Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308617

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2308617
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en formation sociale, a rejeté la requête de M. A B qui contestait un titre exécutoire émis par le département du Val-d'Oise pour le recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 24 882,68 euros. Le juge a estimé que l'indu était fondé, car le requérant et son épouse avaient omis de déclarer plus de 120 000 euros de ressources créditées sur leurs comptes bancaires entre 2019 et 2021, en violation des articles L. 262-2, L. 262-3 et R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles. L'argument selon lequel ces sommes provenaient de l'activité d'une société n'a pas été retenu.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juin 2023 et 5 juillet 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 19 juillet 2023, M. C A B demande au tribunal d'annuler l'avis des sommes à payer émis par la paierie départementale du Val-d'Oise le 24 janvier 2023 en vue du recouvrement de la somme de 24 882,68 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (RSA).

Il soutient que la créance n'est pas fondée.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 28 mars 2024, 3 juillet 2024 et 5 juillet 2024, le département du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, faisant valoir que l'indu est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Une pièce complémentaire du département du Val-d'Oise a été enregistrée le 12 juillet 2024 qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B et son épouse sont allocataires du RSA depuis le mois de mai 2018. Le 2 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise leur a notifié un indu pour la somme totale de 34 102,68 euros pour diverses allocations versées à tort entre le 1er septembre 2019 et le 31 août 2022. La fraction de cette créance correspondant à un indu de RSA d'un montant de 24 882,68 euros a été transférée au département du Val-d'Oise. M. A B s'est alors vu réclamer cette somme par le département par un avis de somme à payer daté du 24 janvier 2023. Par la présente requête M. A B demande l'annulation de ce titre exécutoire.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime exceptionnelle de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu qu'il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " [] L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active [] ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. ".

4. Il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles que l'allocataire du revenu de solidarité active est tenu, à chaque nouveau trimestre, de déclarer auprès de l'organisme payeur de l'allocation l'ensemble de ses ressources, dès lors qu'elles ne figurent pas dans la liste de l'article R. 262-11 du même code, lequel énumère limitativement les prestations, indemnités ou allocations qui sont exclues des ressources à prendre en compte au titre de l'article R. 262-6 précité, et ce, quelle que soit leur origine, leur montant, leur appellation ou le régime de déclaration auquel elles sont soumises par une législation indépendante des dispositions du code de l'action sociale et des familles concernant le revenu de solidarité active.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête de la CAF du Val-d'Oise du 24 février 2022 établi par un agent assermenté, que M. et Mme A B ont bénéficié de nombreux virements, chèques et dépôts d'espèce en provenance de tiers entre les mois de juin 2019 et de février 2021 sur le compte de Mme A B, la CAF ayant découvert à l'occasion de ce contrôle que cette dernière était également la gérante d'une société fondée par son mari. La CAF a ainsi identifié plus de 120 000 euros de ressources créditées sur leurs comptes bancaires entre mai 2019 et avril 2021, non déclarées à la CAF. Si le requérant soutient que ces mouvements bancaires résultent de l'activité de sa société " Concept auto " à une période où le compte de la société avait été fermé, obligeant les dépenses et recettes de cette société à transiter sur le compte personnel de sa femme, ces allégations ne sont aucunement établies par les pièces du dossier, alors qu'en tout état de cause M. A B ne justifie aucunement d'un motif pour lequel cette situation se serait prolongée pendant près de deux ans. Par conséquent, et dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement que M. et Mme A B étaient tenus de déclarer à la CAF l'ensemble des ressources perçues par le foyer qu'ils forment, le département du Val-d'Oise est fondé à réclamer l'indu mis à la charge de M. A B.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au département du Val-d'Oise.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle La greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière