Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2008510
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2008510 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 31 août 2020, le 28 mai 2021 et le 22 novembre 2021, la société par action simplifiée (SAS) Razel-Bec, représentée par Me Vignon, demande au tribunal :
1°) de fixer le solde du décompte général et définitif du marché de travaux portant sur le réaménagement d'une partie de la rue des Bourguignons, situé en limite du territoire des communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), à la somme globale de 1 040 905,57 euros hors taxe (HT) ;
2°) de condamner in solidum les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes à lui verser la somme globale de 1 040 905,57 euros HT à parfaire, assortie de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au taux applicable, majorée des intérêts moratoires, de la capitalisation des intérêts à compter du 4 février 2020 et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros ;
3°) de mettre à la charge des communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes in solidum la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que le mémoire en réclamation qu'elle a adressé aux communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes respecte les stipulations du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux (CCAG-Travaux) et les clauses contractuelles du marché ;
- les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes ont commis plusieurs fautes de nature à engager leur responsabilité contractuelle :
. elles ont produit des documents de marché insuffisamment précis qui ont conduit à de nombreuses modifications non seulement du phasage des travaux et du découpage des zones d'intervention, mais également de la substance même du projet et de la consistance des travaux ;
. elles n'ont pas exercé leur pouvoir de contrôle afin d'éviter la libération tardive d'une emprise par un tiers ;
. ces approximations, s'agissant notamment de la non réalisation des études préalables de détection de l'amiante, alors qu'elles y étaient tenues, a modifié le champ d'intervention de ses sous-traitants, Citéos et ECMB, qui ont dû engager des travaux supplémentaires ;
. elles sont responsables de l'allongement du délai global d'exécution des travaux ;
- elle a dû engager des travaux supplémentaires en raison de ces fautes et des difficultés rencontrées en cours d'exécution du marché et de ce fait subi, de même que ses sous-traitants, des préjudices procédant de la mobilisation de main-d'œuvre, d'encadrement et de matériels supplémentaires ;
- elle a droit au paiement des intérêts moratoires et à l'indemnité forfaitaire de recouvrement en vertu des stipulations de l'article 21.3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 mars 2021, le 15 septembre 2021, le 1er novembre 2021 et le 25 janvier 2022, les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes, représentées par Me Béjot et Me Ferré, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la SAS Razel-Bec leur verse la somme de 8 000 euros chacune, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de l'absence de signature du mémoire en réclamation, de ce qu'il est identique à la demande de rémunération complémentaire jointe au projet de décompte final alors que cette dernière avait déjà été refusée, de sa forclusion et de ce qu'il n'est pas démontré qu'il était contenu dans le courrier du 4 février 2020 dont se prévaut la SAS Razel-Bec ;
- aucune faute dans l'exécution du marché ne saurait leur être reprochée ; les préjudices allégués ne sont pas démontrés ; les liens de causalités entre les préjudices invoqués et les éventuelles fautes ne sont pas établis ;
- la requête est, en tout état de cause, infondée.
Par une ordonnance du 28 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;
- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;
- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;
- les observations de Me Mariet pour la SAS Razel-Bec ;
- et les observations de Me Ferré pour les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes, représentées par M. A, directeur des affaires juridiques de la commune d'Asnières-sur-Seine.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement notifié le 26 août 2016, les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), qui ont constitué entre elles un groupement de commandes, ont confié à la société par actions simplifiée (SAS) Razel-Bec le marché de travaux portant sur le réaménagement qualitatif complet d'une partie de la rue des Bourguignons, situé en limite du territoire des deux communes, dans la perspective de la mise en service de la ligne J du Grand Paris Express en interconnexion avec la ligne J du Transilien. Ce marché global et forfaitaire a été conclu pour une durée de 594 jours, au prix de 3 177 384,11 euros hors taxes (HT). Le démarrage des travaux a été fixé, par ordre de service, au 2 novembre 2016. Après la levée des réserves ayant assorti la réception des travaux, la SAS Razel-Bec a adressé aux maîtres de l'ouvrage et au maître d'œuvre, le 3 décembre 2019, un projet de décompte final assorti d'une demande de rémunération complémentaire. Par un courrier du 24 décembre 2019, les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes ont adressé à la SAS Razel-Bec le décompte général du marché. Par un courrier du 4 février 2020, cette dernière a refusé de le signer et a produit un mémoire en réclamation. Par la présente requête, la SAS Razel-Bec demande au tribunal, à titre principal, d'établir le décompte général et définitif et de condamner les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes à lui verser la somme de 1 040 905,57 euros HT, assortie de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au taux applicable, majorée des intérêts moratoires, de la capitalisation des intérêts à compter du 4 février 2020 et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros.
