Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2114623
vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2114623 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 octobre 2021, le 4 novembre 2021 et le 29 octobre 2023, M. B C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mars 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté son recours gracieux tendant à l'effacement de l'indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 27 682,83 euros qui lui a été notifié par une décision du 10 octobre 2019 du directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Saint-Denis ;
2°) de lui accorder une remise gracieuse de cette dette.
Il soutient que les graves difficultés financières auxquelles il est confronté ne lui permettent pas de payer la somme demandée ; il a perdu son père et son épouse, décédés en 2019 et 2020 et a deux filles à charge.
Par des mémoires en défense enregistrés le 18 octobre 2023 et le 29 novembre 2024, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par le requérant sont infondés ;
- la créance correspondant à la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2019 a été transférée au département au mois de février 2020 ;
- le requérant ne réside plus sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2016 ;
- l'indu résultant de fausses déclarations, le requérant ne saurait bénéficier d'une remise totale de son indu de RSA.
Par un mémoire enregistré le 22 juillet 2024, le directeur de la CAF de la Seine-Saint-Denis conclut à sa mise hors de cause et au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le requérant a fait l'objet d'un signalement puis d'un contrôle qui a donné lieu à un rapport d'enquête du 9 octobre 2019 concluant à la résidence hors de France du requérant depuis le 5 octobre 2016 ; au vu des déclarations mensongères, une plainte a été déposée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Gaullier-Chatagner, conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- et les observations de Mme A, représentant la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une enquête relative à la situation de M. C déclenchée par la détection de plusieurs déclarations trimestrielles réalisées hors de France, celui-ci s'est vu notifier, par un courrier du 10 octobre 2019, un indu de revenu de solidarité active (RSA) pour la période du 5 octobre 2016 au 7 septembre 2019 d'un montant de 27 682,83 euros et a été informé de la radiation de son dossier. M. C a présenté une réclamation auprès de la CAF le 22 octobre 2019 contre cet indu. Par un courrier du 14 décembre 2020, il a également formé une demande de remise gracieuse auprès du président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Par une décision du 15 mars 2021, le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de remise gracieuse. Par une décision du 2 avril 2021, le directeur de la CAF, agissant pour le président du conseil départemental, a indiqué au requérant que cet indu était lié au non-respect de la condition de résidence et a rejeté son recours administratif. La créance a été cédée par la CAF au conseil départemental de la Seine-Saint-Denis au mois de février 2020. M. C demande l'annulation de la décision du 15 mars 2021 par laquelle le président du conseil départemental a rejeté sa demande de remise gracieuse et sollicite qu'une telle remise lui soit accordée en raison de sa situation.
Sur la demande de remise gracieuse :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. Il est complété, le cas échéant, par l'aide personnalisée de retour à l'emploi mentionnée à l'article L. 5133-8 du code du travail ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête rédigé le 9 octobre 2019 par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine Saint-Denis, à la suite d'un signalement lié à la réalisation de plusieurs déclarations trimestrielles depuis la Côte d'Ivoire, que les relevés bancaires du requérant examinés, correspondant à une période courant du 5 octobre 2016 au 7 septembre 2019, ont fait apparaitre que seules quatre opérations avaient été effectuées sur le territoire français, et toutes les autres en Côte d'Ivoire. En outre, le contrôleur, malgré plusieurs avis de passage, indique ne pas avoir pu rencontrer le requérant. Les éléments produits par le requérant, dont un billet de sortie de la maison d'arrêt d'Abidjan du 15 septembre 2021, concernant une période postérieure à celle de l'indu en litige, ne permettent, ni de contester la matérialité des faits visés par le rapport d'enquête, ni de remettre en cause la résidence hors de France du requérant au cours de la période en litige, qui s'étend sur plusieurs années. L'omission de cette résidence hors de France constitue une manœuvre frauduleuse qui fait obstacle à toute remise de dette. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la situation de précarité de M. C, il ne résulte pas de l'instruction que la situation du requérant justifie qu'une remise de dette lui soit accordée.
6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 15 mars 2021 rejetant sa demande de remise gracieuse, ni à solliciter une telle remise de dette concernant l'indu de RSA d'un montant de 27 682,83 euros correspondant à la période courant du mois d'octobre 2016 au mois de septembre 2019. Sa requête doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE:
Article 1er: La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.
Une copie sera transmise pour information au directeur de la caisse des allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.
La magistrate désignée,
N. Gaullier-Chatagner
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles et au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui les concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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