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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2201640

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2201640

jeudi 13 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2201640
TypeDécision
Formation3ème chambre
Avocat requérantAVOCATS GRIMALDI MOLINA ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Mignaloux-Beauvoir a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie et l'a placé en congé maladie ordinaire à compter du 22 septembre 2020 ainsi que la décision du 30 juin 2022 rejetant son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Mignaloux-Beauvoir de reconnaître le caractère professionnel de sa maladie dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Mignaloux-Beauvoir la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, la composition de la commission de réforme étant irrégulière en l'absence d'un médecin spécialiste ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée à la commune de Mignaloux-Beauvoir, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tiberghien,

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe technique de la commune de Mignaloux-Beauvoir, a sollicité la reconnaissance du caractère professionnel de sa maladie le 17 octobre 2020. Par un arrêté du 8 mars 2022, le maire de la commune de Mignaloux-Beauvoir a, suivant l'avis de la commission de réforme du 20 janvier 2022, refusé de reconnaître le caractère professionnel de la maladie de Mme C et l'a placée en congé de maladie ordinaire à partir du 22 septembre 2020. Mme C a formé un recours gracieux contre cette décision le 20 avril 2022, qui a été expressément rejeté le 30 juin 2022. Elle demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige : " I.-Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. () Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale, auquel renvoie l'article 37-8 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, visé à l'article précité, fixe le taux d'incapacité permanente à 25%.

3. Par ailleurs, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

4. Il ressort des pièces du dossier et notamment des avis des docteurs Alix et B du 24 février 2021 et 16 novembre 2021, que l'état dépressif réactionnel de Mme C, observé depuis le 22 septembre 2020, et se manifestant notamment par une douleur morale, des crises aigües d'angoisse, des troubles de la concentration et du sommeil et une fatigabilité d'intensité moyenne, présente un lien direct avec les conditions de travail de la requérante, sans qu'aucune circonstance particulière ne permette de détacher la survenance de cet état de l'exercice des fonctions de Mme C. Par ailleurs, cet état entraine une incapacité permanente de 30%, ainsi que le mentionne l'avis du Dr B. Il s'ensuit qu'en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme C, le maire de la commune de Mignaloux-Beauvoir a fait une inexacte application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de prononcer sur les autres moyens de Mme C, elle est fondée à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Mignaloux-Beauvoir a refusé de reconnaître le caractère professionnel de sa maladie et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 22 septembre 2020, ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision du 30 juin 2022 rejetant son recours gracieux contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Mignaloux-Beauvoir de reconnaître le caractère professionnel de l'état dépressif réactionnel affectant Mme C depuis le 22 septembre 2020 et de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service depuis cette date. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Mignaloux-Beauvoir le versement d'une somme de 1 300 euros à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 mars 2022 du maire de la commune de Mignaloux-Beauvoir et la décision du 30 juin 2022 rejetant le recours gracieux de Mme C contre cet arrêté sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Mignaloux-Beauvoir de reconnaître le caractère professionnel de l'état dépressif réactionnel affectant Mme C depuis le 22 septembre 2020 et de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter de cette date dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Mignaloux-Beauvoir versera à Mme C une somme de 1 300 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Mignaloux-Beauvoir.

Délibéré après l'audience du 25 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Tiberghien, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 mars 2025.

Le rapporteur,

Signé

P. TIBERGHIENLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

No 2201640

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