Sur l'établissement du décompte :
En ce qui concerne les préjudices nés des fautes imputées aux maîtres de l'ouvrage :
Quant à l'engagement de la responsabilité contractuelle pour faute des communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes :
2. Aux termes de l'article 50.1.1 du CCAG-Travaux : " Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. () ".
3. Un mémoire en réclamation au sens du cahier des clauses administratives générales doit comporter l'énoncé d'un différend et exposer, de façon précise et détaillée, les chefs de la contestation en indiquant, d'une part, les montants des sommes dont le paiement est demandé et, d'autre part, les motifs de ces demandes, notamment les bases de calcul des sommes réclamées.
4. Si la maîtrise d'ouvrage fait valoir que sa responsabilité pour faute ne peut être engagée devant le tribunal dès lors que le mémoire en réclamation que la SAS Razel-Bec lui a adressé par un courrier du 4 février 2020 n'était pas fondé sur cette cause juridique, il résulte de l'instruction que la faute des maîtres de l'ouvrage, concurremment à celle du maître d'œuvre, a été évoquée à plusieurs reprises dans ce mémoire. Par ailleurs, plusieurs causes juridiques peuvent être invoquées dans un contentieux indemnitaire, sans que cela n'entraîne de double indemnisation. Dans ces conditions, les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes ne sont pas fondées à soutenir que la SAS Razel-Bec ne peut engager leur responsabilité contractuelle pour faute devant la présente instance.
Quant aux fautes des maîtres de l'ouvrage :
5. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics, mais pas du seul fait de fautes commises par d'autres intervenants.
6. En premier lieu, la SAS Razel-Bec soutient que les maîtres de l'ouvrage, en ne mentionnant pas l'ensemble des sujétions dans le document de consultation des entreprises, qui contient l'ensemble des documents contractuels du marché, ne lui ont pas permis de proposer un sous-phasage adapté, entraînant de nombreuses modifications et études supplémentaires au cours de l'exécution des travaux. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de l'article 1.8.1 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du marché, que les maîtres de l'ouvrage ont mentionné les différentes " fonctionnalités urbaines ", telles que l'existence de livraisons et d'arrêts de bus, qui sont autant de sujétions dont le sous-phasage proposé par la société titulaire, qui, au demeurant, a eu accès aux lieux avant de proposer le sous-phasage, ne pouvait ignorer et à qui il appartenait en conséquence d'en déduire les contraintes techniques qui s'imposaient. A ce titre, la seule existence de nombreuses fiches modificatrices, fiches d'adaptation et versions du plan de masse ne saurait suffire à démontrer une faute du pouvoir adjudicateur dans l'estimation de ses besoins ou dans la conduite du marché. Par suite, la SAS Razel-Bec ne démontre pas que les maîtres de l'ouvrage auraient à ce titre engagé leur responsabilité pour faute.
7. En deuxième lieu, si la SAS Razel-Bec se prévaut de ce que les plans de repérage des réseaux d'assainissement, qu'il incombait aux maîtres de l'ouvrage de produire, étaient imprécis et l'ont empêché de conduire correctement les travaux, elle reste à cet égard sur le mode de la simple allégation, se contentant d'affirmer que l'imprécision du repérage des réseaux concessionnaires existants a entraîné des évolutions de la méthode de réalisation des assainissements, sans apporter le moindre élément permettant de l'établir, alors par ailleurs qu'elle avait nécessairement eu connaissance de ces plans de repérages en amont. Par suite, elle ne démontre pas que les maîtres de l'ouvrage auraient commis une faute à ce titre.
8. En troisième lieu, si la SAS Razel-Bec soutient que les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes n'ont pas exercé leur pouvoir de contrôle du marché en ne s'assurant pas de la libération d'une emprise par une tierce entreprise, ce qui l'aurait obligée à interrompre ses travaux, il est constant que les maîtres de l'ouvrage ont, par un arrêté municipal, demandé la libération des emprises dans la zone concernée au 8 janvier 2018. Ils ont également organisé deux réunions de chantier, les 29 septembre et 19 octobre 2016, avec le promoteur concerné et la société requérante, afin d'échanger sur les interfaces. Les maîtres de l'ouvrage ayant ainsi mis en œuvre leur pouvoir de contrôle dans la conduite du chantier, aucune faute ne peut leur être reprochée sur ce terrain.
