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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-1916248

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-1916248

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-1916248
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELAS LARRIEU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 décembre 2019, le 9 juillet 2021, le 1er février 2022, le 15 mars 2023, le 4 décembre 2023, le 7 mai 2024 et le 29 mai 2024, la société Campenon Bernard Construction, nouvellement nommée BC.n, et la société Dumez Ile-de-France nouvellement nommée DP.r, représentées par Me Dupichot, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, de condamner le département des Hauts-de-Seine à leur verser la somme de 3 359 499,47 euros toutes taxes comprises (TTC), conformément aux termes du projet de décompte final du marché de travaux portant sur la reconstruction du collège Descartes à Antony (Hauts-de-Seine), assortie des intérêts au taux légal majoré de sept points à compter du 3 juin 2016 et jusqu'à la date de la décision à intervenir ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum les sociétés Toa Architectes Associes, CK Architectures, Bethac, Ibat, Solener, Batiplus et Idex, venant aux droits de la société Enerchauf, à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre, de limiter leur condamnation au titre de la réfection de la toiture à la somme de 7 830,37 euros TTC et de condamner in solidum les sociétés Toa Architectes Associes, CK Architectures, Bethac, Ibat et Solener à leur verser la somme de 492 152,67 euros hors taxe (HT) au titre des incidences financières suite à l'allongement des délais d'exécution ainsi que la somme de 407 905,79 euros HT au titre de l'indemnisation pour perte d'industrie ;

3°) de rejeter les conclusions présentées par le département des Hauts-de-Seine à titre subsidiaire ;

4°) de condamner le département des Hauts-de-Seine aux dépens de l'instance ;

5°) de surseoir à statuer dans l'attente du rapport d'expertise ;

6°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine ou de tout autre succombant la somme de 15 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la société Dumez Ile-de-France est recevable à agir dès lors qu'en vertu de l'article 1er du traité d'apport partiel d'actif conclu le 26 octobre 2016, les éléments incorporels comprennent le bénéfice et la charge de toutes les conventions, marchés, contrats, et engagements, en cours ou passés, conclus par la société Dumez Ile-de-France, et que le marché en litige figure à l'annexe 2 de ce même traité ;

- la demande en paiement du solde du projet de décompte final est recevable dès lors que l'ensemble des réserves ont été levées par la maîtrise d'ouvrage ;

- le département des Hauts-de-Seine demeure redevable de la somme de 3 359 499,47 euros TTC au titre du solde du marché de travaux, qui doit être assortie des intérêts moratoires contractuellement dus et prévus par les articles L. 2192-12 et L. 2192-13 du code de la commande publique ;

- l'application de pénalités de retard dans le décompte provisoire et pour la remise en état des imperfections, de même que l'application de la retenue forfaitaire pour retard dans la remise du dossier des ouvrages exécutés, ne sont pas justifiées et en tout état de cause excessives ;

- la demande en paiement du département des Hauts-de-Seine, d'un montant de 1 616 785, 44 euros HT, n'est pas justifiée dès lors que la compensation opérée avec le coût des travaux de reprise des stores, de la GTB, de la surconsommation d'énergie et de la toiture n'entre pas dans le cadre de l'exécution du contrat et correspond à des réserves non substantielles ou à des désordres pour lesquels une expertise judiciaire est en cours ;

- elles sont fondées à engager la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés Toa Architectes Associes, CK Architectures, Bethac, Ibat et Solener à hauteur de 492 152,67 euros HT, au titre des incidences financières faisant suite à l'allongement des délais d'exécution, et de 407 905,79 euros HT, au titre de l'indemnisation pour perte d'industrie ;

- elles sont fondées à appeler en garantie les sociétés Toa Architectes Associes et CK Architectures dès lors qu'elles sont responsables de la conception de l'ouvrage ainsi que de la direction, de la surveillance et de l'exécution des travaux, les sociétés Bethac, Ibat et Solener dans la limite de leurs missions dès lors qu'elles étaient chargées des études techniques, la société Batiplus dès lors qu'elle était chargée de la mission de contrôle technique et la société Idex, venant aux droits de la société Enerchauf, dès lors qu'elle était chargée de la mission de maintenance.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 septembre 2020, le 9 juillet 2021, le 6 décembre 2021, le 2 décembre 2022 et le 1er décembre 2023, le département des Hauts-de-Seine, représenté par Me Nahmias, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation de sa condamnation à la somme de 915 711,63 euros TTC au titre du solde du marché ainsi qu'à la somme de 407 985,51 euros TTC au titre des travaux supplémentaires et à l'établissement du décompte général définitif à la somme de 3 908 576,23 euros TTC au débit des sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France ;

3°) à la mise à la charge des sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France la somme de 15 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable car prématurée ;

- à titre subsidiaire :

. les demandes de la société Dumez Ile-de-France sont irrecevables dès lors que seule la société Campenon Bernard Construction dispose de droits sur le marché en cause ;

. les sommes d'un montant de 915 711, 63 euros TTC au titre du prix global et forfaitaire révisé du marché de travaux et des sommes déjà versées, et de 407 895, 51 euros TTC au titre des travaux supplémentaires effectivement commandés ou indispensables, sont à porter au crédit de la requérante au sein du décompte général du marché ;

. les demandes en paiement d'un montant de 600 167, 50 euros TTC au titre des travaux supplémentaires, de 492 152, 67 euros HT au titre de l'indemnisation des frais de chantier et du personnel d'encadrement mobilisé durant la période d'allongement du délai d'exécution contractuelles, et de 407 905,79 euros HT au titre de l'indemnisation de la perte d'industrie, formées par les sociétés requérantes, sont infondées et doivent être rejetées ;

. l'application de pénalités de retard, intégrées au décompte général, au titre du retard dans l'exécution du chantier est fondée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2021, le 16 septembre 2021 et le 22 novembre 2021, les sociétés TOA Architectes Associés, CK Architectures, Bati Plus, Ibat, Solener, et Bethac, représentées par Me Puybaret, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de l'appel en garantie formé à leur encontre par les sociétés requérantes ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France à les garantir à hauteur de 50 000 euros de toute condamnation prononcée à leur encontre ;

3°) de surseoir à statuer dans l'attente du rapport d'expertise ;

4°) de mettre à la charge des sociétés requérantes la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que :

- les demandes en garantie formées par les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France sont mal fondées dès lors qu'elles ne justifient d'aucun manquement commis par la maîtrise d'œuvre dans la conduite des missions qui lui ont été confiées, ni d'aucun préjudice qui en résulterait ;

- le montant des réclamations sollicitées par les sociétés requérantes n'est pas justifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, la société Idex, venant aux droits de la société Enerchauf, représentée par Me Manfredi conclut au rejet de tout demande formulée à son encontre.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 décembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 6 novembre 2017 par laquelle le tribunal de grande instance de Nanterre a diligenté une expertise, toujours pendante.

Vu :

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public,

- les observations de Me Dupichot, représentant les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France ;

- et les observations de Me Monfront, représentant le département des Hauts-de-Seine.

Une note en délibéré a été produite pour les sociétés requérantes par Me Dupichot, le 11 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte d'engagement du 19 mars 2012, le département des Hauts-de-Seine a attribué à la société Dumez Ile-de-France un marché de travaux, divisé en deux phases, ayant pour objet la reconstruction du collège Descartes, de la demi-pension et la construction d'un gymnase et d'un centre d'information et d'orientation (CIO) à Antony (Hauts-de-Seine), pour un montant de 24 506 040 euros toutes taxes comprises (TTC). Les travaux de la phase 1 " Construction du collège CIO et des logements " ont été réceptionnés le 15 avril 2014 avec et sous réserves. Les travaux de la phase 2 " Construction du gymnase et aménagement des espaces verts " ont été réceptionnés le 19 juin 2015 avec et sous réserves. Par un courrier du 12 avril, la société Dumez Ile-de-France a notifié au maître d'œuvre, la société TOA Architectes, et au maître d'ouvrage, le département des Hauts-de-Seine, son projet de décompte final, accompagné d'une demande de rémunération complémentaire, présentant un solde à percevoir total d'un montant de 3 623 967, 24 euros TTC, lequel n'a pas été suivi d'effet. Par une lettre recommandée du 3 juin 2016, la société Dumez Ile-de-France a mis le département des Hauts-de-Seine en demeure de lui notifier le décompte général. A la suite de cette mise en demeure restée sans réponse, les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France demandent au tribunal, par la présente requête et dans le dernier état de leurs écritures, de condamner le département des Hauts-de-Seine à leur verser la somme de 3 359 499,47 euros TTC, conformément au projet de décompte final, au paiement duquel elles l'estiment tenu.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le département des Hauts-de-Seine :

2. Aux termes de l'article 13.3.2 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) dans sa version du 8 septembre 2009 applicable au marché en litige : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. Toutefois, s'il est fait application des dispositions de l'article 41.5, la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux visés à cet article est substituée à la date de notification de la décision de réception des travaux comme point de départ des délais ci-dessus. S'il est fait application des dispositions de l'article 41.6, la date de notification de la décision de réception des travaux est la date retenue comme point de départ des délais ci-dessus. ". Selon l'article 13.3.3 du même cahier : " Le maître d'œuvre accepte ou rectifie le projet de décompte final établi par le titulaire. Le projet accepté ou rectifié devient alors le décompte final ; En cas de rectification du projet de décompte final, le paiement est effectué sur la base provisoire des sommes admises par le maître d'œuvre. "

3. Aux termes de l'article 2 cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché de travaux de reconstruction du collège Descartes à Antony du 19 mars 2012 : " En dérogation à l'article 4.1 du CCAG travaux, les pièces constitutives du marché sont les suivantes, par ordre de priorité : () 2.1. () l'acte d'engagement (A.E.) et ses annexes dont l'exemplaire original conservé dans les archives du maître de l'ouvrage fait seul foi ; le présent cahier des clauses administratives particulières (C.C.A.P.) dont l'exemplaire original conservé dans les archives du maître de l'ouvrage fait seul foi ; () 2.2. () le cahier des clauses administratives générales (C.C.A.G.) applicables aux marchés publics de travaux, approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 () ". Selon les stipulations de l'article 9.1 portant sur le règlement des comptes du même cahier : " Le Titulaire établi le projet de décompte final et le transmet au maître d'œuvre dans un délai de 45 jours à compter : /- De la date d'effet de la réception des ouvrages ou, par dérogation à l'article 13.3.3 du CCAG-Travaux, de la date de levée des réserves émises en application de l'article 41.6 du CCAG-Travaux ; /- De la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux correspondant aux réserves émises en application de l'article 41.5 du CCAG-Travaux ".

4. Il ressort des stipulations de l'article 9.1 du CCAP précitées au point 3 ci-dessus, qui ne sont pas réputées non écrites dès lors qu'elles ont été librement définies par les parties et ne heurtent aucun principe d'ordre public, qu'elles ont entendu déroger à l'article 13.3.2 du CCAG-Travaux en tant qu'elles prévoient que la transmission du projet de décompte final est réalisée après la levée de l'ensemble des réserves, que celles-ci aient été fondées sur les dispositions de l'article 41.5 ou de l'article 41.6 du CCAG-Travaux et que celles-ci aient un caractère substantiel ou non.

5. Le département des Hauts-de-Seine soutient que la requête des sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France est irrecevable, en tant qu'elle est prématurée, dès lors qu'il ne peut être sollicité la fixation du solde du marché en litige alors que l'ensemble des réserves n'ont pas été levées à la date de transmission du projet de décompte final, le 12 avril 2016, ni à la date à laquelle le juge statue.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire EXE6 du 22 mai 2014 et du formulaire EXE6 du 19 août 2015, que le département des Hauts-de-Seine a réceptionné les travaux de la phase 1, avec et sous réserves, à la date du 15 avril 2014, et les travaux de la phase 2, avec et sous réserves, à la date du 19 juin 2015. Les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent que les réserves n°s 43, 64, 73, 90, 134, 156 et 157 de la phase 1 des travaux ainsi que la réserve n° 250 de la phase 2 des travaux, mentionnées par la " Liste OPR " mise à jour le 16 novembre 2016 et jointe aux formulaires EXE8 du 16 novembre 2020, ont fait l'objet des travaux nécessaires et doivent être levées. Premièrement, si les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent que la réserve n° 43, relative à des équipements non conformes au cahier des clauses techniques particulières (CCTP) dans les " locaux ménages ", doit être regardée comme levée dès lors que deux meubles vasques du local ménage rempliraient leur fonction et seraient équivalents à la référence produit visée au CCTP pour ces lavabos, elles n'assortissent cette allégation d'aucun justificatif. Deuxièmement, les sociétés requérantes soutiennent que la réserve n° 64 doit être regardée comme levée dès lors qu'elle avait un objet différent le 25 novembre 2015, tendant à la mise en œuvre de la gestion technique centralisée (GTC), et que celle-ci a été réalisée. Toutefois, les sociétés requérantes n'établissent pas que la GTC a été mise en service en 2016 par la seule production du dire n° 24 du 21 mai 2021 et de l'attestation de formation de certains agents à celle-ci le 5 décembre 2016. En tout état de cause, les sociétés requérantes n'établissent pas que les autres mentions de cette réserve, notamment dans sa rédaction du 16 novembre 2016, relative à l'absence de plusieurs rapports, ont été corrigées. Troisièmement, si les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent que la réserve n° 73, relative à l'installation de grilles de soufflage et de ventilation, doit être regardée comme levée dès lors que de telles grilles auraient été installées, elles n'en justifient pas par la production du courrier du 22 mars 2016 et de la " liste OPR " mise à jour le 17 mars 2016 annotée de manière manuscrite par leurs soins. Quatrièmement, si les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent que la réserve n° 90, relative à l'installation de sous-compteurs pour chaque départ, et la réserve n° 156, relative à l'installation d'étagère à lumière, ne leur sont pas opposables dès lors qu'elles n'étaient pas mentionnées dans le procès-verbal du 14 avril 2014 listant les réserves existantes, il ressort des pièces du dossier que ces réserves étaient mentionnées dans la " liste OPR " mise à jour le 25 novembre 2015, soit postérieurement à la réception des travaux de la phase 1 et antérieurement à la transmission du projet de décompte final. Cinquièmement, si les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent que la réserve n° 134, relative à la réalisation de mains courantes pour les rampes PMR, doit être levée dès lors que les travaux nécessaires ont été réalisés en 2017, elles n'en justifient pas en se bornant à produire une facture qui ne mentionne pas son objet. Sixièmement, si les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent que la réserve n° 157, relative à la mise à jour des dossiers des ouvrages exécutés des travaux de la phase 1, doit être levée dès lors qu'elles y ont procédé, elles ne l'établissent pas en se bornant à produire l'intercalaire n° 5 du mémoire en réclamation ni le courrier du 12 mai 2016 par lequel le département des Hauts-de-Seine leur a indiqué que ladite réserve ne pouvait être levée eu égard au caractère trop général des éléments transmis. Septièmement, si les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent que la réserve n° 250, relative à la mise à jour des dossiers des ouvrages exécutés des travaux de la phase 2, doit être levée, elles ne l'établissent pas en se bornant à produire l'intercalaire n° 5 du mémoire en réclamation et en se fondant sur les écritures du département des Hauts-de-Seine qui indique que la levée des réserves concernant les travaux de la phase 2, quant aux seules pénalités de retard, et non quant à la réserve n° 250, a été réalisée le 4 mai 2016.

7. Dans ces conditions, en l'absence de levée des réserves des travaux du marché en litige, le département des Hauts-de-Seine est fondé à soutenir que le projet de décompte final du 12 avril 2016 lui a été notifié prématurément par les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France. Par conséquent, les demandes indemnitaires présentées par ces dernières sont irrecevables et ne pourront qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre fin de non-recevoir soulevée en défense ni de surseoir à statuer dans l'attente des résultats de l'expertise en cours. Cette circonstance ne fait cependant pas obstacle à ce que les parties saisissent le juge, une fois le décompte général et définitif intervenu, si elles s'y croient fondées.

Sur la responsabilité quasi-délictuelle :

8. Les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France soutiennent qu'elles sont fondées à engager la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés Toa Architectes Associes, CK Architectures, Bethac, Ibat et Solener à hauteur de 492 152,67 euros hors taxes (HT), au titre des incidences financières faisant suite à l'allongement des délais d'exécution, et de 407 905,79 euros HT, au titre de l'indemnisation pour perte d'industrie. Toutefois, en se bornant à alléguer que le groupement de maîtrise d'œuvre devra garantir les sociétés requérantes et les indemniser de leur préjudice " au regard de leur responsabilité dans la prolongation du préjudice ", elles n'établissent pas la nature ni la réalité de la responsabilité de ces sociétés dans la réalisation des préjudices précités. Par suite, les conclusions présentées par les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France à ce titre ne pourront qu'être rejetées.

Sur les appels en garantie :

9. Aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre des sociétés TOA Architectes Associés, CK Architectures, Bati Plus, Ibat, Solener, et Bethac, il y a lieu de rejeter leurs conclusions d'appel en garantie.

Sur les dépens de l'instance :

10. Les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France n'établissement pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Leur demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge du département des Hauts-de-Seine ne peut donc qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département des Hauts-de-Seine, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances très particulières de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France les sommes demandées par le département des Hauts-de-Seine et les sociétés TOA Architectes Associés, CK Architectures, Bati Plus, Ibat, Solener, et Bethac au même titre.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête des sociétés Campenon Bernard Construction et Dumez Ile-de-France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions des sociétés Toa Architectes Associés, CK Architectures, Batiplus, Ibat, Solener, et Bethac sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions du département des Hauts-de-Seine présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Campenon Bernard Construction, à la société Dumez Ile-de-France, au département des Hauts-de-Seine, à la société Toa Architectes Associés, à la société CK Architectures, à la société Bati Plus, à la société Ibat, à la société Solener, à la société Bethac, et à la société Idex, venant aux droits de la société Enerchauf.

Copie en sera adressée à M. A, expert.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, et Mmes Gay-Heuzey et Lusinier, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

GAY-HEUZEY

La présidente,

Signé

C. ORIOL

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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