Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2310405

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2310405
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise (Pôle Social) a rejeté la requête de M. B, qui contestait la décision du département des Hauts-de-Seine de réduire de 50 % son RSA pour avril 2023 en raison de sa radiation de Pôle Emploi. Le tribunal a estimé que la décision de sanction était légale, car fondée sur les articles L. 262-28 et suivants du code de l'action sociale et des familles, et que la procédure contradictoire avait été respectée. Les conclusions indemnitaires ont été jugées irrecevables faute de réclamation préalable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet 2023 et 25 mars 2024, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 1er septembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a maintenu, sur recours administratif préalable obligatoire du 2 mai 2023, sa décision du 21 avril 2023 le sanctionnant d'une réduction de 50 % du montant du revenu de solidarité activé (RSA) d'avril 2023 versable en mai 2023 ;

2°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de lui reverser la somme de 263,36 euros qui ne lui avait pas été versée en mai 2023 ;

3°) de condamner le département des Hauts-de-Seine à lui verser la somme de 500 euros en vue de réparer les troubles dans ses conditions d'existence ;

4°) de mettre à la charge de l'État un montant qu'il appartiendra au tribunal de fixer sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

s'agissant de la suspension du RSA:

- la décision méconnaît le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pu faire valoir ni observations écrites, ni observations orales, qu'il n'a pas été informé des griefs à son encontre et qu'il n'a pas été mis à même de solliciter communication de son dossier ;

- elle méconnaît le principe de légalité, prévu par les dispositions de l'article L. 100-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

s'agissant des conclusions indemnitaires :

- il a subi des troubles dans ses conditions d'existence dont il est fondé à obtenir réparation à hauteur de 500 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute d'avoir été précédé d'une réclamation préalable indemnitaire ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire de M. B a été enregistré le 8 juillet 2024 qui n'a pas été communiqué.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, est bénéficiaire du RSA depuis 2014. Par une décision du 21 avril 2023, le département des Hauts-de-Seine a suspendu son allocation pour le mois d'avril 2023 versée en mai 2023 à hauteur de 50 % au motif qu'il avait été radié de Pôle Emploi. Par un courrier du 2 mai 2023, reçu le 4 mai 2023 par le département, M. B a contesté cette décision. En gardant le silence sur cette réclamation préalable obligatoire, le département a fait naître une décision implicite de rejet dont le requérant demande l'annulation. Il demande également à être indemnisé des préjudices qu'il a subis en raison de cette décision illégale.

Sur l'objet du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Par une décision du 14 septembre 2023, que le département a produit dans la présente instance, le département des Hauts-de-Seine a explicitement rejeté le recours préalable obligatoire présenté par M. B à l'encontre de la décision suspendant le versement de son RSA. Dès lors, les conclusions de la requête, dirigées contre la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours préalable obligatoire de M. B doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 14 septembre 2023 par laquelle cette commission a explicitement rejeté sa demande.

Sur les conclusions d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 262-28 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu, lorsqu'il est sans emploi ou ne tire de l'exercice d'une activité professionnelle que des revenus inférieurs à une limite fixée par décret, de rechercher un emploi, d'entreprendre les démarches nécessaires à la création de sa propre activité ou d'entreprendre les actions nécessaires à une meilleure insertion sociale ou professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 262-29 du même code : " Le président du conseil départemental oriente le bénéficiaire du revenu de solidarité active tenu aux obligations définies à l'article L. 262-28 : 1° De façon prioritaire, lorsqu'il est disponible pour occuper un emploi au sens des articles L. 5411-6 et L. 5411-7 du code du travail ou pour créer sa propre activité, soit vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du même code, () ". Aux termes de l'article L. 262-34 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active orienté vers l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail élabore conjointement avec le référent désigné au sein de cette institution ou d'un autre organisme participant au service public de l'emploi le projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 5312-1 du code du travail dans sa rédaction alors applicable : " Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-37 du même code : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental () 3° Lorsque le bénéficiaire du revenu de solidarité active, accompagné par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du code du travail, a été radié de la liste mentionnée à l'article L. 5411-1 du même code ; () ".

6. Il appartient au juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre une décision de radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active prononcée sur le fondement de l'article L. 262-38 du code de l'action sociale et des familles, à la suite d'une décision de suspension prise au titre de l'article L. 262-37 du même code, laquelle ne présente, pas davantage que la mesure de suspension qui l'a précédée, le caractère d'une sanction, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et notamment des pièces justificatives le cas échéant produites en cours d'instance par le requérant. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé pour la période courant à compter de la date de suspension des droits et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

7. En premier lieu et compte tenu de l'office du juge énoncé au point précédent, le moyen tiré de ce que le département des Hauts-de-Seine n'aurait pas respecté la procédure contradictoire, qui tient aux vices propres de la décision attaquée, est inopérant et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.100-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration agit dans l'intérêt général et respecte le principe de légalité ". Si le requérant soutient que le département des Hauts-de-Seine a méconnu le principe de légalité, il n'apporte pas les précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen, qui ne pourra donc qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Si M. B doit être regardé comme soutenant que la décision ayant suspendu son RSA est illégale et donc fautive, il résulte des énonciations du présent jugement que cette décision n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions indemnitaires de M. B visant à être indemnisé des conséquences de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Le département n'étant pas la partie perdante, il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de mettre à sa charge les frais réclamés par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle La greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière