Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210352

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210352
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de la SARL Incity Immobilier, qui contestait des suppléments d'impôt sur les sociétés pour 2015. La société demandait la décharge partielle de ces impositions, invoquant notamment une provision pour décote de terrain. Le tribunal a jugé la requête irrecevable pour tardiveté, la décision de rejet de la réclamation préalable ayant été régulièrement notifiée le 9 août 2021, rendant le recours introduit le 8 juillet 2022 hors délai. Cette irrecevabilité est fondée sur l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 juillet 2022 et 1er mars 2023, la SARL Incity Immobilier, représentée par Me Le Mentec, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge partielle, en droits et pénalités, des suppléments d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignés au titre de 2015, en conséquence d'une réduction de basede 531 571 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 7 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle n'a eu connaissance de la décision statuant sur sa réclamation que le 13 juin 2022 ;

- elle a souscrit, dans les délais, une déclaration de résultat rectificative au titre de l'exercice clos en 2015, faisant apparaître une provision d'un montant de 590 634 euros correspondant à la décote du terrain qu'elle détenait du fait de la non délivrance du permis de construire ; cette provision, dont, par ailleurs le montant est dûment justifié, pouvait donc être valablement portée en déduction ;

- le rehaussement opéré par l'administration au titre de l'année 2018 lors de la reprise de la provision non admise en déduction en 2015 conduit à une double imposition.

Par des mémoires enregistrés les 23 janvier 2023 et 2 avril 2024, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscale Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante a introduit sa requête plus de deux mois après la notification de la décision statuant sur la réclamation ;

- au surplus, les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Incity Immobilier, exerçant une activité de promotion immobilière de logements, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle des impositions supplémentaires d'impôt sur les sociétés lui ont été notifiés par une proposition de rectification du 16 décembre 2016. Par des réclamations des 14 décembre 2020 et 19 février 2021, rejetées le 5 août 2021, la société a contesté ces impositions à hauteur d'un montant en base de 531 571 euros. Par la requête susvisée, la SARL Incity Immobilier réitère ses prétentions devant le tribunal.

2. Aux termes de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales : " L'action doit être introduite devant le tribunal compétent dans le délai de deux mois à partir du jour de la réception de l'avis par lequel l'administration notifie au contribuable la décision prise sur la réclamation, que cette notification soit faite avant ou après l'expiration du délai de six mois prévu à l'article R. 198-10. / () ". Dans le cas où le contribuable soutient qu'une décision rejetant sa réclamation préalable ne lui a pas été notifiée et qu'ainsi le délai de recours contentieux prévu à l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales ne court pas, il incombe à l'administration fiscale d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée. La preuve incombant ainsi à l'administration peut être rapportée soit par les mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale, soit par une attestation de l'administration postale ou par d'autres éléments de preuve établissant cette notification.

3. Par une décision du 5 août 2021, l'administration fiscale a rejeté les réclamations présentées par la SARL Incity Immobilier les 14 décembre 2020 et 19 février 2021, contre les suppléments d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre de l'année 2015. Il ressort des pièces versées au dossier par l'administration que cette décision a été a été présentée au siège social de la société le 9 août 2021 par un courrier recommandé avec avis de réception portant le numéro 2C14040840502, retourné au service revêtu de la mention " pli avisé non réclamé " à l'issue du délai de mise en instance. Par suite, l'administration fiscale, qui n'était pas tenue de procéder à une seconde notification à la requérante ou à son mandataire, établit par les mentions claires, précises et concordantes portées sur le pli en cause, que la décision en litige doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée le 9 août 2021. Dans ces conditions, et alors que la circonstance qu'une copie de la décision a été envoyée au conseil de la requérante le 13 juin 2022 n'a pas eu pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux, la requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 8 juillet 2022 était tardive. Dès lors, la fin de non-recevoir soulevée en défense par l'administration doit être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par la SARL Incity Immobilier ne peut qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Incity Immobilier est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Incity Immobilier et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscale Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210352