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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003459

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003459

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003459
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantNOLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 mars 2020 et 29 août 2022, M. G O, Mme K I, agissant en leur nom propre et en leur qualité de représentants légaux de leurs fils mineurs A. C, F et H O, représentés par Me Périer-Chapeau, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser :

- à M. O, à titre principal, la somme de 10 873 517,03 euros ou, à titre subsidiaire, la somme de 10 795 642,90 euros, assorties des intérêts au taux légal à compter du 10 janvier 2020, en indemnisation des préjudices résultant de la prise en charge fautive de sa contusion médullaire cervicale par l'hôpital Louis Mourier de Colombes le 15 février 2015 ;

- à Mme I, en sa qualité de victime indirecte, la somme de 69 508,07 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 janvier 2020 ;

- à MM. C, F et H O, représentés par leurs parents, en leur qualité de victimes indirectes, la somme de 30 000 euros chacun, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 janvier 2020 ;

2°) de déclarer le jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, venant aux droits de la sécurité sociale des indépendants ;

3°) de condamner l'AP-HP aux entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) en cas d'exécution forcée, de condamner l'AP-HP aux sommes retenues par l'huissier par application des articles A. 444-31 et suivants du code du commerce.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'AP-HP est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison des fautes commises par l'hôpital Louis Mourier dans la prise en charge de M. O le 15 février 2015 ;

- l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France a estimé que cet établissement avait commis un manquement grave en ne procédant pas aux examens complémentaires permettant d'écarter le diagnostic de contusion médullaire sur canal cervical étroit malgré le tableau clinique présenté par M. O, en prescrivant son retour à domicile alors que son état nécessitait de l'immobiliser ainsi que de l'hospitaliser et en ne lui fixant pas de nouveau rendez-vous ; il a estimé que cette faute de soins, qui s'apparente à un défaut de toute prise en charge, a permis à la compression médullaire de se développer et est ainsi à l'origine d'une dégradation neurologique et des complications des 19 et 20 février 2015, qui ne seraient pas survenues en l'absence de faute ;

- la faute n'est pas à l'origine d'une perte de chance d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'éviter une aggravation de celui-ci, mais de la survenance de l'aggravation de son état neurologique, de sorte que les préjudices indemnisables sont ceux résultant du dommage constaté, déduction faite de la part du dommage imputable à la chute et à l'installation de la hernie discale médullaire ; cette aggravation neurologique est imputable pour 75 % aux fautes commises par l'hôpital Louis Mourier, les 25 % restants étant imputables à la chute et l'installation de la hernie discale médullaire ;

- M. O subit de nombreux préjudices imputables à la faute commise par l'hôpital Louis Mourier le 15 février 2015, dès lors qu'il est désormais dépendant pour tous les actes de la vie quotidienne et inapte à toute activité professionnelle ; le handicap dont il souffrait ne l'empêchait pas d'être complètement autonome et ne le privait pas de mener une vie privée et professionnelle normale ;

- l'indemnisation de M. O devra se faire en tenant compte du principe de priorité de la victime ;

- les préjudices de M. O pourront être réparés par le versement des sommes suivantes, qui tiennent compte de l'application d'un taux de 75 % :

* s'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

* 5 095,50 euros au titre des dépenses de santé ;

* 9 776,70 euros au titre des frais divers ;

* 126 896,50 euros au titre de l'assistance par tierce personne ou, à titre subsidiaire, 78 866,03 euros après déduction de la prestation de compensation du handicap (PCH) ;

* 17 943,37 euros au titre des pertes de gains professionnels ou, à titre subsidiaire, 6 245,69 euros après déduction de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) et du complément de ressources ;

* s'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

* 404 431,11 euros au titre des dépenses de santés ou, à titre subsidiaire, 386 285,13 euros après déduction de la PCH ;

* 1 410 839,83 euros au titre des frais de logement adapté ;

* 272 529 euros au titre des frais de véhicule adapté ;

* 7 406 686,27 euros au titre de l'assistance par tierce personne ;

* 845 444,73 euros au titre des pertes de gains professionnels ;

* 150 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

* s'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

* 15 374,02 euros au titre du déficit fonctionnel ;

* 45 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 6 000 euros au titre du préjudice esthétique ;

* s'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

* 52 500 au titre du déficit fonctionnel ;

* 60 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 15 000 euros au titre du préjudice esthétique ;

* 30 000 euros au titre du préjudice sexuel et familial ;

- les préjudices de Mme I pourront être réparés par le versement des sommes suivantes, qui tiennent compte de l'application d'un taux de 75 % :

* 2 008,07 euros au titre des frais de déplacement :

* 15 000euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence temporaires ;

* 37 500 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence permanents ;

* 15 000 euros au titre du préjudice sexuel ;

- les préjudices de MM. C, H et F O pourront être réparés par le versement à chacun d'entre eux des sommes suivantes, qui tiennent compte de l'application d'un taux de 75 % :

* 7 500euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence temporaires ;

* 22 500 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence permanents ;

- il convient de mettre à la charge de l'AP-HP les entiers dépens, parmi lesquels les frais de l'expertise architecturale d'un montant de 9 460 euros.

Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, venant aux droits du régime social des indépendants, représentée par Me Nolot, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser à titre principal la somme de 506 467,61 euros ou, à titre subsidiaire, la somme de 379 850,71 euros en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par M. O, majorée des intérêts de droit à compter de sa première demande et de leur capitalisation ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- elle intervient pour le compte du régime social des indépendants ;

- elle a pris en charge les frais hospitaliers d'un montant de 245 911,40 euros du 19 février 2015 au 21 janvier 2016, et d'un montant de 1 523,40 euros du 25 janvier au 18 février 2016 ;

- elle a pris en charge les frais médicaux, pharmaceutiques, infirmiers, d'appareillages et de transport avant la date de consolidation à hauteur de 18 736,40 euros du 18 novembre 2015 au 12 janvier 2017 ;

- les dépenses de santé futures s'élèvent à la somme de 19 004,86 euros jusqu'au 30 janvier 2019 et celle de 221 291,55 euros à compter de 2019.

Par ordonnance du 31 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 novembre suivant.

Une mise en demeure de produire des observations dans un délai de trente jours a été adressée à l'AP-HP le 6 novembre 2023.

Par lettre du 21 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'incompétence du juge administratif pour se prononcer sur les conclusions tendant à la mise à la charge du débiteur des frais d'huissier en application des articles A. 444-31 et suivants du code de commerce.

