Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2215172
vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2215172 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre (J.U) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2022, Mme B C épouse A, représentée par Me Foading, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer une somme de 30 000 euros au titre de son préjudice ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au bénéfice de son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement dans le délai de six mois, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 31 janvier 2018 ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.
La requérante a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Delamarre pour statuer sur ces litiges.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Delamarre, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 31 janvier 2018, désigné Mme C comme prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Dans une décision du 6 octobre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande indemnitaire tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros. Mme C a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une nouvelle demande indemnitaire préalable datée du 18 octobre 2021 et réceptionnée le 19 octobre suivant. Elle demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros au titre des préjudices subis.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé cette décision. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.
4. Par une décision du 31 janvier 2018, valable pour six personnes, la commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a désigné Mme C épouse A comme prioritaire et devant être relogée en urgence au motif : " attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ". Dans une décision du 6 octobre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande indemnitaire tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 30 000 euros. Il résulte de l'instruction que la requérante n'a toujours pas été relogée et qu'elle réside dans un logement dont le loyer mensuel de 800 euros n'est pas conforme à ses capacités financières. La persistance de cette situation, à compter du 6 octobre 2021, a causé à Mme C des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. En dépit d'une mesure d'instruction réalisée à cet effet, Mme C n'a pas justifié avoir renouvelé sa demande de logement social postérieurement à sa dernière expiration le 28 janvier 2022. La période d'indemnisation s'étend donc du 6 octobre 2021 au 28 janvier 2022. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme de 500 euros.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme C la somme de 500 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Foading renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Foading de la somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B C épouse A la somme de 500 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 100 euros à Me Foading en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à me Foading et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.
La magistrate désignée,
A-L. Delamarre
La greffière,
E. KangouLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°221517
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