiplier leurs ventes au meilleur prix. A ce titre, par un contrat de distribution du 3 avril 2015, la société Mediahub a confié à la société de droit américain Boost My Shop Corporation, dont le président est également M. A B, le soin de distribuer hors d'Europe sous le nom commercial " Boost My Shop " les solutions et briques logicielles qu'elle avait développées à destination des acteurs du commerce en ligne. Par un protocole transactionnel du 23 octobre 2015, la société Boost My Shop Corporation est devenue seule propriétaire des droits sur les solutions logicielles de Mediahub, du site internet et des marques correspondantes. En contrepartie, sept salariés de la société Mediahub ont été repris par la SAS Boost My Shop. Dans le même temps, par une convention du 10 octobre 2015, Boost My Shop Corporation autorisait la SAS Boost My Shop à développer son activité sur le territoire européen et à y exploiter et développer les solutions logicielles dont elle était devenue propriétaire en application du protocole transactionnel signé avec la société Mediahub.
9. La société requérante fait valoir que son activité est différente de celle de la société Mediahub qui consistait pour l'essentiel à acheter et revendre des biens de consommation, qu'elle n'a pas repris sa clientèle, que son activité s'exerce en Europe là où celle de la société Mediahub pouvait porter sur le monde et que les salariés qu'elle a repris appartenaient à son service de recherche et de développement. Il résulte toutefois des éléments mentionnés au point 8 que, d'une part, son activité est issue de la reprise de l'activité accessoire de conception et d'édition de solution logicielles de la société Mediahub et, d'autre part, qu'elle a bénéficié d'un transfert des moyens d'exploitation issus de la société Mediahub qu'ils soient humains par la reprise de salariés ou techniques et juridiques par la reprise de la commercialisation des briques logicielles, du site internet et du nom commercial. Si la requérante fait valoir que la clientèle de la société Mediahub a été attribuée par le tribunal de commerce à la société Azimuth, cette cession d'entreprise du 14 janvier 2016 ne peut inclure la distribution des briques logicielles, dès lors que la SAS Boost My Shop Corporation est devenue seule propriétaire des droits sur les produits commercialisés. La volonté des dirigeants des sociétés concernées, qui pour leur part étaient associés à la fois de la société Mediahub et de la société Boost My Shop, nouvellement créée, étaient de réserver à cette dernière le savoir et les compétences acquises sur la conception, la production et la commercialisation de briques logicielles. Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a pu considérer que la requérante avait repris une activité préexistante, de sorte qu'elle n'exerçait pas une activité réellement nouvelle au sens du 5° de l'article 44 sexies-0 A du code général des impôts.
10. Enfin, la société requérante ne saurait utilement se prévaloir de la doctrine référencée BOI-BIC-CHAMP-80-10-10-20, n°190, du 4 juillet 2018, qui est postérieure à l'exercice d'imposition en litige, et qui ne fait, en tout état de cause, pas une interprétation différente des dispositions fiscales concernées de celle dont il est fait application.
11. Il résulte de ce qui précède que la SAS Boost My Shop n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que la SAS Boost My Shop demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Par suite, de telles conclusions doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS Boost My Shop est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Boost My Shop et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026