L'AP-HP a produit un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance n°1914076 du 27 juin 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à Mme L N à la somme de 9 460 euros toutes taxes comprises (TTC), comprenant le montant de l'allocation provisionnelle ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fléjou,

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique,

- les observations de Me Périer-Chapeau, représentant MM. O et Mme I,

- et les observations de Mme M, représentant l'AP-HP.

Considérant ce qui suit :

1. M. O est né le 8 octobre 1968, atteint d'une tétraparésie spastique cérébrale liée à une anoxie néonatale. Le 14 février 2015, il a chuté de son fauteuil roulant. Souffrant de douleurs cervicales et de paresthésies aux deux membres supérieurs, il s'est rendu le lendemain au service des urgences de l'hôpital Louis Mourier de Colombes, établissement dépendant de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris (AP-HP). Il y a subi des radiographies et une entorse du rachis cervical a été diagnostiquée. M. O a été invité à regagner son domicile avec une prescription de collier cervical, d'anti inflammatoires et d'antalgiques. Il lui a été indiqué de consulter un médecin orthopédiste dix jours plus tard. Le 19 février 2015, les symptômes et la gêne persistants ont conduit M. O à se rendre à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches, établissement dépendant également de l'AP-HP, au sein duquel un scanner osseux et une imagerie par résonance magnétique (IRM) ont été réalisés en urgence et ont révélé deux hernies discales au niveau des cervicales C3-C4 et C4-C5 sur un canal cervical étroit ainsi qu'une protrusion discale au niveau des cervicales C4-C5 avec compression médullaire. A l'issue de l'IRM, M. O a présenté une aggravation de son déficit moteur, qui a nécessité une intervention chirurgicale en urgence réalisée le 20 février 2015 en vue de la cure de hernie discale C4-C5 compressive par voie antérieure. En dépit d'une reprise chirurgicale en urgence réalisée le jour-même, les suites opératoires ont été marquées par une aggravation de son état, caractérisée par la paralysie totale de ses quatre membres. Le 30 octobre 2015, M. O a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux de la région Ile-de-France d'une demande d'indemnisation. Cette commission a sollicité une expertise, réalisée par le professeur J, neurochirurgien, qui a rendu son rapport le 21 février 2017. Dans son avis du 30 mars 2017, la CCI, suivant les conclusions expertales, a retenu qu'il existait un retard de diagnostic et de prise en charge de la compression médullaire présentée par M. O de quatre jours, imputable à l'hôpital Louis Mourier et a estimé que la réparation de ses préjudices incombait à l'AP-HP à hauteur de 75 %. Par un courrier du 24 août 2017, l'AP-HP a accepté le principe d'un règlement amiable qui n'a finalement pas abouti. Le 8 novembre 2019, M. O et son épouse, Mme I, ont saisi le juge des référés de ce tribunal d'une demande d'expertise architecturale et de versement d'une somme provisionnelle. Par une ordonnance du 15 octobre 2021, le premier vice-président du tribunal a fait droit à leur demande d'expertise médicale et a condamné l'AP-HP à verser la somme de 54 465,19 euros à M. O et de 2 100 euros à Mme I. L'expertise architecturale réalisée par Mme N a été remise le 17 juin 2022. Le 10 janvier 2020, M. O, Mme I et leurs trois enfants ont adressé une demande indemnitaire préalable à l'AP-HP, reçue le 13 janvier suivant. Celle-ci a gardé le silence sur cette demande. Par la présente requête, ils demandent réparation des préjudices ayant résulté pour eux de la prise en charge qu'ils estiment fautive de M. O par l'hôpital Louis Mourier le 15 février 2015.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () "

S'agissant de l'existence de fautes :

3. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du professeur J, que l'équipe médicale de l'hôpital Louis Mourier a commis une faute consistant dans un retard de diagnostic et de prise en charge de quatre jours de la compression médullaire sévère sur hernie discale dont souffrait M. O suite à sa chute survenue 14 février 2015. A cet égard, l'expert relève qu'au cours de sa prise en charge du 15 février 2015, le tableau clinique présenté par M. O était " caractéristique d'une compression médullaire ", compte-tenu de l'absence de fracture visible sur les radiographies réalisées par l'hôpital. Il précise qu'une IRM et un scanner auraient dû être réalisés et une minerve positionnée en milieu hospitalier, ce qui aurait permis de diagnostiquer la compression médullaire et de programmer une opération chirurgicale dès le lendemain. Par ailleurs, s'il est constant que la tétraplégie complète dont est atteint le requérant n'est intervenue qu'au décours de sa prise en charge à l'hôpital Raymond Poincaré de Garches, il résulte de l'expertise médicale que les aggravations postérieures à l'IRM et à l'opération du 20 février 2015 sont en lien direct avec le retard de diagnostic et de prise en charge imputable à l'hôpital Louis Mourier et que les soins prodigués à Garches l'ont été conformément aux règles de l'art.

S'agissant du dommage et du lien de causalité :

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du professeur J, que ce retard de diagnostic et de prise en charge a causé " une souffrance médullaire sur une compression médullaire par hernie discale post-traumatique diagnostiquée avec retard sur un canal cervical étroit à l'origine d'une aggravation neurologique ", se traduisant pour M. O, qui présentait un handicap depuis la naissance, par une " tétraplégie sévère C5 complète " et une " majoration fonctionnellement très importante du handicap antérieur avec limitation de la capacité respiratoire et perte de l'autonomie résiduelle ". Il résulte des termes du rapport du professeur J, repris par la CCI de l'Ile-de-France, que cette aggravation de l'état de santé du requérant résulte pour 25 % de sa chute et de l'installation de la hernie discale médullaire et pour 75 % de la faute de l'AP-HP consistant dans un retard de diagnostic et de prise en charge de quatre jours. Il y a dès lors lieu de retenir ce dernier pourcentage pour la détermination de l'indemnisation, par cet établissement, des préjudices imputables à la faute.

5. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de l'AP-HP doit être engagée sur le fondement du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

En ce qui concerne les préjudices de M. O et de la CPAM du Puy-de-Dôme :

6. La date de consolidation de l'état de santé de M. O, qui n'est pas contestée par les parties, a été fixée par l'expertise du docteur J au 12 janvier 2017.

