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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2013258

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2013258

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2013258
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCORNETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 décembre 2020 et régularisée le 6 février 2021, et des mémoires enregistrés le 23 décembre 2021 et le 12 avril 2022, Mme F D, représentée par Me Cornette, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 octobre 2020 par laquelle la commune de Clamart (Hauts-de-Seine) a prononcé son licenciement ;

2°) de condamner la commune de Clamart à lui verser la somme de 54 661, 88 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Clamart la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée de vices de procédure, dès lors que la commune de Clamart l'a licenciée sans entretien préalable et sans avoir saisi la commission consultative paritaire en amont ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a été victime d'une agression raciste le 22 septembre 2020, de harcèlement et de discrimination ;

- les motifs de licenciement retenus, qui ne sont pas matériellement établis, sont illégaux, alors notamment qu'elle n'était plus en période d'essai lorsque son licenciement est intervenu ;

- la décision attaquée révèle en réalité une sanction déguisée et un détournement de pouvoir, pour lesquels la procédure requise n'a pas été suivie.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er octobre 2021 et le 12 mai 2022, la commune de Clamart conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme D la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable car tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 mars 2021, le tribunal a proposé aux parties de régler leur litige par une médiation. A la suite du refus de Mme D, l'affaire est retournée à l'instruction le 29 juillet 2021.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 modifié ;

- le décret n° 2016-1858 du 23 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;

- et les observations de Me Cornette, représentant Mme D, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a été recrutée par la commune de Clamart (Hauts-de-Seine) à compter du 1er septembre 2020, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'un an, pour exercer les fonctions d'auxiliaire de puériculture au sein de la crèche de Normandie, dans le grade d'auxiliaire de puériculture principal de 2ème classe. Par la présente requête, elle demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 17 octobre 2020 par laquelle la commune de Clamart a prononcé son licenciement à compter du 13 octobre 2020, et, d'autre part, de condamner la commune de Clamart à lui verser la somme de 54 661,88 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si Mme D soutient que la décision de licenciement a été prise par Mme C, directrice de la crèche, lors d'un entretien du 28 septembre 2020, il ressort des pièces du dossier que cet échange, s'il a eu pour objet d'évoquer les incidents et difficultés relationnelles rencontrées par l'intéressée dans l'exercice de ses fonctions, n'a matérialisé aucune décision de licenciement formelle, quand bien même une éventuelle procédure de licenciement aurait été évoquée. Le moyen tiré de l'incompétence de Mme C manque donc en fait. Quant à la décision de licenciement attaquée, en date du 17 octobre 2020, elle a été prise par M. B E, adjoint délégué au personnel au maire de la commune de Clamart, dont la compétence n'est pas contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice d'incompétence dont serait entachée la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " () Le licenciement en cours ou au terme de la période d'essai ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable au cours duquel l'agent peut être assisté par la personne de son choix conformément au troisième alinéa de l'article 42. La décision de licenciement est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. () "

4. Si Mme D soutient que son licenciement lui a été annoncé lors de l'entretien du 28 septembre 2020 qu'elle a eu avec la directrice de la crèche et la psychologue, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a dit au point 4 ci-dessus, que cet échange, dédié aux difficultés rencontrées par la requérante depuis sa prise de poste, ne peut être regardé comme le préalable à une décision de licenciement. D'ailleurs, la commune de Clamart a par la suite adressé un courrier du 2 octobre 2020 à Mme D afin de la convoquer à un entretien préalable à son licenciement, qui a eu lieu le 12 octobre 2020. Au cours de cet entretien, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été assistée par un représentant du personnel, avant de recevoir la décision de licenciement en litige, notifiée par lettre recommandée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence d'un entretien préalable au licenciement manque en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 20 du décret n° 2016-1858 du 23 décembre 2016 relatif aux commissions consultatives paritaires de la fonction publique territoriale : " I. Les commissions consultatives paritaires connaissent : / 1° Des questions d'ordre individuel relatives : / a) Au licenciement d'un agent contractuel intervenant postérieurement à la période d'essai, à l'exception de l'agent recruté en application des articles L. 333-1, L. 333-12 et L. 343-1 du code général de la fonction publique ; () ". Selon l'article 4 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 : " Le contrat peut comporter une période d'essai qui permet à la collectivité territoriale ou à l'établissement public d'évaluer les compétences de l'agent et à ce dernier d'apprécier si les fonctions occupées lui conviennent. / La durée initiale de la période d'essai peut être modulée à raison d'un jour ouvré par semaine de durée de contrat, dans la limite : () - de deux mois lorsque la durée initialement prévue au contrat est inférieure à deux ans ;() ".

