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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2202447

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2202447

jeudi 27 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2202447
TypeDécision
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BONNEAU CASTEL PORTIER GUILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022 sous le n° 2202447, Mme D B, représentée par la SELARL Bonneau Castel Portier Guillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 par laquelle la présidente du département de la Charente-Maritime l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, une expertise afin d'évaluer son aptitude à l'exercice de ses fonctions d'adjointe administrative et d'examiner si son syndrome anxiodépressif présente un lien avec le service ;

3°) de condamner le département de la Charente-Maritime à lui verser une somme de 37 033,15 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'absence de mesure d'adaptation de son poste de travail à son handicap ;

4°) de mettre à la charge du département de la Charente-Maritime la somme de 2 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 5 août 2022 a été pris par une autorité incompétente ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été informée de la tenue des comités médicaux, ni n'a été informée de sa faculté de faire intervenir son médecin traitant ;

- il est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'il ne fait mention ni de sa qualité de travailleuse handicapée, ni des demandes des docteurs C et A de saisir un médecin psychiatre pour avis sur son inaptitude à exercer ses fonctions ;

- en l'absence d'adaptation de son poste de travail, elle aurait dû être placée en congé de maladie, et les arrêtés la plaçant en congé de maladie ordinaire méconnaissent les dispositions des articles 6 sexies et 23 de la loi du 13 juillet 1983 ; dès lors, l'arrêté litigieux, se fondant sur l'épuisement de ses droits à congés de maladie ordinaire, est illégal en raison de l'illégalité de ces arrêtés ;

- le département de la Charente-Maritime a méconnu le principe d'égalité de traitement des personnes handicapées et l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 en s'abstenant de prendre toute mesure d'adaptation de son poste de travail, faute de nature à engager sa responsabilité ;

- elle est fondée à demander la condamnation de département de la Charente-Maritime à lui verser les sommes de 15 003,15 euros au titre de son préjudice financier, de 12 000 euros au titre de l'incidence professionnelle et de 10 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2022, le département de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la demande d'expertise médicale revêt un caractère superfétatoire, Mme B ayant déjà été examinée par le docteur A le 14 juin 2022 ;

- il n'a commis aucune faute ;

- la réalité des préjudices dont Mme B demande l'indemnisation n'est pas établie et leur montant n'est pas justifié.

II. Par une requête, enregistrée le 21 juin 2023 sous le n° 2301661, Mme D B, représentée par la SELARL Bonneau Castel Portier Guillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel la présidente du département de la Charente-Maritime l'a placée en disponibilité d'office à titre conservatoire à compter du 7 février 2023, dans l'attente de son placement à la retraite pour invalidité ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, une expertise afin d'évaluer son aptitude à l'exercice de ses fonctions d'adjointe administrative et d'examiner si son syndrome anxiodépressif présente un lien avec le service ;

3°) de condamner le département de la Charente-Maritime à lui verser une somme de 37 033,15 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'absence de mesure d'adaptation de son poste de travail à son handicap ;

4°) de mettre à la charge du département de la Charente-Maritime la somme de 2 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 23 mars 2023 a été pris par une autorité incompétente ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été convoquée à la séance du comité médical départemental du 7 février 2023, ni n'a été informée de sa faculté de faire intervenir son médecin traitant ;

- il est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'il ne fait mention ni de sa qualité de travailleuse handicapée, ni des demandes des docteurs C et A de saisir un médecin psychiatre pour avis sur son inaptitude à exercer ses fonctions ;

- en l'absence d'adaptation de son poste de travail, elle aurait dû être placée en congé de maladie, et les arrêtés la plaçant en congé de maladie ordinaire méconnaissent les dispositions des articles 6 sexies et 23 de la loi du 13 juillet 1983 ; dès lors, l'arrêté litigieux, se fondant sur l'épuisement de ses droits à congés de maladie ordinaire, est illégal en raison de l'illégalité de ces arrêtés ;

- le département de la Charente-Maritime a méconnu le principe d'égalité de traitement des personnes handicapées et l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 en s'abstenant de prendre toute mesure d'adaptation de son poste de travail, faute de nature à engager sa responsabilité ;

- elle est fondée à demander la condamnation de département de la Charente-Maritime à lui verser les sommes de 15 003,15 euros au titre de son préjudice financier, de 12 000 euros au titre de l'incidence professionnelle et de 10 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2023, le département de la Charente-Maritime, conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2202447.