S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :

Quant aux dépenses de santé :

7. M. O demande le versement de la somme de 5 095,50 euros au titre des dépenses de santé antérieures à la consolidation de son état de santé qui n'ont pas fait l'objet d'un remboursement par la sécurité sociale ou d'une prise en charge complémentaire par un organisme. Il résulte de l'instruction, en particulier des nombreuses factures versées par les requérants à l'instance, que compte tenu de la tétraplégie dont il est atteint, M. O a dû faire l'acquisition d'un siège anti-escarres pour son fauteuil roulant, pour un montant de 391,34 euros. Il soutient également sans être contredit avoir été contraint de faire installer une commande au menton sur son fauteuil roulant pour un montant de 2 499,54 euros, figurant sur un devis d'Europe Medical Service du 31 juillet 2015. Il a également dû acquérir un fauteuil de douche avec bascule d'assise et appui-tête pour un montant de 546,38 euros, un urinal pour la somme de 29,61 euros ainsi qu'un tensiomètre et un oxymètre de pouls pour une somme de 89,80 euros. Il justifie également avoir engagé des frais d'achat de consommables (alèses, gants, gel, crème préventive des escarres, compresses, couvre chaussures et tabliers pour sa tierce personne, spray facilitant le retrait des pansements, protections) pour un montant de 529 euros. Il a ainsi exposé la somme de 4 085,67 euros, dont 3 064,25 euros sont en lien direct et certain avec la faute retenue contre l'AP-HP. En revanche, s'il résulte de l'instruction que l'AP-HP a mis M. O en demeure de payer la somme de 522 euros correspondant au forfait journalier de son hospitalisation pendant la période allant du 19 février au 19 mars 2015, il résulte du rapport d'expertise que M. O aurait été hospitalisé pendant cette période même en l'absence de faute. Par suite, l'AP-HP devra verser à M. O la somme de 3 064,25 euros au titre des dépenses de santé actuelles.

8. La CPAM du Puy-de-Dôme, venant au droit de la sécurité sociale des indépendants, demande quant à elle le versement de la somme de 266 171,20 euros au titre des dépenses de santé actuelles, c'est-à-dire des frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage, infirmiers et de transport qu'elle a exposés avant la date de la consolidation de l'Etat de santé de M. O. Concernant les frais hospitaliers, il ressort de l'attestation d'imputabilité rédigée par le médecin conseil de la caisse, conformément aux conclusions de l'expertise, que seuls dix mois d'hospitalisation à l'hôpital Raymond Poincaré ainsi que huit jours d'hospitalisation de jour dans cet hôpital sont en lien direct et certain avec le manquement de l'AP-HP, pour un montant total de 247 434,80 euros. Les frais médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage, infirmiers et de transport s'élèvent quant à eux, pour la période du 18 novembre 2015 au 12 janvier 2017, à la somme de 18 736,40 euros sur cette période, soit une somme de 14 052,30 en lien avec la faute de l'AP-HP mentionnée aux points 3 et 4. Il s'ensuit que l'AP-HP devra verser la somme totale de 261 487,10 euros à la caisse à ce titre.

Quant aux frais divers :

9. M. O demande le versement de la somme de 9 776,60 euros au titre des frais divers exposés avant la consolidation de son état de santé qui n'ont pas fait l'objet d'un remboursement par la sécurité sociale.

10. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier des nombreuses factures versées par les requérants à l'instance, que compte tenu de la tétraplégie dont il est atteint, M. O a dû faire l'acquisition d'un logiciel de reconnaissance vocale pour un montant de 149,99 euros, d'un amplificateur, d'un microphone et d'une oreillette pour son ordinateur et son téléphone d'un coût de 214,34 euros. Il justifie également avoir acquis un traversin à 15 euros et une table de lit à 79 euros pour améliorer son confort lorsqu'il est couché. Ces frais divers s'élèvent à la somme de 458,33 euros, dont 343,75 euros en lien avec la faute de l'AP-HP. En revanche, il n'y a pas lieu de l'indemniser pour les frais d'ordinateur portable, de câble antivol et de sacoche ainsi que d'une souris à molette de défilement, dont il ne justifie pas qu'ils sont en lien direct et certain avec le dommage imputable à l'AP-HP.

11. D'autre part, il justifie par la production de deux factures des 13 décembre 2021 et 8 mars 2022 et d'un contrat du 2 novembre 2021 avec M. D B, expert en architecture, avoir bénéficié de l'assistance de ce dernier dans le cadre de l'expertise architecturale réalisée à la demande du tribunal pour un montant de 12 000 euros, qu'il y a lieu de mettre intégralement à la charge de l'AP-HP.

12. Il résulte de ce qui précède que l'AP-HP devra être condamnée à verser la somme de 12 343,75 euros à M. O en réparation de ce préjudice.

Quant à l'assistance par tierce personne :

13. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel du préjudice résultant pour elle de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, il détermine d'abord l'étendue de ces besoins d'aide et les dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

14. Il fixe, ensuite, le montant de l'indemnité qui doit être allouée par la personne publique responsable du dommage, en tenant compte des prestations dont, le cas échéant, la victime bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. A ce titre, il appartient au juge, lorsqu'il résulte de l'instruction que la victime bénéficie de telles prestations, de les déduire d'office de l'indemnité mise à la charge de la personne publique, en faisant, si nécessaire, usage de ses pouvoirs d'instruction pour en déterminer le montant.

15. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, l'indemnisation due au titre de ce chef de préjudice doit être calculée sur la base d'une année de 412 jours, tenant compte des cotisations dues par l'employeur et des majorations de rémunération pour travail du dimanche.

