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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2203318

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203318

jeudi 17 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203318
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFEL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a été saisi par Mme A, enseignante, qui recherchait la responsabilité de la commune de La Seyne-sur-Mer pour défaut d'entretien normal d'un ouvrage public suite à un accident survenu le 11 octobre 2021, lorsqu'une fenêtre oscillo-battante défectueuse dans son école l'a percutée à l'épaule. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la commune n'avait pas commis de faute. Il a considéré que la directrice de l'école avait signalé la défectuosité de la fenêtre par un courriel le 8 octobre 2021, mais que la teneur de ce signalement n'impliquait pas une urgence nécessitant une intervention avant l'accident survenu le lundi suivant. En conséquence, la responsabilité de la commune n'a pas été engagée, et les conclusions indemnitaires de Mme A ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 novembre 2022 et le 10 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Pecorino, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de La Seyne-sur-Mer à lui verser la somme de 40 000 euros, en réparation des préjudices subis ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale et de condamner la commune de La Seyne-sur-Mer à lui verser une provision de 10 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Seyne-sur-Mer la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le 11 octobre 2021, elle a été victime d'un accident sur son lieu de travail, l'école maternelle Pierre Semard à La Seyne-sur-Mer ;

- la responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public de la commune de La Seyne-sur-Mer est engagée ;

- l'accident lui a causé un traumatisme à l'épaule gauche ;

- l'ensemble de ses préjudices extrapatrimoniaux doivent être réparés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, la commune de La Seyne-sur-Mer et la société SMACL Assurances, représentée par Me Fel, demandent au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale ;

3°) de mettre à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la requérante ne rapporte par la preuve de la matérialité des faits dont elle se prévaut ;

- la commune n'a commis aucun manquement à son obligation d'entretien de l'ouvrage public ;

- à titre subsidiaire, l'évaluation des préjudices doit être confiée à un expert ; aucune provision ne peut être versée dès lors que le bien-fondé de l'obligation n'est pas suffisamment certain.

Par un mémoire du 2 décembre 2022, la CPAM du Var indique qu'elle n'a pas de créance à faire valoir dans cette instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code du travail ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 octobre 2021, vers 10h30, Mme A, enseignante, a été percutée au niveau de l'épaule gauche par une fenêtre de l'école maternelle Pierre Semard de La Seyne-sur-Mer, où elle travaille. Par un courrier du 18 juillet 2022, réceptionné le 30 juillet suivant, Mme A a formé une demande préalable d'indemnisation auprès de la commune de La Seyne-sur-Mer, laquelle a été implicitement rejetée.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, il appartient à l'usager, victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de causalité entre cet ouvrage et le dommage dont il demande réparation. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage faisait l'objet d'un entretien normal ou démontrer que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. " Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : / 1° Eviter les risques ; / () 9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs. ".

4. Enfin, aux termes de l'article 2-1 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique : " Les chefs de service sont chargés, dans la limite de leurs attributions et dans le cadre des délégations qui leur sont consenties, de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Dans les administrations et établissements mentionnés à l'article 1er, les règles applicables en matière de santé et de sécurité sont, sous réserve des dispositions du présent décret, celles définies aux livres Ier à V de la quatrième partie du code du travail et par les décrets pris pour leur application () ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, le lundi 11 octobre 2021, vers 10h30,

Mme A a été percutée au niveau de l'épaule gauche par la fenêtre oscillo-battante située dans les sanitaires de l'école maternelle Pierre Semard, qui constitue son lieu de travail, et que cet accident a été reconnu imputable au service. Il résulte également de l'instruction que cette fenêtre ne se maintenait plus correctement en raison de la " disparition " des plaques latérales. Toutefois, il résulte de l'instruction que la directrice de l'école a sollicité une intervention sur cette fenêtre défectueuse auprès de la commune de La Seyne-sur-Mer, à qui incombe l'entretien du bâtiment, par un courriel en date du vendredi 8 octobre 2021 et dont la teneur n'impliquait pas, au demeurant, une intervention urgente durant le week-end. Dans ces conditions, et dès lors que la défectuosité de l'ouvrage ne résultait pas de l'usure normale d'une pièce, la commune de La Seyne-sur-Mer doit être regardée comme rapportant la preuve de l'entretien normal de l'ouvrage. La circonstance que la commune ait mis plusieurs mois à intervenir après l'accident est, à cet égard, sans incidence. Par suite, la requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité de la commune.

6. Il est en revanche loisible à la requérante, si elle s'y croit fondée, de rechercher la responsabilité de son employeur au titre de ses obligations en matière de sécurité au travail.

7. Il résulte de ce qui précède les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Seyne-sur-Mer, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de La Seyne-sur-Mer et son assureur et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Seyne-sur-Mer et son assureur sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la commune de La Seyne-sur-Mer, première dénommée pour l'ensemble des défendeurs en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et à la MGEN.

Copie en sera adressée à la ministre d'Etat, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2025.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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