Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210340

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210340
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil était saisi par Mme A d'un recours contre un indu d'allocations de logement familial et d'allocations familiales de 6 959,45 euros notifié par la CAF de Seine-Saint-Denis, ainsi que contre une pénalité administrative de 1 850 euros. Le tribunal a rejeté les conclusions relatives à la pénalité administrative comme portées devant une juridiction incompétente, celles-ci relevant du juge judiciaire en application des articles L. 114-17 et L. 114-17-2 du code de la sécurité sociale. Sur le fond, le tribunal a examiné le litige sous l'angle du code de la construction et de l'habitation et du code de la sécurité sociale, et a rejeté la requête de Mme A, estimant que ses moyens n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2022, Mme C A, représentée par Me Denis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis lui a notifié un indu d'allocations de logement familial et d'allocations familiales ressources d'un montant total de 6 959,45 euros ;

2°) d'annuler la pénalité administrative du 29 septembre 2022 mise à sa charge par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis pour un montant de 1 850 euros ;

3°) de condamner la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;

4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a toujours informé les services de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis des abandons de domicile de son époux les 5 janvier, 25 novembre 2020 et définitivement en novembre 2021 ;

- elle n'a commis aucune fausse déclaration en ce qui concerne sa situation matrimoniale.

Par un courrier du 19 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la pénalité financière prise sur le fondement de l'article L. 114-7 du code de la sécurité sociale étaient susceptibles d'être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, de telles conclusions relevant de la compétence du juge judiciaire.

Par un mémoire en défense du 30 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que, d'une part, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 décembre 2021 en tant qu'elle notifie un indu d'allocation de logement familial sont irrecevables à défaut de recours préalable obligatoire, d'autre part, les conclusions tendant l'annulation de la pénalité administrative sont portées à l'encontre d'un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et, enfin, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bernabeu, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernabeu ;

- et les observations de Me Welcman, substituant Me Denis et représentant Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, allocataire de prestations familiales, a fait l'objet d'un indu d'allocations de logement familiale et d'allocations familiales de ressources d'un montant total de 6 959,45 euros, par une décision du 28 décembre 2021. Elle a formé un recours à l'encontre de cet indu, par un courrier du 28 janvier 2022. Par une décision du 16 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui accorder la remise de dettes sollicitée. Le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a pris à son encontre le 29 septembre 2022 une pénalité administrative d'un montant de 1 850 euros. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 28 décembre 2021 lui notifiant l'indu litigieux et de la pénalité administrative de 1 850 euros, ainsi que la condamnation de la caisse d'allocations familiales à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi.

Sur l'exception d'incompétence soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " I.-Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné [] La pénalité ne peut pas être prononcée s'il a été fait application, pour les mêmes faits, de l'article L. 262-52 du code de l'action sociale et des familles ". Aux termes de l'article L. 114-17-2 du code de la sécurité sociale : " I.-Le directeur de l'organisme mentionné aux articles L. 114-17 ou L. 114-17-1 notifie la description des faits reprochés à la personne physique ou morale qui en est l'auteur afin qu'elle puisse présenter ses observations dans un délai fixé par voie réglementaire. A l'expiration de ce délai, le directeur : [] c) Soit notifie à l'intéressé la pénalité qu'il décide de lui infliger, en indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. La pénalité est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire [] ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les pénalités administratives prises par le directeur d'une caisse d'allocations familiales, en application de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale, au titre de toute prestation servie par cet organisme chargé de la gestion des prestations familiales, relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Par suite, les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de la pénalité administrative prise par le directeur de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis au titre de l'article L. 114-17 du code précité ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative et doivent être rejetées pour ce motif.

Sur les conclusions relatives à l'indu d'allocations familiales ressources :

4. Aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : /1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; /2° Au contentieux de l'admission à l'aide sociale défini à l'article L. 142-3 ". Aux termes de l'article 142-1 du code précité : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : /1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole [] ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code précité : " Les prestations familiales comprennent : /1°) la prestation d'accueil du jeune enfant ; /2°) les allocations familiales ; /3°) le complément familial [] ". Aux termes de l'article L. 211-6 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : /1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 [] ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les litiges relatifs aux allocations familiales de ressources relèvent du contentieux général de la sécurité social, et peuvent faire l'objet de recours portés devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés. Il s'ensuit que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'indu d'allocations familiales de ressources sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions relatives à l'indu d'allocation de logement familiale :

6. Aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; /2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 [] ". Aux termes de l'article L. 822-6 du code précité : " La détermination ainsi que les conditions de prise en compte des ressources et de la valeur du patrimoine sont définies par voie réglementaire [] ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. /Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la période de paiement prévue par l'article R. 823-6 et qui y résident encore au moment de la demande de l'aide ou du réexamen du droit à celle-ci ".

7. Il résulte de ces dispositions que les ressources prises en considération pour le calcul de l'allocation de logement familiale sont celles qui sont perçues par le bénéficiaire, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité et les personnes vivant habituellement au foyer. En cas de séparation de fait des époux, se manifestant par la cessation entre eux de toute communauté de vie, tant matérielle qu'affective, seules les sommes que le conjoint verse au bénéficiaire ou, le cas échéant, les prestations en nature qu'il lui sert, au titre notamment de ses obligations alimentaires, peuvent être prises en compte dans le calcul des ressources de ce dernier, dans les conditions définies à l'article R. 822-2 du code de la construction et de l'habitation.

8. Mme A soutient que son époux, M. B, avec qui elle est mariée depuis le 12 septembre 2018, n'a pas résidé avec elle pour la période courant de janvier 2020 à juin 2020, puis du 25 novembre 2020 au 5 avril 2021 et, enfin, à titre définitif, depuis novembre 2021, de sorte que ne pouvaient être pris en compte les revenus de son époux dans le calcul de l'allocation de logement familiale. Toutefois, les pièces qu'elle produit, à savoir un contrat de réexpédition souscrit par M. B jusqu'en juillet 2020, un contrat de colocation signé par cette même personne pour une période courant du 17 mars au 31 août 2020 et deux mains courantes des 9 janvier 2020 et 12 décembre 2021 faisant état de l'abandon de domicile de son époux, ne permettent pas, elles-seules, d'établir une cessation définitive de toute communauté de vie entre les époux pour les périodes d'indus en litige. En outre, il résulte du rapport d'enquête de l'agent assermenté du 14 décembre 2021, non sérieusement contesté par la requérante et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que Mme A et son époux partageaient les frais liés au logement et que M. B a effectué des virements sur le compte bancaire de son épouse lors des périodes où il ne résidait pas chez elle. Dans ces conditions particulières, eu égard au caractère cyclique des périodes de séparation et de reprise de la vie maritale, Mme A ne saurait être regardée comme ayant été séparée de fait de son époux pendant les périodes en litige.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 28 décembre 2021, que Mme A n'est pas fondée à contester le bien-fondé de l'indu d'allocation de logement familiale mis à sa charge.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Mme A n'établit ni l'existence d'une faute de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis dans le calcul de ses droits, ni d'un préjudice indemnisable. Par suite, les conclusions indemnitaires, qui sont au demeurant irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable susceptible d'avoir fait naître une décision liant le contentieux, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. La caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis n'étant pas la partie perdante à la présente instance, les conclusions tendant au versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la pénalité administrative du 29 septembre 2022 et celles tendant à l'annulation de l'indu d'allocations familiales ressources sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.