Par une ordonnance du 13 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 décembre 2024.

Mme B a été invitée, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des pièces en vue de compléter l'instruction.

Un mémoire produit par Mme B a été enregistré le 5 mars 2025 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tiberghien,

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,

- les observations de Me Guillard, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe administrative territoriale principale de 2ème classe, a été recrutée par le département de la Charente-Maritime à compter du 1er juin 2020 et a été affectée sur le poste de secrétaire " Aide sociale à l'enfance " à la délégation territoriale de Haute-Saintonge, située à Jonzac. Elle a été placée à plusieurs reprises en congé de maladie ordinaire et en dernier lieu à compter du 3 avril 2021, son congé ayant été prolongé jusqu'au 1er mars 2022. Par un avis du 19 juillet 2022, le comité médical départemental, en formation restreinte, a émis un avis d'inaptitude totale et définitive à toutes fonctions du grade de Mme B en raison de l'impossibilité de réaffectation, préconisant son placement en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 2 mars 2022. Par un arrêté de la présidente du département de la Charente-Maritime du 5 août 2022, Mme B a été placée en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 2 mars 2022. Par un arrêté du 23 mars 2023, la présidente du département a placé Mme B en disponibilité d'office à titre conservatoire à compter du 7 février 2023, dans l'attente de son placement à la retraite pour invalidité.

2. Par sa requête enregistrée sous le n° 2202447, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 août 2022, d'ordonner, avant-dire droit, une expertise portant sur son aptitude à l'exercice de ses fonctions et le lien de son syndrome anxiodépressif avec le service et de condamner le département de la Charente-Maritime à lui verser la somme de 37 003,15 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'absence d'adaptation de son poste de travail. Par sa requête enregistrée sous le n° 2301661, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 et formule les mêmes autres conclusions.

3. Les requêtes présentées par Mme B présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement

Sur la demande d'expertise avant-dire droit :

4. Une première expertise de Mme B, confiée au docteur A, a été réalisée le 24 juin 2021, afin d'apprécier l'aptitude de Mme B à l'exercice de ses fonctions, à l'issue de laquelle ce dernier a conclu à une inaptitude temporaire de Mme B à l'exercice de ses fonctions, préconisant l'avis complémentaire d'un médecin psychiatre et d'un neurologue. Le docteur C, neurologue, a émis un avis le 10 septembre 2021, préconisant le recueil de l'avis d'un médecin agréé psychiatre. Une seconde expertise de l'aptitude aux fonctions de Mme B, confiée au docteur A, a été réalisée le 14 juin 2022, ce dernier concluant à l'inaptitude définitive de Mme B à tout poste pour défaut de reclassement. Compte tenu des éléments d'information dont dispose ainsi le tribunal, l'organisation d'une nouvelle expertise portant notamment sur l'aptitude de Mme B à l'exercice de ses fonctions présenterait un caractère frustratoire. Il s'ensuit que ses conclusions tendant à la réalisation d'une mesure d'expertise ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 5 août 2022 :

