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Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200449

lundi 15 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200449
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMDL SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2022, et un mémoire, enregistré le 8 septembre 2022, M. A Deveza, représentée par MDL société d'avocats agissant par Me Morey et Me Colombet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne pouvait pas être assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à raison de revenus distribués par la société Comptoir Méditerranéen Matériels Entreprises (CMME) dans la mesure où cette dernière ne saurait être regardée comme ayant commis un acte anormal de gestion relatif à des dépenses de parrainage dans le cadre de l'organisation de rallyes automobiles ;

- sa présence sur les rallyes est un moyen d'assurer sa fonction de représentation et de donner de la visibilité à la société CMME ;

- l'existence d'une contrepartie aux dépenses de parrainage est avérée ;

- les dépenses de parrainage ont bien généré les importantes retombées économiques attendues ;

- la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires s'est prononcée en faveur de l'abandon des rectifications assignées à la société CMME, de sorte qu'en application de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve pèse sur l'administration ;

- l'administration ne peut pas, dans le même temps, d'une part, admettre que la société CMME puisse déduire une quote-part de 10 % des dépenses litigieuses et, d'autre part, relever que son dirigeant a délibérément manqué à ses obligations déclaratives ; il y a donc lieu d'abandonner les pénalités de 40 % pour manquement délibéré ;

- il entend se désister de ses conclusions aux fins de décharge à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance par l'administration fiscale à hauteur d'un montant de 8 714 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement partiel opéré en matière de prélèvements sociaux d'un montant de 8 714 euros et au rejet du surplus de la requête.

Elle fait valoir que :

- par un avis du 10 juin 2022, l'administration a prononcé un dégrèvement de 8 714 euros s'agissant des cotisations supplémentaires de contributions sociales au titre de l'année 2015 en application de la décision du conseil constitutionnel du 7 juillet 2017 n° 2017-643/650 QPC ;

- pour le surplus, les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Morey pour M. Deveza.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Comptoir Méditerranéen Matériels Entreprises (CMME), dont M. A Deveza est le président, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Par une proposition de rectification en date du 17 décembre 2018, le service a considéré comme des revenus distribués sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts, les dépenses de parrainage de la société CMME consenties au profit de l'association Team DT Sport. En conséquence, M. Deveza a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 et 2017. Par sa requête, l'intéressé demande la décharge de ces impositions pour un total, en droits et pénalités, de 249 241 euros.

Sur le désistement partiel :

2. Dans son mémoire enregistré le 8 septembre 2022, M. Deveza déclare se désister partiellement, à hauteur de 8 714 euros, de ses conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires de contributions sociales au titre de l'année 2015. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte. Le désistement primant sur le non-lieu à statuer, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions aux fins de non-lieu présentées par l'administration fiscale.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne les revenus distribués :

3. D'une part, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : () / 7° Les dépenses engagées dans le cadre de manifestations de caractère () sportif (), lorsqu'elles sont exposées dans l'intérêt direct de l'exploitation ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme des revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ". Lorsqu'une société a pris en charge des dépenses incombant normalement à un tiers sans que la comptabilisation de cette opération ne révèle, par elle-même, l'octroi d'un avantage, il appartient à l'administration, si elle entend faire application des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts pour imposer, dans les mains du tiers, cette somme, d'établir, d'une part, que la prise en charge de cette dépense ne comportait pas de contrepartie pour la société, et d'autre part, qu'il existait une intention, pour celle-ci, d'octroyer, et pour le tiers, de recevoir, une libéralité. Dans le cas où les parties sont liées par une relation d'intérêts, l'intention d'octroyer et de recevoir une libéralité est présumé.

5. Il résulte de l'instruction, d'une part, qu'en 2015, la SAS CMME a engagé une dépense de 162 000 euros au profit de l'association Team DT Sport dans le cadre de deux conventions de parrainage et deux factures annexées et, d'autre part, qu'en 2017, la société CMME a de nouveau engagé des dépenses au profit de cette même association pour un montant global de 80 000 euros. Ces dépenses ont permis à M. Deveza, président de la société CMME, de participer à des rallyes automobiles en France et à l'étranger en tant que pilote.

