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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2303038

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2303038

lundi 23 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2303038
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation3ème chambre
Avocat requérantRODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 9 novembre 2023 et le 10 décembre 2024, Mme A B C, représentée par Me Moussa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2023 par lequel le préfet de la Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vienne de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou de procéder à un nouvel examen de sa situation sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision limitant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jarrige,

- les observations de Me Moussa, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B C, ressortissante comorienne née le 6 octobre 1974, déclare être entrée sur le territoire français le 12 décembre 2017 avec un visa de type C valable du 30 novembre 2017 au 4 janvier 2018. Par un arrêté du 16 juillet 2020, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Poitiers du 6 mai 2021 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 19 novembre 2021, le préfet de la Vienne l'a obligé à quitter le territoire français. Le 7 mars 2023, Mme B a sollicité de la préfecture de la Vienne la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale - liens personnels et familiaux ". Par un arrêté du 9 octobre 2023, le préfet de la Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes sur lesquels s'est fondé le préfet de la Vienne et, notamment, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment les articles L. 423-23, L. 611-1 3° et L. 612-1. Il mentionne l'ensemble des éléments relatifs à la situation administrative et personnelle de Mme B en rappelant les conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français, ainsi que les raisons de fait pour lesquelles sa demande de titre de séjour doit être rejetée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. Il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Vienne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Si Mme B se prévaut de ce qu'elle réside sur le territoire français depuis le 12 décembre 2017, il ressort des pièces du dossier qu'elle s'y est maintenue sans titre de séjour en cours de validité après l'expiration de son visa le 4 janvier 2018, ainsi qu'en dépit d'une mesure d'éloignement prise à son encontre dès le 16 juillet 2020, et n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour que le 7 mars 2023. Si elle se prévaut de la présence en France de son fils de nationalité française, qui l'héberge, ainsi que de ses petits-enfants, âgée de 43 ans lors de son arrivée sur le sol français, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle serait dans l'incapacité de subvenir à ses besoins et nécessairement à la charge de son fils et aurait été jusque là isolée et sans ressource dans son pays d'origine. Si elle fait valoir également que ses frères et sœurs comme ses cousins et cousines résident en France, elle ne démontre pas le caractère ancien, stable et intense de ses liens avec les membres de sa famille résidant en France et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu 43 ans. Enfin, elle ne justifie pas par un engagement bénévole auprès de l'association éducative culturelle comorienne de Lyon d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions, en prenant la décision contestée, le préfet de la Vienne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ainsi méconnu les dispositions et stipulations précitées ou entaché celle-ci d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, par un arrêté du 4 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vienne le même jour, M. Etienne Brun-Rovet, secrétaire général de la préfecture de la Vienne, a reçu délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés entrant dans le champ d'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, la décision de refus de séjour n'étant pas illégale, Mme B n'est pas fondée à invoquer son illégalité par voie d'exception à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

Sur la décision limitant à trente jours le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

10. Dès lors que le délai de trente jours, accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français, constitue le délai de départ volontaire de droit commun, en vertu des dispositions précitées, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou qu'il ait fait valoir des éléments justifiant que ce délai soit prolongé. Mme B n'établissant ni n'alléguant avoir formulé une telle demande ou avoir fait valoir de tels éléments, elle ne peut utilement soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est insuffisamment motivée.

11. En second lieu, si le préfet peut, à titre exceptionnel, accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, eu égard aux considérations qui précèdent sur la situation personnelle et familiale de la requérante, le préfet de la Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant que le délai de droit commun.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que ni la décision portant obligation de quitter le territoire français, ni la décision fixant le délai de départ volontaire ne sont entachées d'illégalité. Par suite, l'exception d'illégalité invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

13. En second lieu, la décision attaquée a été prise au visa de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent les fondements juridiques. Elle mentionne que Mme B n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi un exposé suffisant des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : Le requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B C, au préfet de la Vienne et à Me Moussa.

Une copie sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jarrige, président,

M. Philippe Cristille, vice-président,

Mme Isabelle Le Bris, vice-présidente.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2024.

Le président rapporteur,

Signé

A. JARRIGE

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P CRISTILLE La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef

La greffière

Signé

N. COLLET

N°2303038

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