9. En quatrième lieu, si la SAS Razel-Bec soutient que les sociétés sous-traitantes Citéos et ECMB ont subi des préjudices en raison de fautes du pouvoir adjudicateur, elle n'établit pas leur avoir payé des travaux supplémentaires à ce titre. Elle ne peut donc se prévaloir d'un préjudice qu'elle aurait subséquemment subi. En tout état de cause, en se bornant à soutenir que le pouvoir adjudicateur aurait dû mentionner le risque d'amiante, la SAS Razel-Bec, qui ne conteste pas avoir visité le site et été en mesure de s'informer, ne démontre pas que les maîtres de l'ouvrage auraient à cet égard engagé leur responsabilité pour faute. De même, si la SAS Razel-Bec soutient que les montants des travaux complémentaires réalisés par ses sous-traitants ont été sous-évalués, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer que ces travaux auraient été insuffisamment valorisés par la maîtrise d'ouvrage. Enfin, si la SAS Razel-Bec invoque l'inertie et l'imprécision des attentes de la maîtrise d'ouvrage quant à la commande de laiton, il est constant que l'article 2 du CCTP, selon lequel le " laiton devra être bruni par une patine avant la pose ", a précisé sans équivoque les attentes du pouvoir adjudicateur. La faute invoquée à ce titre n'est donc pas matériellement établie
10. En dernier lieu, la SAS Razel-Bec soutient que le coût de l'allongement du délai global des travaux de quatre-vingt-dix jours n'a pas été pris en compte dans les avenants 2 et 3 au marché. Toutefois, en se bornant à faire état de cet allongement de la durée des travaux, elle n'établit ni qu'il est fautif ni en tout état de cause que la faute alléguée serait imputable aux maîtres de l'ouvrage. Par suite, la SAS Razel-Bec n'est pas fondée à se prévaloir de la responsabilité fautive des communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes quant à la prolongation de la durée des travaux, qui au demeurant n'a été que de trois mois.
11. Il résulte de ce qui précède que la SAS Razel-Bec n'est pas fondée à demander réparation de préjudices qu'elle allègue avoir subis du fait de fautes de la maîtrise d'ouvrage.
En ce qui concerne les travaux supplémentaires :
12. Dans le cadre d'un marché à prix global et forfaitaire, l'entrepreneur a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires, non prévus au contrat, s'ils ont été prescrits par ordre de service ou acceptés par le maître de l'ouvrage ou si à défaut d'ordre de service ou d'acceptation du maître de l'ouvrage, ils présentent un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. La charge définitive de l'indemnisation incombe, en principe, au maître de l'ouvrage.
13. En premier lieu, aux termes de l'article 20.1.1 du CCAP du présent marché : " () Le prix a été établi : / () en tenant compte des frais d'exécution de chacune des prestations décrites, y compris implantation, études préparatoires, tous moyens de levage et de manutention, etc. "
14. Si la SAS Razel-Bec sollicite le paiement des études d'exécution supplémentaires pour un montant de 30 447,56 euros, il résulte de l'instruction, notamment de l'article 20.1.1 du CCAP précité, qui prime sur le mémoire technique, que les études préparatoires font partie du prix forfaitaire établi par le marché, le nombre d'indices par document étant à cet égard sans incidence. Au surplus, de tels surcoûts ne constituent pas des travaux mais des prestations dont la société requérante n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation au titre des travaux supplémentaires indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art.
15. En deuxième lieu, aux termes des alinéas b) et f) de l'article 2.2.12 du CCTP du marché relatif aux réseaux divers : " Les mises à niveau de toutes les émergences seront réalisées par le titulaire dans le cadre des travaux " et " Les bouches incendies existantes seront mises à niveau dans le cadre des travaux () ". Selon l'article 1.2 du CCTP : " les travaux comprennent notamment : () la remise à la côte d'ouvrages. ".
