Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208664

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208664
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantQUIENE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande d'indemnisation de M. B, qui sollicitait 5 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'absence de relogement suite à une décision de la commission de médiation du Val-d'Oise le 20 décembre 2019 et à une ordonnance du 23 décembre 2020. Le tribunal a estimé que la responsabilité de l'État n'était pas engagée, car M. B n'avait pas donné suite à une proposition de logement reçue le 18 janvier 2021, son absence prolongée à l'étranger ne constituant pas un motif valable de refus. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de la construction et de l'habitation, notamment l'article L. 441-2-3-1, et le code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 10 juin 2022 et le 22 avril 2024, M. A B, représenté par Me Quiene, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle à défaut de réponse du bureau d'aide juridictionnelle sur sa demande ;

2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros à parfaire en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2022, date de sa demande indemnitaire préalable au préfet ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-d'Oise le 20 décembre 2019 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 23 décembre 2020 ordonnant son relogement n'a pas été exécutée ;

- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'il est hébergé et dort dans le salon de son hébergeant ;

- il n'a jamais reçu de proposition de logement en 2021 car à cette époque, il était temporairement à l'étranger ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 28 juillet 2022, 3 et 29 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que :

- les moyens ne sont pas fondés ;

- l'intéressé a été relogé le 17 octobre 2022 ;

- l'intéressé a reçu une proposition de logement le 18 janvier 2021 à laquelle il n'a pas donné suite ;

- si l'intéressé était absent du territoire national, son absence de deux mois et demi ne peut être regardée comme ayant été de courte durée.

Vu :

- l'ordonnance n° 2005642 du 23 décembre 2020 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger M. B sous astreinte de 100 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 20 décembre 2019, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance n° 2005642 du 23 décembre 2020, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son relogement sous astreinte de 100 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 14 février 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à l'indemniser des préjudices subis.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. En l'absence d'urgence et, au surplus, en l'absence de dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle alors que la requête a été enregistrée le 10 juin 2022 et qu'un courrier a été adressé en ce sens à Me Quiene le 29 mars 2024, il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne les fautes et la période de responsabilité de l'État :

6. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 20 décembre 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B au motif qu'il était en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à l'intéressé avant le 20 juin 2020, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, l'ordonnance n° 2005642 du 23 décembre 2020 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger M. B sous astreinte de 100 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution.

7. Il résulte de ce qui précède que le requérant établit l'existence de carences fautives imputables à l'État dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

8. Si le préfet du Val-d'Oise fait valoir, en défense qu'il a adressé, dès le 18 janvier 2021, une proposition de logement à M. B qui n'y a pas donné suite, l'intéressé soutient et établit qu'il était temporairement absent du territoire national et plus précisément pour la période du 17 novembre 2020 au 27 janvier 2021. Ainsi la circonstance que l'intéressé soit resté injoignable au moment de la présentation de l'offre ne peut le faire regarder comme ayant fait obstacle à l'aboutissement de cette procédure de relogement. En revanche, il est constant que M. B a été relogé le 17 octobre 2022. Ainsi, la période de responsabilité de l'État doit être regardée comme ayant couru du 20 juin 2020 au 17 octobre 2022.

En ce qui concerne les préjudices :

9. Si la commission de médiation, dans sa décision, avait reconnu la demande de logement social de M. B comme prioritaire et urgente au motif qu'il était en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long, il résulte également de l'instruction que M. B, qui est célibataire, était dépourvu de logement depuis 2016, hébergé chez un tiers et que ses revenus ne lui permettaient pas d'accéder à un logement par ses propres moyens. Compte tenu des conditions de logement de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, il sera donc fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 570 euros.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. B la somme de 570 euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. B la somme de 570 (cinq cent soixante-dix) euros tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Quiene et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.

La magistrate désignée

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

1