6. En premier lieu, M. Deveza ne saurait utilement se prévaloir de l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui s'est prononcée en faveur de l'abandon des rectifications assignées à la société CMME, lequel concerne un autre contribuable et une autre procédure d'imposition. S'agissant des rectifications en matière de revenus distribués qui ont été assignés au requérant sur le fondement des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts, la charge de la preuve est, en l'espèce, gouvernée par les principes ci-dessus rappelés au point 4 du présent jugement.

7. En deuxième lieu, pour justifier que ces dépenses ont été engagées non pas dans son intérêt personnel mais dans celui de l'exploitation, le requérant produit des photographies de véhicules ayant participé à ces rallyes automobiles sur lesquels le logo de la société CMME est apposé. Toutefois, il résulte de ces mêmes photos que ce logo, de petite taille, est peu lisible, y compris sur des véhicules à l'arrêt. En outre, il ne ressort pas des pièces produites que ces épreuves automobiles aient bénéficié d'un public nombreux ou d'une importante couverture médiatique. Dès lors, cette seule circonstance est insuffisante pour considérer ces dépenses de parrainage comme ayant été engagées dans l'intérêt direct de la société CMME.

8. En troisième lieu, M. Deveza soutient que sa participation à ces rallyes a contribué à d'importantes retombées économiques pour la SAS CMME. Il fait notamment valoir que les rencontres informelles lors de ces évènements ont permis la conclusion d'un contrat avec respectivement la société Le Roc en 2014 et la société RBTP en 2015. Il indique également que son copilote dans ces épreuves, M. B, est un dirigeant de la société Colas, société avec laquelle son entreprise a conclu un contrat en 2014 et un second en 2016. Toutefois, il résulte de l'instruction que deux des contrats ainsi mentionnés sont antérieurs aux exercices ayant fait l'objet d'une vérification de comptabilité chez la société CMME. De plus, l'intéressé n'établit pas que ces contrats n'auraient pas été conclus sans que la société CMME engage les dépenses de parrainage. En outre, l'administration soutient, sans être contredite, que le requérant et M. B se connaissent depuis, au moins, 2011, soit bien avant les exercices sur lesquels les dépenses de parrainage ont été regardées comme anormales par l'administration. Enfin, si le requérant allègue que ces manifestations lui ont permis de faire progresser le chiffre d'affaires de la société, dont il assure la présidence, par le gain de nouveaux clients diluant ainsi le poids des clients historiques, cette affirmation, au demeurant contradictoire avec celle portant sur l'importance des contrats conclus avec les sociétés Colas et Le Roc, n'est établie par aucune pièce.

9. En dernier lieu, l'administration doit, par suite, être regardée comme démontrant que la SAS CMME n'a pas agi dans son propre intérêt et a volontairement consenti une libéralité à M. Deveza, son président, qui l'a acceptée. C'est donc à bon droit que l'administration a considéré que les sommes en litige constituaient, en application du c. de l'article 111 du code général des impôts, des revenus distribués et en a réintégrés le montant dans les bases d'imposition de M. Deveza, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, au titre des années 2015 et 2017.

En ce qui concerne la pénalité pour manquement délibéré :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 9 du présent jugement que les dépenses de parrainage litigieuses ont été engagées, non pas dans l'intérêt de l'exploitation de la société CMME, mais dans l'intérêt personnel de son dirigeant. La circonstance que l'administration fiscale a admis, par souci de réalisme économique, la déductibilité à hauteur de 10 % de ces dépenses dans le résultat imposable de la société précitée ne saurait attester de l'absence d'intention délibérée de la part de M. Deveza. Dès lors que ce dernier n'a pas déclaré ces sommes, dont il ne pouvait pas ignorer qu'elles constituaient pour lui un avantage, c'est à bon droit que l'administration a pu appliquer une majoration de 40 % pour manquement délibéré aux rehaussements en litige.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. Deveza n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2017.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente affaire, les sommes demandées à ce titre par M. Deveza.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions présentées par M. Deveza tendant à la décharge des cotisations supplémentaires de contributions sociales au titre de l'année 2015 à hauteur de la somme de 8 714 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. Deveza est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A Deveza et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.