16. Si la SAS Razel-Bec soutient que la mise à niveau des émergences des bouches d'incendie relève de la catégorie des travaux supplémentaires indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art, au titre desquels elle sollicite le paiement de la somme de 28 951,51 euros, il résulte de l'instruction, notamment des stipulations précitées des alinéas b) et f) de l'article 2.2.12 et de l'article 1.2 du CCTP, que la mise à niveau de toutes les émergences, y compris celles relatives aux bouches d'incendie, devait être réalisée par le titulaire du marché dans le cadre de l'exécution des travaux. A cet égard, le CCTP n'est pas lacunaire et prime, en tout état de cause, sur le document de décomposition du prix global et forfaitaire (DGFP). Il s'ensuit que la SAS Razel-Bec n'est pas fondée à demander une indemnisation à ce titre.
17. En troisième lieu, selon le poste 511 du document de décomposition du prix global et forfaitaire, qui précise la " décomposition [du prix global et forfaitaire] de l'opération et des quantités établies de manière estimative " : " La voirie en enrobé () [comprend] tous les types de dispositifs provisoires, notamment pour le parfait blocage des pavés en rive de stationnement, et pour une gestion des émergences et évacuations d'eaux de ruissellement () ".
18. La SAS Razel-Bec sollicite le paiement de la somme de 145 666,67 euros pour la réalisation de chanfreins en enrobés entre les pavés et la chaussée existante, afin de rehausser le nivellement global de la rue des Bourguignons. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du poste 511 du document du DGFP précité, que tous les types de dispositifs provisoires, y compris pour le parfait blocage des pavés en rive de stationnement, étaient compris dans le marché. Par ailleurs, si la SAS Razel-Bec soutient qu'elle a réalisé un changement de matériau à la demande des maîtres de l'ouvrage en raison d'une mauvaise résistance du béton initialement envisagé, ce qui a selon elle engendré un surcoût, elle ne l'établit pas alors que le pouvoir adjudicateur conteste avoir ordonné un tel changement. Dans ces conditions, la SAS Razel-Bec ne démontre pas que la réalisation des chanfreins constituait des travaux supplémentaires non initialement prévus.
19. En quatrième lieu, selon l'article 9.2 du CCAP : " Le titulaire après avoir visité les lieux reconnaît que les dossiers contractuels qui lui sont remis à la date de conclusions du marché sont suffisants pour lui permettre de remplir ses obligations contractuelles en assurant, conformément aux dispositions légales ou réglementaires en vigueur à la date de notification du marché le complet achèvement de tous les travaux suivant les règles de l'art et la parfaite utilisation de l'ouvrage. / Il reconnaît avoir une parfaite connaissance des lieux et de l'ouvrage ainsi que de toutes les contraintes ou sujétions y afférents. Si des sondages relevés ou reconnaissances complémentaires nécessaires à l'exécution parfaite des prestations doivent être opérés, il ne pourra arguer en aucune façon de l'absence ou de l'insuffisance d'informations ou de renseignements postérieurs à la conclusion du marché pour s'exonérer de sa pleine et entière responsabilité. Ces interventions s'opéreront aux frais du titulaire pendant l'exécution du marché. ".
20. La SAS Razel-Bec soutient qu'elle a réalisé des essais de déflexion liés à une zone à risque qui n'avait pas été identifiée dans les documents de la consultation des entreprises, pour un montant de 4 307,69 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment des stipulations précitées de l'article 9.2 du CCAP, qu'il était prévu que ces interventions, qui au demeurant ne sont pas constitutives de travaux, soient réalisées aux frais du titulaire. Il s'ensuit que ces prestations ne peuvent être considérées comme des travaux supplémentaires non compris dans le marché initial.
21. En cinquième lieu, au titre de l'article 4.13 du CCTP : " () L'entrepreneur est responsable des erreurs de nivellement et de leur conséquences () ".
22. La société requérante sollicite le paiement d'une somme de 946,70 euros au titre de la reprise de nivellement du caniveau n° 86, dès lors qu'elle résulte d'une demande du maître d'œuvre qui n'a pas validé les travaux lors de la visite de chantier du 18 janvier 2017, en raison de la " présence de pentes disgracieuses avec effets de bosse ". Toutefois, la SAS Razel-Bec, en se bornant à produire des photos, un devis et un constat mémoire non signé par le maître d'œuvre ni les maîtres de l'ouvrage, ne conteste pas utilement l'existence d'une erreur de nivellement qui aurait conduit à cet " effet bosse ", alors au demeurant qu'elle a repris les travaux sans contester le bien-fondé de la demande du maître d'œuvre. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à demander le paiement des travaux supplémentaires correspondants.
