Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106338

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106338
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par la SARL Media Hub Outremer d'une demande de réduction de sa cotisation foncière des entreprises (CFE) pour 2020, contestant la surface imposable retenue par l'administration (63 m²) au lieu des 20 m² déclarés. Le tribunal a jugé que l'administration avait méconnu le principe général des droits de la défense en modifiant la base déclarée sans mettre en œuvre une procédure contradictoire préalable. En conséquence, il a prononcé la décharge partielle de l'imposition à hauteur de 1 033 euros, correspondant à l'excédent des bases imposées sur celles déclarées. Cette décision s'appuie sur les articles 1447, 1467 et 1467 A du code général des impôts, ainsi que sur le principe général des droits de la défense.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 mai 2021et 15 décembre 2023, la SARL Media Hub Outremer, représentée par M. A, mandataire, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction, à hauteur de 1 033 euros, de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison de l'activité qu'elle exploite au 8 rue Godefroy à Puteaux (92) ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 486,38 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le service a entaché la procédure d'imposition d'irrégularité dès lors qu'il a établi la cotisation litigieuse sur des bases supérieures à celles spontanément déclarées (soit 63 m² au lieu de 20 m² de surface taxable) sans mettre en œuvre la procédure contradictoire applicable aux impositions locales ;

- conformément à sa déclaration, elle n'occupait qu'une surface de 20 m².

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huon, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Media Hub Outremer, qui exploite une activité d'agence de publicité, a été assujettie à la cotisation foncière des entreprises au titre de l'année 2020 à raison de locaux professionnels qu'elle occupe au 8, rue Godefroy à Puteaux (92) et dont le service a fixé la surface à 63 m². Le 7 décembre 2020, la société a présenté une réclamation tendant à la réduction de l'imposition qui lui a été ainsi assignée en faisant valoir qu'elle n'occupait que 20 m² de bureaux au cours de la période de référence. A la suite du rejet de cette réclamation, la contribuable réitère ses prétentions devant le juge de l'impôt.

Sur les conclusions à fin de décharge partielle :

2. D'une part, aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée () ". Aux termes de l'article 1467 de ce code : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence définie aux articles 1467 A et 1478 () ". Enfin, l'article 1467 A du même code dispose : " Sous réserve des II, III IV et VI de l'article 1478, la période de référence retenue pour déterminer les bases de cotisation foncière des entreprises est l'avant-dernière année précédant celle de l'imposition ou le dernier exercice de douze mois clos au cours de cette même année lorsque cet exercice ne coïncide pas avec l'année civile. ".

3. D'une part, lorsqu'une imposition est, telle la cotisation foncière des entreprises, assise sur la base d'éléments qui doivent être déclarés par le redevable, l'administration ne peut établir, à la charge de celui-ci, des droits excédant le montant de ceux qui résulteraient des éléments qu'il a déclarés qu'après l'avoir, conformément au principe général des droits de la défense et à défaut d'applicabilité de la procédure de redressement contradictoire prévue par les articles L 55 à L 61 du livre des procédures fiscales, mis à même de présenter ses observations.

4. Il est constant que la SARL Media Hub Outremer a déposé, le 18 mai 2018, une déclaration initiale de cotisation foncière des entreprises (formulaire 1447-C-SD) mentionnant qu'elle sous-louait, à Puteaux, un local de 20 m² à la société Havas. L'administration, estimant qu'au 31 décembre 2018, la requérante disposait en réalité d'un local de 63 m², s'est bornée, pour établir l'imposition au titre de l'année 2020, à modifier la surface déclarée par la société sans l'informer de son intention de procéder à cette rectification ni, par suite, la mettre à même de présenter ses observations éventuelles. Par conséquent, en établissant des droits excédant le montant de ceux qui résultaient des éléments déclarés par la SARL Media Hub Outremer, le service a méconnu le principe général des droits de la défense et entaché la procédure d'imposition d'irrégularité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la SARL Media Hub Outremer est fondée à demander la décharge de la fraction de cotisation foncière des entreprises qui lui a été assignée au titre de l'année 2020 correspondant à l'excédent des bases imposées sur celles déclarées, dans la limite de la somme de 1 033 euros revendiquée dans sa requête.

Sur les frais du litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à la SARL Media Hub Outremer.

D E C I D E :

Article 1 : La SARL Media Hub Outremer est déchargée de la fraction de cotisation foncière des entreprises qui lui a été assignée au titre de l'année 2020 correspondant à l'excédent des bases imposées sur celles déclarées et ce, dans la limite de la somme de 1 033 euros revendiquée par la contribuable.

Article 2 : L'Etat versera à la SARL Media Hub Outremer une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Media Hub Outremer et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme Richard, première conseillère,

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

L'assesseure la plus ancienne

signé

A. RICHARD

Le président

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.