16. M. O demande le versement de la somme de 126 896,50 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne de la date de son retour à domicile à celle de la consolidation de son état de santé qui n'ont pas fait l'objet d'un remboursement par la sécurité sociale ou à titre subsidiaire celle de 78 866,03 euros après déduction des sommes perçues au titre de la prestation de compensation du handicap (PCH). D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du professeur J et de l'avis de la CCI du 30 mars 2017, que M. O a besoin de l'assistance constante d'une tierce personne de jour comme de nuit pour l'aide au lever, aux transferts, à la toilette, à la douche, à la préparation des repas, à l'alimentation, au coucher et à la surveillance nocturne ainsi que d'une aide-ménagère d'1 heure 30 par jour pour l'entretien de son domicile. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, compte tenu des difficultés de respiration de M. O liées à sa tétraplégie, l'aide prodiguée durant la nuit est une aide active. D'autre part, il résulte notamment de l'attestation de docteur E, en charge du suivi médical de M. O antérieur à la survenue du dommage ainsi que des attestations de ses proches, que M. O était entièrement autonome pour les actes de sa vie quotidienne avant le 15 février 2015. Son besoin d'assistance par tierce personne en lien avec l'aggravation de son état neurologique est donc de 25 heures 30 par jour. Toutefois, il résulte de l'instruction, pour les motifs exposés au point 4, que seuls 75 % de cette durée sont en lien direct et certain avec la faute commise à l'hôpital Louis Mourier, le temps restant étant imputable à la chute initiale du requérant et à l'installation de la compression médullaire. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer à 19 heures et 7 minutes le besoin journalier de M. O en assistance par tierce personne en lien avec la faute. Par ailleurs, il établit que le salaire horaire moyen des auxiliaires de vie auxquelles il a eu recours avant la date de consolidation de son état de santé s'élève à un montant variant de 17,06 à 17,77 euros. A cet égard, M. O fait valoir que, compte tenu de son lourd handicap, il n'est pas apte à gérer l'emploi de salariés et est dès lors contraint d'avoir recours à des organismes, ce dont il justifie par les factures versées à l'instance. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir un taux horaire de 17,50 euros pour la période allant du 22 janvier 2016 au 12 janvier 2017, soit 357 jours, dont il convient de retrancher l'équivalent de 4 jours, l'intéressé ayant bénéficié de 8 jours d'hospitalisation de jour figurant sur la notification définitive des débours de la caisse, soit 398 jours sur une année de 412 jours. Le préjudice résultant pour M. O de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne en lien direct et certain avec la faute de l'AP-HP sur cette première période peut être ainsi fixé à la somme de 133 205,63 euros. En outre, il résulte du tableau édité par la direction " personnes âgées et handicapées " des Hauts-de-Seine et versé par les requérants à l'instance qu'il a bénéficié de la somme de 86 075,11 euros au titre de la PCH sur cette même période. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait bénéficié du crédit d'impôt prévu à l'article 199 sexdecies du code général des impôts. En application des principes rappelés aux points 13 à 15, afin d'éviter que le cumul des prestations et de l'indemnité versée excède les dépenses nécessaires aux besoins d'aide par tierce personne, il y a dès lors lieu de fixer le montant que l'AP-HP devra verser à M. O à ce titre à la somme de 47 130,52 euros.

Quant aux pertes de gains professionnels :

17. M. O demande le versement de la somme de 17 943,37 euros au titre des pertes de gains professionnels ou, à titre subsidiaire, celle de 6 245,69 euros après déduction de l'allocation aux adultes handicapés (AAH) et du complément de ressources. A cet égard, il résulte du rapport d'expertise du professeur J qu'en l'absence de prise en charge fautive par l'hôpital Louis Mourier, l'état de santé de M. O aurait nécessairement impliqué un arrêt de travail de six mois avant qu'il ne puisse reprendre une activité. Il est par ailleurs constant que son état de santé est désormais incompatible avec toute activité professionnelle. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis d'imposition de 2015 sur les revenus de 2014 que M. O n'a déclaré aucun revenu pour cette dernière année. A cet égard, il résulte de l'instruction que M. O était chef d'une entreprise de transport de personnes à mobilité réduite et de location de courte durée de véhicules automobiles légers qu'il avait fondée en 1991 et qui lui rapportait des revenus avoisinant les 100 000 euros par an à la fin des années 2 000, puis de plus en plus modestes à compter de 2010. Sur ce point, les requérants font état de la grande importance que M. O attachait à sa vie professionnelle, comme cela résulte de plusieurs attestations, et de ce qu'il avait temporairement suspendu ses activités professionnelles à compter de 2013 dans le but de la relancer en se conformant aux nouvelles réglementations de son secteur d'activité, grâce notamment au produit de la vente d'un de ses biens immobiliers réalisée le 17 février 2015. Dans ces conditions, compte tenu de l'âge du requérant et de son parcours professionnel, le dommage imputable à la faute de l'AP-HP est à l'origine pour ce dernier d'une perte de chance de reprendre une activité professionnelle dont il sera fait une juste appréciation en la fixant à la somme de 15 000 euros. Toutefois, il est constant que sur la période antérieure à la consolidation de son état de santé, M. O a bénéficié d'un montant de 17 943,37 euros de la part de caisse d'allocations familiales (CAF) au titre de l'AHH. Par suite, il ne justifie de l'existence d'aucun préjudice de pertes de gains professionnels sur la période considérée et sa demande à ce titre ne peut qu'être rejetée.

S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :

Quant aux dépenses de santé :

18. M. O demande le versement de la somme de 404 431,11 euros au titre des dépenses de santé postérieures à la consolidation de son état de santé ou, à titre subsidiaire, de la somme de 386 285,13 euros après déduction des montants qu'il a perçus au titre de la PCH.

- Pour la période allant du 13 janvier 2017 au 11 juillet 2024 :

19. Il résulte de l'instruction que M. O a supporté des frais d'acquisition d'aides techniques pour un montant de 41 210,23 euros, de consommables pour un montant annuel de 2 714,04 euros, soit 20 351,58 euros sur la période en litige, de 17 398 euros pour le renouvellement d'un coussin et d'un matelas anti escarre, de 25 452,13 euros pour le renouvellement du thermomètre auriculaire, du pilulier électronique, du fauteuil roulant électrique et du fauteuil roulant manuel avec motorisation, de 1987,18 euros pour le renouvellement de l'oxymètre de pouls, du tensiomètre et du fauteuil de douche. En revanche, le requérant ne saurait demander l'indemnisation de la somme de 1 000 euros pour le renouvellement de son matériel informatique au titre des dépenses de santé. Au total, il a ainsi dépensé la somme de 106 399,12 euros en lien avec l'aggravation de son état neurologique. La nécessité pour M. O de bénéficier de ces matériels, la périodicité de leur renouvellement, de même que le montant restant à la charge de M. O après remboursement de la sécurité sociale, sont justifiés par l'étude portant notamment sur les aides techniques réalisée par M. B, architecte urbaniste, à la demande du requérant, et repris par l'experte en architecture désignée par le tribunal. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, sur la somme de 106 399,12 euros exposée par M. O, celle de 23 031,03 euros correspondant à la PCH doit être déduite, le montant total restant à la charge du requérant s'établissant ainsi à la somme de 83 368,09 euros. Dans ces conditions, l'AP-HP devra être condamnée à lui verser la somme de 62 526,07 euros s'agissant de la part en lien direct et certain avec le manquement retenu aux points 3 et 4.

20. La CPAM justifie quant à elle avoir déboursé la somme de 19 004,86 euros au titre des dépenses de santé engagées pour M. O du 13 janvier 2017 au 30 janvier 2019 et estime le montant annuel versé aux titres des dépenses de santé de celui-ci à la somme de 9 515,87 euros, soit 26,07 euros par jour. Ce montant peut ainsi être estimé à la somme de 51 853,23 euros pour la période allant du 31 janvier 2019 à la date de lecture du jugement, soit 1 989 jours. Par suite, les dépenses de santé de la caisse sur la période considérée peuvent être estimées à la somme totale de 70 858,09 euros, dont 75 % doivent être mis à la charge de l'AP-HP s'agissant de la part en lien direct et certain avec la faute qui lui est reprochée, soit la somme de 53 143,57 euros.

- Pour la période à compter du 12 juillet 2024 :

21. M. O justifie qu'il sera amené à exposer annuellement les sommes de 2 714,04 euros au titre des frais de consommables, 8 699 euros tous les trois ans pour le renouvellement d'un coussin et d'un matelas anti escarres, soit une annuité de 2 899,67 euros, la somme de 27 439,31 euros tous les cinq ans, soit 5 487,86 euros par an, pour le renouvellement du thermomètre auriculaire, du pilulier électronique, du fauteuil roulant électrique, du fauteuil roulant manuel avec motorisation, de l'oxymètre de pouls, du tensiomètre et du fauteuil de douche, de 7 049 euros tous les dix ans, soit 704,90 euros par an, pour le renouvellement de sa table de lit, de son lit mécanisé, d'un lève personne mobile et des lave-linge et sèche-linge. L'annuité globale de renouvellement des matériels de santé rendus nécessaires par son état de santé s'élève ainsi à la somme de 11 806,47 euros. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, il convient de mettre à la charge de l'AP-HP, une rente versée par trimestre échu pour un montant annuel fixé à 8 854,85 euros. Cette rente sera revalorisée annuellement par application du coefficient prévu à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

22. La CPAM fait quant à elle valoir que les frais futurs peuvent être capitalisés à la somme de 221 291,55 euros, sur la base d'une annuité de 9 515,87 euros. Elle en justifie en produisant la notification définitive des débours du 31 mai 2022 de même que l'attestation d'imputabilité rédigée par le docteur P. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'AP-HP ait donné son accord pour la capitalisation des sommes dues à la caisse, il y a lieu de condamner l'AP-HP au remboursement de ses débours sur justificatifs, dans la limite de l'indemnité due par l'établissement en lien direct et certain avec sa faute, qui doit être fixée, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, à la somme de 7 136,90 euros par an.

Quant aux frais de logement adapté :

23. M. O demande le versement de la somme de 1 410 839,83 euros au titre des frais de logement adapté.

- Pour les frais d'adaptation du logement initial :

24. Il résulte de l'instruction que M. O a procédé à des aménagements dans l'attente de pouvoir acquérir un logement adapté pour un montant de 4 114,78 euros, dont 2 807,39 euros ont été pris en charge par le département des Hauts-de-Seine. Sur les 1 307,39 euros restés à la charge de M. O, l'AP-HP devra lui verser la somme de 980,54 euros en lien avec sa faute retenue aux points 3 et 4.

- Pour les frais d'acquisition et d'adaptation d'un logement adapté :

25. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'expertise architecturale ordonnée par le tribunal, que M. O doit bénéficier d'un logement adapté à son lourd handicap et lui permettre de loger la tierce personne dont l'assistance permanente est rendue nécessaire par son état de santé. Il est par ailleurs constant que le logement dont il est actuellement locataire n'est pas adapté à ses besoins du fait notamment de sa surface et du nombre de pièces insuffisants le composant ou encore des ouvertures de portes trop étroites compte tenu de celle de son fauteuil. Il résulte par ailleurs du rapport de Mme N, experte en architecture, que ce logement ne peut subir les mesures d'adaptation requises. Aux termes de son expertise, elle a ainsi estimé que l'état de santé de M. O rendait nécessaire l'acquisition d'un bien adaptable aux exigences de son grand handicap. Aux termes d'une étude du marché immobilier local, elle a retenu deux appartements situés 57 rue de l'Aigle à la Garenne Colombes pouvant être réunis pour une surface totale de 155 m², avec trois places de parking, le véhicule adapté du requérant nécessitant deux places, pour un coût d'acquisition de 1 471 000 euros. Les appartements qu'elle a sélectionnés nécessitent en outre des adaptations au handicap du requérant, pour un montant de 85 000 euros, portant ainsi le coût total de l'achat et de l'aménagement d'un logement adapté à l'état de M. O à la somme de 1 556 000 euros. Dans ces conditions, l'AP-HP devra être condamnée à verser à M. O la somme de 1 167 000 euros en lien direct et certain avec le manquement retenu aux points 3 et 4.

- Pour le surcoût d'usage et d'entretien du logement et des aménagements adaptés :

26. Il résulte du rapport de Mme N que le handicap du requérant implique un surcoût d'usage et d'entretien de son logement adapté qu'elle a estimé à la somme de 5 100 euros par an, ainsi qu'un coût d'entretien des aménagements d'accessibilité du logement qu'elle chiffre à la somme de 4 400 euros par an. Le montant annuel de ces frais peut ainsi être estimé à la somme totale annuelle de 9 500 euros. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, il convient de mettre à la charge de l'AP-HP, une rente versée par trimestre échu pour un montant annuel fixé à 7 125 euros. Cette rente sera revalorisée annuellement par application du coefficient prévu à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Quant aux frais de véhicule adapté :

27. M. O demande le versement de la somme de 272 529 euros au titre des frais de véhicule adapté.

- Pour les frais d'acquisition :

28. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de Mme N, que le handicap de M. O rend nécessaire l'acquisition d'un véhicule d'une hauteur de 1,90 mètres dans lequel un fauteuil roulant peut être inséré à la place du passager avant. Elle a retenu le devis de la société Handynamic portant sur l'acquisition d'un véhicule Mercedes Sprinter et ses aménagements, pour un montant de 74 900 euros. Il est par ailleurs constant que l'intéressé disposait d'un véhicule qui n'est plus adapté à son handicap actuel mais dont il convient de retrancher le prix de revente, lequel peut être fixé à la somme de 10 000 euros. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 48 675 euros en lien avec le dommage résultant du manquement retenu dans le présent jugement aux points 3 et 4.