5. En premier lieu, Mme Chantal Guimberteau, vice-présidente du département de la Charente-Maritime, a reçu par une décision du 2 juillet 2021, régulièrement publiée au bulletin officiel des actes du département n° 177 le 30 juillet 2021, délégation de fonctions de la présidente du conseil départemental dans le domaine des ressources humaines, y compris la gestion des agents du département, domaine dont relève l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical réuni en formation restreinte. () ". Et aux termes de l'article 7 de ce décret : " I.-Lorsque sa situation fait l'objet d'un examen par un conseil médical réuni en formation restreinte, le secrétariat du conseil médical informe le fonctionnaire de la date à laquelle le conseil médical examinera son dossier, de son droit à consulter son dossier et des voies de contestation possibles devant le conseil médical supérieur. () III.-Le fonctionnaire peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. Il peut, en outre, être accompagné ou représenté par une personne de son choix. Dix jours au moins avant la réunion du conseil médical, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande ou par l'intermédiaire d'un médecin. Le fonctionnaire intéressé et l'autorité territoriale peuvent faire entendre le médecin de leur choix par le conseil médical. () ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 5 août 2022 a été pris au vu de l'avis du conseil médical départemental du 19 juillet 2022. Dès lors, Mme B ne peut utilement se prévaloir de l'absence de convocation aux séances antérieures de ce comité contre cette décision.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 1er juillet 2022, Mme B a été informée de la séance du conseil médical départemental en formation restreinte le 19 juillet 2022 afin de se prononcer sur son inaptitude totale et définitive à toutes fonctions, en l'absence de possibilité de réaffectation. Ce courrier informait Mme B de sa possibilité d'adresser ses observations écrites, de faire intervenir en séance le médecin de son choix et de son droit à consulter son dossier. Mme B a, s'agissant de son droit à la communication de la partie administrative de son dossier, exercé ce droit le 18 juillet 2022, et doit ainsi être regardée comme ayant régulièrement reçu le courrier du 1er juillet 2022. Par ailleurs, et à supposer même que la circonstance tirée de l'ignorance par le conseil médical de la qualité de travailleuse handicapée de Mme B soit établie, celle-ci n'a pas exercé la faculté d'adresser ses observations écrites devant ce conseil pour l'en informer. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 514-4 du code général de la fonction publique : " La disponibilité d'un fonctionnaire est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office au terme des congés pour raisons de santé prévus au chapitre II du titre II du livre VIII. () ". Et aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984. La durée de la disponibilité prononcée en vertu du premier alinéa du présent article ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré dans son administration s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions dans les conditions prévues à l'article 26, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. () ".

10. Si Mme B se plaint de l'absence de prise en compte de sa qualité de travailleuse handicapée par l'arrêté litigieux, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité de cet arrêté, qui se fonde sur la seule inaptitude de Mme B à la reprise de ses fonctions et à l'épuisement de ses droits à congé de maladie ordinaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. En quatrième lieu, Mme B fait valoir qu'elle ne peut être regardée comme inapte à l'exercice de ses fonctions, en l'absence d'avis d'un médecin psychiatre sollicité par les docteurs A et C. Elle doit ainsi être regardée comme soutenant que l'arrêté litigieux est entaché d'erreur d'appréciation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et en particulier de l'avis du docteur A du 14 juin 2022 qu'en raison de la fibromyalgie dont elle est atteinte, Mme B est inapte à l'exercice de ses fonctions, et qu'il n'existe aucune possibilité de changement d'affectation au sein du département de la Charente-Maritime lui convenant et étant compatible avec son handicap, ainsi qu'il résulte des termes de la note du 22 mars 2022. En se bornant à se prévaloir du certificat médical établi le 5 mai 2017 et préconisant l'adaptation de son poste de travail et de l'avis du docteur E du 6 janvier 2021 indiquant que son état de santé restait compatible avec son poste de travail à ce jour, alors que cet avis préconise également une mobilité rapide de la requérante, celle-ci ne remet pas en cause les constations du docteur A, postérieures à ces avis. Par ailleurs, la seule circonstance que le département de la Charente-Maritime n'ait pas recueilli l'avis d'un psychiatre ne saurait être de nature à établir qu'elle n'était pas inapte à l'exercice de ses fonctions, le seul avis du docteur A permettant d'établir cette inaptitude. Dans ces conditions, la présidente du département de la Charente-Maritime a fait une exacte application des dispositions précitées de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 en plaçant Mme B en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 1er mars 2022.

12. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 826-1 du code général de la fonction publique : " Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé, son poste de travail fait l'objet d'une adaptation, lorsque cela est possible. ". Et aux termes de l'article 1er du décret du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux : " Lorsque l'état de santé d'un fonctionnaire territorial ne lui permet plus d'exercer normalement ses fonctions et que les nécessités du service ne permettent pas d'aménager ses conditions de travail, le fonctionnaire peut être affecté dans un autre emploi de son grade. L'autorité territoriale procède à cette affectation après avis du médecin du travail, ou, lorsqu'il a été consulté, du conseil médical. Cette affectation est prononcée sur proposition du centre national de la fonction publique territoriale ou du centre de gestion lorsque la collectivité ou l'établissement y est affilié. ".

13. D'autre part, aux termes de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux agents publics durant leur travail dans les conditions fixées au titre Ier du livre VIII. " Aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985, relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". Aux termes de l'article 21 de ce décret : " En sus de la visite d'information et de prévention prévue à l'article 20, le médecin du travail exerce une surveillance médicale particulière à l'égard : - des personnes en situation de handicap () ". Et aux termes de l'article 24 de ce décret, dans sa rédaction applicable au litige : " Le médecin du travail est seul habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. ".

14. Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique territoriale. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues à l'article 24 de ce même décret, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du service de médecine préventive sont seuls habilités à émettre.

15. Enfin, aux termes de l'article L. 312-1 du code général de la fonction publique : " Sous réserve des dispositions des articles L. 321-2 et L. 321-3, nul ne peut avoir la qualité de fonctionnaire : () 5° Le cas échéant, s'il ne remplit pas, compte tenu des possibilités de compensation du handicap (). " Aux termes de l'article L. 352-1 du code général de la fonction publique : " Aucun candidat ne peut être écarté, en raison de son handicap, d'un concours ou d'un emploi de la fonction publique, sauf si son handicap a été déclaré incompatible avec les conditions de santé particulières exigées pour l'exercice de certaines fonctions à la suite de l'examen médical destiné à évaluer son aptitude à exercer cette fonction, réalisé en application des dispositions du 5° de l'article L. 321-1 ou du 4° de l'article L. 321-3. ". Et aux termes de l'article L.131-8 de ce code : " Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des personnes en situation de handicap, les employeurs publics mentionnés à l'article L. 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux personnes relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée tout au long de leur vie professionnelle. Ces mesures incluent notamment l'aménagement, l'accès et l'usage de tous les outils numériques concourant à l'accomplissement de la mission des agents, notamment les logiciels métiers et de bureautique ainsi que les appareils mobiles. Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve que les charges consécutives à la mise en œuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, compte tenu notamment des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées par les employeurs à ce titre. ". Ces dispositions imposent à l'autorité administrative de prendre tant les règlements spécifiques que les mesures appropriées au cas par cas pour permettre l'accès et le maintien de chaque personne handicapée à un emploi correspondant à sa qualité sous réserve, d'une part, que ce handicap n'ait pas été déclaré incompatible avec l'emploi en cause, et d'autre part, que lesdites mesures ne constituent pas une charge disproportionnée pour le service.

16. Mme B fait valoir que le département de la Charente-Maritime n'a jamais pris les mesures d'aménagement de son poste de travail afin de le rendre compatible avec son handicap, et que cette absence de prise en compte est à l'origine de ses congés de maladie ordinaire puis de son épuisement professionnel, qui aurait nécessairement dû lui ouvrir le bénéfice d'un congé longue maladie. Toutefois, Mme B n'établit pas avoir adressé à son employeur le certificat médical du 5 mai 2017 préconisant qu'elle exerce ses fonctions en télétravail à hauteur, au minimum, de deux à trois jours par semaine, ni même avoir sollicité le bénéfice d'un tel aménagement de ses conditions de travail durant ses fonctions. Par ailleurs, si le département de la Charente-Maritime n'a pas accordé à Mme B cet aménagement, il a envisagé l'affectation de l'intéressée au secrétariat et l'accueil du service, ainsi que le suggéraient Mme B et le médecin de prévention dans son avis du 6 janvier 2021, ce dernier étant le seul médecin habilité à préconiser des aménagements du poste de travail, et cette solution a été déclinée par Mme B. La circonstance que ces postes se trouveraient à plus de vingt minutes et de vingt kilomètres du domicile de Mme B ne saurait être de nature à les regarder comme incompatibles avec son état de santé, alors qu'aucune pièce du dossier, et notamment le certificat médical du 5 mai 2017 indiquant que les trajets en voiture de plus de 2 heures par jour sont à exclure, ne fait état d'une telle contre-indication médicale. En outre, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la note du 9 décembre 2020 que Mme B a été déchargée des missions administratives liées à la prise en charge des enfants placés à l'aide sociale à l'enfance afin de limiter sa charge de travail. Enfin, Mme B n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles elle aurait pu bénéficier d'un congé de longue maladie. Dans ces conditions, le département de la Charente-Maritime ne peut être regardé comme s'étant abstenu de prendre en compte les préconisations du médecin de prévention du 6 janvier 2021, ni comme n'ayant pas procédé aux adaptations appropriées du poste de travail de Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision la plaçant en disponibilité d'office pour raison de santé en raison de l'illégalité des décisions la plaçant en congé de maladie ordinaire, doit, en tout état de cause, être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2022 par laquelle la présidente du département de la Charente-Maritime l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé.

