Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215144

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2215144
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre (J.U)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a condamné l’État à verser 2 800 euros à Mme B, reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 27 mars 2019, en raison de l’absence de relogement dans le délai de six mois. La responsabilité de l’État a été engagée sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, pour troubles dans les conditions d’existence subis entre le 27 septembre 2019 et le 19 août 2023. La somme accordée inclut tous intérêts confondus, et 1 100 euros ont été mis à la charge de l’État au titre des frais d’instance. Les conclusions présentées pour le fils de la requérante ont été rejetées, seule Mme B étant demandeuse de logement prioritaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2022, Mme C B agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de A D, représentée par Me Dakhli, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 600 euros, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 septembre 2019, au titre de la réparation des préjudices subis dans ses conditions d'existence du fait de l'absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement dans le délai de six mois, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 27 mars 2019 ;

- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Delamarre pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Delamarre, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 27 mars 2019, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Mme B a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable datée du 10 octobre 2022 et réceptionnée le 11 octobre suivant. Agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils, elle demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 3 600 euros.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé cette décision. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée qu'à l'égard de Mme B seule demandeure de logement prioritaire. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées pour son fils doivent être rejetées.

5. Par une décision du 27 mars 2019, valable pour deux personnes, la commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme B comme prioritaire et devant être relogée en urgence au motif : " dépourvu(e) de logement/hébergé(e) chez un particulier ". Il résulte de l'instruction que la requérante n'a toujours pas été relogée et qu'elle réside dans un hébergement d'urgence en vertu d'un contrat de bail d'une durée d'un mois renouvelable. Il résulte également de l'instruction que cet hébergement, situé au quatrième étage sans ascenseur, n'est pas adapté à ses besoins et capacités, notamment compte tenu de la situation de santé de son fils M. A D présentant une pathologie neurologique. La persistance de cette situation, à compter du 27 septembre 2019, a causé à Mme B des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. En dépit d'une mesure d'instruction réalisée à cet effet, Mme B n'a pas justifié avoir renouvelé sa demande de logement social postérieurement à sa dernière expiration le 19 août 2023. La période d'indemnisation s'étend donc du 27 septembre 2019 au 19 août 2023. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme de 2 800 euros.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme B la somme de 2 800 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros à verser à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C B la somme de 2 800 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 100 euros à Mme C B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

La magistrate désignée,

A-L. Delamarre

Le greffière,

E. KangouLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2215144