23. En sixième lieu, l'article 2.2.7 du CCTP stipule que " () le projet nécessite une intervention au niveau des seuils des entrées () les adresses concernées sont les suivantes : Sortie parking au n° 96 " et qu'il appartient au titulaire de procéder à la " fourniture et [à la] pose d'une bordure en granit droit 10x20 cm avec ressaut et nez arrondi finition flammée. ".
24. Il ressort de ces stipulations que la nécessité de poser une bordure au n° 96 a été actée dès la rédaction des documents contractuels. Dans ces conditions, la SAS Razel-Bec n'est pas fondée à en demander le paiement pour la somme de 773,90 euros au titre des travaux supplémentaires. La circonstance que la bordure n'ait pas été mentionnée dans les plans de calepinage est à cet égard sans incidence.
25. En septième lieux, aux termes de l'article 9.2 du CCAP : " Le titulaire après avoir visité les lieux reconnaît que les dossiers contractuels qui lui sont remis à la date de conclusions du marché sont suffisants pour lui permettre de remplir ses obligations contractuelles ". Selon l'article 9.1 du même cahier : " Le titulaire est responsable de toute dégradation et/ou désordre susceptible d'affecter les ouvrages voisins () ". Enfin, l'article 1.8.10 du CCTP stipule que : " () L'entrepreneur prendra toutes les dispositions nécessaires () pour la protection des façades, des murets etc. principalement lors des opérations de démolition. / () ".
26. En vertu de ces stipulations, tous les travaux au droit des façades ou destinés à les protéger étaient compris dans le prix forfaitaire du marché initial. La circonstance, au demeurant non établie comme il a été dit au point 12, que ces travaux aient été rendus nécessaires en raison de l'imprécision des documents contractuels est à cet égard sans incidence. Dès lors, la SAS Razel-Bec n'est pas fondée à demander la somme de 19 757, 50 euros au titre de la reprise sur seuils des façades.
27. En huitième lieu, la SAS Razel-Bec demande que la somme de 7 620,90 euros correspondant à la modification des travaux d'assainissement soit portée à son crédit. Toutefois, en se bornant à produire des demandes de dérogations et des devis qui n'ont été signés ni du maître d'œuvre ni des maîtres de l'ouvrage, elle n'établit pas que cette modification correspond à une demande expresse du maître d'œuvre. Elle ne démontre pas davantage que la technique retenue a entraîné un surcoût par rapport à l'opération initialement prévue, les seules pièces produites étant des échanges de courriers électroniques qui énumèrent les différentes solutions techniques sans en mentionner le coût. La société requérante demande également le paiement de la somme de 1 161,90 euros correspondant à la réalisation d'une bordure de remplacement sur un raccord existant. Toutefois, en se bornant à produire une fiche d'adaptation qu'elle a elle-même établie et qui n'est signée ni du maître d'œuvre ni des maîtres de l'ouvrage, alors au surplus que les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes font valoir qu'il s'agit d'une initiative unilatérale de sa part et qu'aucune demande ne leur a été transmises, elle ne démontre pas avoir répondu à une demande du pouvoir adjudicateur. Enfin, si la SAS Razel-Bec demande le paiement de la somme de 3 415,20 euros en raison de l'immobilisation d'une équipe pour le " carrefour Caryon ", elle n'assortit cette demande d'aucune précision permettant d'en établir le bien-fondé. Dans ces conditions, ces travaux ne sauraient être considérés comme des travaux supplémentaires non prévus au marché.
28. Enfin, pour les mêmes raisons que celles évoquées au point 9 ci-dessus, la SAS Razel-Bec n'est pas fondée à demander l'indemnisation de travaux supplémentaires qui auraient été réalisés par ses sous-traitants.
29. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, que la requête de la SAS Razel-Bec doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des intérêts moratoires, de leur capitalisation et de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que la SAS Razel-Bec demande au titre des frais exposées par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Razel-Bec la somme demandée par les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes sur le même fondement.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Le requête de la société par actions simplifiée (SAS) Razel-Bec est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par les communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Razel-Bec et aux communes d'Asnières-sur-Seine et de Bois-Colombes.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
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