En ce qui concerne l'arrêté du 23 mars 2023 :

18. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté doit être écarté.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 : " Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical réuni en formation restreinte. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis du conseil médical réuni en formation plénière. () ".

20. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 23 janvier 2023 reçu par Mme B le 30 janvier 2023, elle a été informée de la séance du conseil médical départemental en formation restreinte le 7 février 2023 afin de se prononcer sur son inaptitude à toutes fonctions en raison de son refus de bénéficier de la période de préparation au reclassement. Ce courrier informait Mme B de sa possibilité d'adresser ses observations écrites, de faire intervenir en séance le médecin de son choix et de son droit à consulter son dossier. Par ailleurs, et à supposer même que la circonstance tirée de l'ignorance par le conseil médical de la qualité de travailleuse handicapée de Mme B soit établie, cette dernière ne saurait être regardée comme ayant été privée de la possibilité d'adresser ses observations écrites et pouvait ainsi informer le conseil de cette qualité en temps utile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

21. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ce qui a été dit au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

22. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

23. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 16 du présent jugement, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit, en tout état de cause, être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 mars 2023 par laquelle la présidente du département de la Charente-Maritime l'a placée en disponibilité d'office dans l'attente de son placement en retraite pour invalidité.

Sur les conclusions indemnitaires :

25. Aux termes de l'article L. 826-3 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé dont le poste de travail ne peut être adapté, peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article L. 2, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. () ". Aux termes de l'article L. 826-5 de ce code : " En vue de permettre son reclassement, le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions peut, quelle que soit la position dans laquelle il se trouve, accéder à tout corps, cadre d'emplois ou emploi d'un niveau supérieur, équivalent ou inférieur. (). ". Et aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande. () ".

26. En application des dispositions citées aux points 12 à 15 à du présent jugement et de celles citées au point précédent, il appartenait au département de la Charente-Maritime de procéder, d'une part, aux adaptations du poste de travail de Mme B sous réserve de sa compatibilité avec son handicap, et d'autre part, en l'absence de possibilité d'aménagements, de procéder au changement d'affectation de Mme B, ou à défaut, à son reclassement, le cas échéant après l'avoir placée en disponibilité pour raison de santé à titre temporaire. En cas d'impossibilité de reclassement, il lui appartenait de placer Mme B à la retraite pour invalidité.

27. Il résulte de l'instruction que le département de la Charente-Maritime a limité la charge de travail de Mme B, puis a dans, le respect des préconisations du médecin de prévention, envisagé le changement d'affectation de Mme B, solution qu'elle a déclinée, ainsi qu'il ressort des notes du 9 décembre 2020 et du 22 mars 2022. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que d'autres possibilités d'affectation de Mme B, compatibles avec ses vœux de mobilité, à savoir une distance de moins de 20 kilomètres de son domicile et un trajet inférieur à vingt minutes, seraient envisageables. En outre, il résulte de l'instruction qu'invitée à bénéficier d'une période de préparation au reclassement à la suite de son inaptitude à l'exercice des fonctions de son cadre d'emploi, Mme B a refusé le bénéfice tant de cette période que d'un reclassement par un courrier du 22 août 2022. Dans ces conditions, le département de la Charente-Maritime, qui ne pouvait placer Mme B qu'en disponibilité d'office pour raison de santé, dans l'attente de son placement à la retraite pour invalidité, ne peut être regardé comme ayant méconnu les dispositions de l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique et le principe d'égalité de traitement des personnes handicapées. Par suite, Mme B n'est pas fondée à demander la condamnation du département de la Charente-Maritime à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur les frais liés au litige :

28. Aucun dépens n'ayant été exposés dans la présente instance, les conclusions de Mme B tendant à ce qu'ils soient mis à la charge du département de la Charente-Maritime ne peuvent qu'être écartées.

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le département de la Charente-Maritime, qui n'a pas la qualité de partie perdante aux présents litiges, verse à Mme B la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au département de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,

M. Tiberghien, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 mars 2025.

Le rapporteur,

Signé

P. TIBERGHIENLe président,

Signé

P. CRISTILLE

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

Nos 2202447 - 2301661

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