- Pour les frais de renouvellement :

29. Il résulte de l'instruction que ce véhicule, de même que ses équipements, requièrent un renouvellement tous les sept ans. Compte tenu du prix d'achat estimé au point 28, d'un prix de revente qui peut être estimé à la somme de 20 000 euros et de ce qui a été dit aux points 3 et 4, le montant annuel de l'indemnité pouvant être mise à la charge de l'AP-HP en lien avec le dommage résultant de sa faute peut être justement apprécié en le fixant à la somme de 5 800 euros. Par suite, il convient de mettre à la charge de l'AP-HP, une rente versée par trimestre échu fixée à la somme annuelle de 5 800 euros. Cette rente sera revalorisée annuellement par application du coefficient prévu à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Quant à l'assistance par tierce personne :

30. M. O demande le versement de la somme de 7 406 686,27 euros au titre l'assistance par tierce personne postérieure à la date de consolidation de son état de santé.

- Pour la période allant du 13 janvier 2017 au 11 juillet 2024 :

31. Il résulte de l'instruction que M. O a fait appel au service de prestataire pour un montant horaire variant entre 16,65 euros et 32,64 euros sur la période. Compte tenu des éléments rappelés au point 16, en particulier du besoin d'assistance de 19 heures et 7 minutes par jour requis par l'état de santé de M. O en lien direct et certain avec la faute de l'AP-HP, et d'un taux horaire de 25 euros, il y a lieu d'évaluer son préjudice sur la période du 13 janvier 2017 au 11 juillet 2024, soit pendant 2 737 jours, correspondant à 3 089 jours sur une année de 412 jours, à la somme de 1 476 928,13 euros. En outre, il résulte de l'instruction que le département des Hauts-de-Seine a accordé à M. O le bénéfice de la PCH jusqu'en 2030 et lui verse en moyenne une somme de 303,88 euros par jour, correspondant à une somme de 831 719,56 euros sur les 2 737 jours en litige. L'AP-HP versera à M. O la somme ainsi restée à sa charge qui doit être fixée à 645 208,57 euros.

- Pour la période à compter du 12 juillet 2024 :

32. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire d'une rente allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet. Il en va ainsi tant pour les sommes déjà versées que pour les frais futurs. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.

33. Si le juge n'est pas en mesure de déterminer, lorsqu'il se prononce sur l'indemnisation du préjudice résultant pour la victime d'un dommage corporel de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne dans les actes de la vie quotidienne, si cette victime résidera à son domicile, ou sera hébergée dans une institution spécialisée, il lui appartient de lui accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien à domicile, en précisant le mode de calcul de cette rente, dont le montant doit dépendre du temps passé à son domicile au cours du trimestre, ainsi qu'une rente distincte, dont les modalités de calcul sont définies selon les mêmes modalités, ayant pour objet de l'indemniser des frais liés à son hébergement dans l'institution spécialisée. Il y a également lieu de prévoir l'actualisation régulière des montants respectifs des deux rentes, sous le contrôle du juge de l'exécution, au vu des justificatifs produits par la victime se rapportant au nombre de jours du trimestre au cours desquels celle-ci est prise en charge en institution spécialisée, de l'évolution du coût de cette prise en charge et également, le cas échéant, des prestations versées à ce titre ainsi qu'au titre de l'assistance par une tierce personne. Cette actualisation du montant des rentes ne peut cependant avoir pour effet ni de différer leur versement ni de conduire la victime à avancer les frais correspondant à l'indemnisation qui lui est due.

34. Pour la période postérieure à la notification du présent jugement, il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'assistance par tierce personne de M. O en les évaluant, sur la base d'une année de 412 jours et de 19 heures et 7 minutes quotidiennes imputables à la faute de l'AP-HP, à un taux horaire de 32,64 euros, à une somme annuelle de 257 186,88 euros. Comme il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction que M. O perçoit en moyenne la somme de 303,88 euros par jour, soit 110 916,20 par an au titre de la PCH, en compensation de ces frais. Dans ces conditions, son préjudice annuel au titre de l'assistance par tierce personne future peut être évalué à la somme totale de 146 270,68 euros qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser annuellement à M. O, sous forme d'une rente versée par trimestre échu. Cette rente sera revalorisée annuellement par application du coefficient prévu à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. Dans l'hypothèse où M. O venait à être pris en charge, au moins partiellement, par une institution spécialisée, il lui appartiendrait de revenir devant le juge afin que soient fixés les modalités de calcul des deux rentes s'agissant de celle relative à son maintien à domicile et de celle relative à sa prise en charge en institution, conformément aux principes exposés aux points précédents.

Quant aux pertes de gains professionnels :

35. M. O demande le versement de la somme de 845 444,73 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs.

- Pour la période allant du 13 janvier 2017 au 11 juillet 2024 :

36. Il résulte de ce qui a été dit au point 17, que M. O, qui ne percevait pas de revenus professionnels au cours de l'année précédant la prise en charge fautive, ne peut se prévaloir que d'une perte de chance d'obtenir de tels gains. Il est par ailleurs constant que, définitivement déclaré inapte à tout emploi, il s'est vu allouer l'allocation adulte handicapé à titre définitif par une décision du 15 mars 2020. Il bénéficie également du complément de ressource (CPR) jusqu'au 31 mai 2025. Son revenu annuel s'élève donc environ à 12 000 euros par an et correspond ainsi à la moyenne annuelle de ses revenus entre 2013 et 2015. Dans ces conditions, M. O ne saurait se prévaloir de l'existence d'aucun préjudice de pertes de gains professionnels sur la période considérée.

- Pour la période à compter du 12 juillet 2024 :

37. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et de la circonstance qu'à compter de ses soixante-huit ans, M. O ne percevra plus l'AAH mais bénéficiera d'une retraite d'un montant estimé de 1 016 euros mensuel, il ne saurait davantage se prévaloir d'un préjudice de perte de gains professionnels à compter de la date de lecture du présent jugement.

Quant à l'incidence professionnelle :

38. M. O demande le versement de la somme de 150 000 euros au titre de l'incidence professionnelle. Il résulte de l'instruction que son état de santé ne permet pas d'envisager qu'il puisse un jour reprendre une activité professionnelle. Compte tenu de l'âge du requérant à la date de la consolidation de son état de santé, à savoir quarante-huit ans, et des éléments de sa vie professionnelle rappelés au point 17, en particulier de son parcours professionnel en tant que chef d'entreprise et de son appétence pour le travail, il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'incidence professionnelle en lien avec la faute de l'AP-HP en le fixant à la somme de 75 000 euros.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

39. M. O demande le versement de la somme de 15 374,02 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'il a été atteint d'un déficit fonctionnel temporaire total du 19 février 2015 au 21 janvier 2016 et pendant ses huit jours d'hospitalisation de jour, soit pendant 345 jours ou 11 mois et 10 jours et d'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 97 % du 22 janvier 2016 au 12 janvier 2017, soit pendant 357 jours, desquels il convient de soustraire les huit jours d'hospitalisation de jour, soit 349 jours, correspondant à 11 mois et 2 semaines. Dans ces conditions, le déficit fonctionnel temporaire total de M. O sur une période de 345 jours peut être évalué à la somme de 6 900 euros et son déficit fonctionnel partiel sur une période de 349 jours à la somme de 6 980 euros. L'expert a précisé qu'en l'absence de faute, l'intéressé aurait subi une période de déficit fonctionnel temporaire total d'un mois et de 75 % pendant trois mois. Toutefois, comme le font valoir les requérants, l'évaluation du préjudice résultant de la faute de l'AP-HP, à l'exclusion de la part de l'aggravation de son état de santé liée à sa chute et à l'installation de la hernie discale médullaire, doit être opéré par l'application du taux de 75 % sur le montant d'évaluation du déficit fonctionnel temporaire, comme l'a fait la CCI dans son avis précité et ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 4. En tenant compte de ce taux, le déficit fonctionnel temporaire en lien direct et certain avec la faute doit être fixé à la somme de 10 410 euros.

Quant aux souffrances endurées :

40. M. O demande le versement de la somme de 45 000 euros au titre des souffrances endurées. A cet égard, l'expert, suivi sur ce point par la CCI, a évalué ces souffrances en lien direct et certain avec le manquement de l'AP-HP et imputables à la faute retenue aux points 3 et 4 ci-dessus à 6 sur une échelle de 1 à 7, compte tenu des douleurs neuropathiques, de la perte complète de motricité, de la souffrance morale et de la rééducation prolongée. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice pour la part uniquement imputable à la faute en le fixant à la somme de 30 000 euros que l'AP-HP sera condamnée à verser à M. O.

Quant au préjudice esthétique :

41. M. O demande le versement de la somme de 6 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire. A cet égard, l'expert a évalué la part de ce préjudice en lien direct et certain avec le manquement de l'AP-HP mentionné aux points 3 et 4 à 4 sur une échelle de 1 à 7, compte tenu de la présence d'une cicatrice de laminectomie cervicale postérieure en rapport avec le retard au diagnostic, à une modification de l'aspect général liée à une perte de la mobilité résiduelle sur les membres supérieurs et à une nécessité de modification des conditions d'appui et d'équipement du fauteuil roulant électrique. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice pour la part uniquement imputable à la faute en le fixant à la somme de 7 500 euros que l'AP-HP sera condamnée à verser à M. O.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

Quant au déficit fonctionnel permanent :

42. M. O demande le versement de la somme de 52 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent. Il fait valoir que, du fait de la tétraplégie haute imputable aux fautes de l'AP-HP, il a perdu l'usage de ses membres supérieurs, il présente une incontinence urinaire imposant le port d'une poche à urine et d'étuis pelviens, une dyschésie ano-rectale nécessitant des exonérations des selles par un tiers, une importante spasticité, des douleurs neuropathiques et une limitation de la capacité respiratoire. Dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu de la grande autonomie de M. O dans sa vie quotidienne antérieure au dommage, corroborée notamment par le rapport d'expertise, des certificats du docteur E, des attestations de ses proches et de la dépendance totale dans laquelle il se trouve désormais, qui est imputable à hauteur de 75 % à la faute de l'AP-HP ainsi qu'il a été dit ci-dessus aux points 3 et 4, et compte tenu de l'âge de M. O à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lien avec le dommage résultant de la faute de l'AP-HP en le fixant à la somme de 90 000 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

43. M. O demande le versement de la somme de 60 000 euros au titre du préjudice d'agrément. Il fait valoir qu'il ne peut plus partager d'activités et qu'il ne peut désormais ni partir en vacances avec son épouse et ses enfants ni s'adonner aux loisirs qu'il pratiquait auparavant, tels que l'équitation, le ski et la plongée sous-marine. Il résulte à cet égard de l'instruction et notamment du rapport du professeur J, du courrier du docteur E ainsi que des attestations de proches de M. O, que celui-ci pratiquait occasionnellement des activités sportives tel que le ski avec un moniteur ou encore la plongée sous-marine, comme cela ressort du certificat d'aptitude à la plongée du 26 septembre 2005. Surtout, il résulte de l'instruction que l'intéressé avait une vie sociale particulièrement riche alors qu'il est constant que sa tétraplégie l'empêche désormais de partager la moindre activité avec ses proches. A titre d'exemple, comme le note le professeur J, " les vacances sont devenues quasiment impossibles ". Dans ces conditions, dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément de M. O en le fixant, pour la part en lien avec la faute de l'AP-HP mentionnée aux points 3 et 4, à la somme de 9 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

44. M. O demande le versement de la somme de 15 000 euros au titre d'un préjudice esthétique permanent. Le professeur J a estimé que M. O souffrait d'un préjudice à ce titre s'élevant à 4 sur une échelle de 1 à 7. Il a aussi précisé que la part de ce préjudice en lien direct et certain avec le manquement de l'AP-HP s'élevait à 3 sur une échelle de 1 à 7. En l'espèce, il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 15 000 euros.

Quant au préjudice sexuel :

45. M. O demande le versement de la somme de 30 000 euros au titre d'un préjudice " sexuel et familial ". Le professeur J a relevé que le préjudice sexuel de l'intéressé en lien direct et certain avec la faute de l'AP-HP était " majeur étant donné la normalité de l'activité sexuelle antérieure ". Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 15 000 euros.

Quant au préjudice d'établissement :

46. Le requérant fait valoir qu'il est désormais privé de la possibilité d'avoir d'autres enfants. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lien avec la faute de l'AP-HP en le fixant à la somme de 3 750 euros.

47. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme de 2 242 588,70 euros à M. O, sous déduction de la provision de 54 465,19 euros déjà mise à sa charge, ainsi que les rentes dans les conditions décrites aux points 21 (dépenses de santé futures), 26 (surcoût d'usage et d'entretien du logement adapté), 29 (renouvellement du véhicule adapté) et 34 (assistance par tierce personne future). Il y a également lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme de 314 630,67 euros à la CPAM du Puy-de-Dôme et de lui rembourser les dépenses de santé futures dans les conditions décrites au point 22.

En ce qui concerne les préjudices de Mme I :

S'agissant des frais divers :

48. Mme I demande le versement de la somme de 2 008,07 euros au titre des frais de déplacement. Elle fait valoir qu'elle a parcouru 5 297 kilomètres pour se rendre quotidiennement au chevet de son époux lors de ses périodes d'hospitalisation, à la réunion d'expertise ainsi qu'à la réunion de la CCI. Pour en justifier, elle produit un tableau retraçant de manière circonstanciée ses déplacements entre les 19 février 2015 et 30 mars 2017. Le barème kilométrique de l'administration fiscale applicable à un véhicule de quatre chevaux fiscaux pour une distance comprise entre 5 001 et 20 000 kilomètres en 2017 est exprimé par la formule (d x 0,277) + 1 082. Ses frais divers peuvent ainsi être estimés à la somme de 2 500 euros, dont 1 875 euros en lien direct et certain avec la faute de l'AP-HP compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux exceptionnels :

49. Mme I demande la somme de 15 000 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence temporaires en rapport avec l'hospitalisation, la tétraplégie et la dépendance totale de son mari ainsi que la somme de 37 500 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence permanents. Elle fait valoir qu'elle a été contrainte de s'occuper seule de ses trois enfants en bas âge pendant la période d'hospitalisation et au-delà, d'assister aux souffrances de son mari et de réorganiser sa vie, notamment son projet professionnel, autour des besoins de son époux. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il sera fait une juste appréciation des préjudices extrapatrimoniaux exceptionnels subis par la requérante en lien avec la faute de l'AP-HP en les fixant à la somme de 50 000 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

50. Mme I demande le versement de la somme de 15 000 euros au titre du préjudice sexuel. Il en sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lien avec la faute de l'AP-HP en le fixant à la somme de 10 000 euros.

51. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme de 61 875 euros à Mme I, sous déduction de la provision de 2 100 euros déjà mise à sa charge.

En ce qui concerne les préjudices de MM. C, H et F O :

52. Les requérants demandent le versement à MM. C, H et F O de la somme de 7 500 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence temporaires et de 22 500 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence permanents. Il est constant que le dommage subi par leur père a irrémédiablement bouleversé leurs existences alors qu'ils n'étaient âgés que de trois et six ans. Les requérants font notamment valoir que C, H et F ont vécu dans l'anxiété que M. O ne regagne pas le domicile familial et qu'ils sont désormais privés de partager des gestes d'affection tout comme la moindre activité avec leur père. Il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence temporaires et permanents de chacun des enfants, en lien direct et certain avec la faute de l'AP-HP, en les fixant à la somme de 30 000 euros.

53. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser la somme de 30 000 euros chacun à MM. C, H et F O.

Sur les intérêts :

54. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. "

55. Il résulte de l'instruction que la réclamation indemnitaire des consorts O et I a été reçue par l'AP-HP le 13 janvier 2020. Ils ont ainsi droit au versement des intérêts à compter de cette date.

56. Le mémoire en intervention de la CPAM du Puy-de-Dôme a été enregistré par le greffe le 26 septembre 2022. Elle a ainsi droit au versement des intérêts à compter de cette date ainsi qu'à leur capitalisation à compter du 26 septembre 2023, date à laquelle une année d'intérêts était due pour la première fois, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

57. Aux termes des dispositions du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 susvisé fixe respectivement à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.

58. La CPAM du Puy-de-Dôme est fondée à demander que l'AP-HP lui verse la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité de frais de gestion, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 18 décembre 2023.

Sur les frais liés à l'instance :

En ce qui concerne les dépens :

59. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

60. Les frais et honoraires de l'expertise confiée à Mme N, d'un montant total de de 9 460 euros TTC, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par ordonnance du 14 janvier 2022, ont été liquidés, taxés et mis à la charge de M. O et Mme I par une ordonnance n°1914076 du président du tribunal en date du 27 juin 2022. Il y a lieu de mettre ce montant à la charge définitive de l'AP-HP.

En ce qui concerne les frais non compris dans les dépens :

61. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

62. Dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 3 000 euros à verser aux consorts O et I ainsi qu'une somme de 1 000 euros à verser à la CPAM du Puy-de-Dôme, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

Sur les conclusions tendant à condamner l'AP-HP à supporter les sommes retenues par l'huissier en application des articles A. 444-31 et suivants du code de commerce :

63. La présente requête relève de la compétence de la juridiction administrative et, en conséquence, de la procédure d'exécution prévue par les dispositions du code de justice administrative. Il suit de là que les conclusions des requérants tendant à la condamnation de l'AP-HP à supporter les sommes retenues par l'huissier en application des articles A. 444-31 et suivants du code de commerce sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'AP-HP versera la somme de 2 242 588,70 euros à M. O, sous déduction de la somme de 54 465,19 euros déjà mise à sa charge à titre provisionnel. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020.

Article 2 : L'AP-HP versera à M. O les rentes dans les conditions fixées aux point 21 (dépenses de santé futures), 26 (surcoût d'usage et d'entretien du logement adapté), 29 (renouvellement du véhicule adapté) et 34 (assistance par tierce personne future) du jugement.

Article 3 : L'AP-HP versera la somme de 61 875 euros à Mme I, sous déduction de la somme de 2 100 euros déjà mise à sa charge à titre provisionnel. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020.

Article 4 : L'AP-HP versera la somme de 30 000 euros chacun à MM. C, H et F O. Ces sommes seront majorées des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2020.

Article 5 : L'AP-HP versera à la CPAM du Puy-de-Dôme une somme de 314 630,67 euros en réparation des débours qu'elle a exposés pour le compte de M. O, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 septembre 2022 et de leur capitalisation à chaque échéance annuelle à compter du 26 septembre 2023.

Article 6 : L'AP-HP versera les montants exposés par la CPAM sur justificatifs à mesure de leur engagement dans les conditions prévues au point 22 du jugement.

Article 7 : L'AP-HP versera à la CPAM du Puy-de-Dôme la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 8 : L'AP-HP versera à M. O et Mme I une somme totale de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : L'AP-HP versera à la CPAM du Puy-de-Dôme la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à M. G O, en sa qualité de représentant unique des requérants, à la CPAM du Puy-de-Dôme et à l'Assistance publique -hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2003459

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