6. Il ressort de l'article 8 du contrat à durée déterminée de Mme D qu'il a été signé pour une durée d'un an, du 1er septembre 2020 au 31 août 2021, et qu'une période d'essai de deux mois, qui courait jusqu'au 31 octobre 2019, a été contractuellement prévue. Il s'ensuit que Mme D était encore en période d'essai lorsque son licenciement a été prononcé, le 13 octobre 2020. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut de saisine de la commission consultative paritaire, qui ne s'impose, en vertu des dispositions précitées de l'article 20 du décret n° 2016-1858 du 23 décembre 2016, que pour les agents contractuels licenciés postérieurement à leur période d'essai.

7. En quatrième lieu, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral et de discrimination de soumettre au juge des éléments de faits susceptibles de faire présumer l'existence de tel agissements. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement ou discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Si Mme D soutient avoir été victime de réflexions répétées, déplacées et racistes de la part d'une de ses collègues, ainsi que d'une " agression raciste au sujet de son odeur corporelle " de la part de la référente éducatrice jeune enfant de sa section, elle n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations, les témoignages qu'elle produit et qui font état de ses qualités professionnelles n'émanant pas de personnels de la crèche, tandis que leurs auteurs ne peuvent être identifiés. La circonstance que Mme D ait porté plainte est à cet égard sans incidence, aucune poursuite n'ayant été diligentée par l'autorité judiciaire. De même, le courrier de son psychologue daté du 17 novembre 2020, au demeurant peu circonstancié, ne permet pas de présumer une situation de harcèlement ou de discrimination. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la commune de Clamart a commis une erreur d'appréciation en ne reconnaissant pas des agissements constitutifs de harcèlement et de discrimination, ni même que de tels agissements aient pu être la cause de son licenciement.

9. En cinquième lieu, si Mme D soutient que les motifs retenus pour la licencier sont illégaux dès lors qu'il lui est seulement reproché de ne pas " dire bonjour à la directrice " et que cette dernière de " l'a pas sentie à l'aise ", il ressort de la décision attaquée que les motifs de licenciement énumérés sont le " non-respect des règles de sécurité des enfants (), une posture professionnelle inadaptée, une intégration et une communication difficile avec les membres de [l'] équipe, et [un] langage et [un] comportement inapproprié avec [ses] collègues de travail ainsi que devant les enfants ". A l'espèce, il est reproché à Mme D d'une part de ne pas avoir respecté les règles de sécurité en laissant des enfants seuls sans surveillance sur la terrasse le 9 septembre 2020, et en ne relevant pas la barrière de sécurité d'un lit à barreau pendant une sieste le 18 septembre 2020, d'autre part d'avoir injurié ses collègues, faisant preuve d'agressivité, en présence des enfants, notamment à l'issue de l'entretien du 28 septembre 2020 qu'elle a eu avec la directrice de la crèche. Si, pour s'en défendre, Mme D soutient qu'elle n'a pas commis les faits qui lui sont reprochés, elle ne les conteste pas utilement, en n'apportant que des témoignages de personnes ne travaillant pas à la crèche, et au demeurant non signés, alors par ailleurs que la commune de Clamart produit de nombreux témoignages concordants de la part des personnels de la crèche et permettant d'établir la matérialité des faits reprochés. De tels motifs étant susceptibles de fonder un licenciement, en l'espèce avant la fin de la période d'essai ainsi qu'il a été dit au point 6 ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. Enfin, au vu de ce qui vient d'être dit, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est fondée sur des motifs disciplinaires. Les moyens tirés de l'existence d'une sanction déguisée et d'un détournement de pouvoir doivent donc être écartés. Il en va de même, par voie de conséquence, des moyens tirés de ce que la procédure disciplinaire requise n'aurait pas été respectée.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que le licenciement de Mme D n'est pas illégal.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. En l'absence de faute de la commune de Clamart, les conclusions indemnitaires de Mme D tendant à ce qu'elle soit condamnée à lui verser la somme de 54 661,88 euros en réparation des préjudices qu'elle lui a fait subir doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. La commune de Clamart n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de Mme D présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a également lieu de rejeter les conclusions de la commune de Clamart présentées sur le même fondement.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Clamart sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D et à la commune de Clamart.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. CORDARY

La présidente,

Signé

C. ORIOLLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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