Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312328
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2312328 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 septembre 2023 et le 27 juin 2024, M et Mme B, représentés par Me Sadoun, demandent au tribunal, dans le dernier état de leur écritures :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 10 368,38 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de leur accorder le concours de la force publique, avec intérêts de droit ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants sans titre du logement dont ils sont propriétaires ;
- le préjudice subi s'élève à 10 368,38 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues du 31 août 2023 au 6 juin 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut que la responsabilité de l'Etat n'est engagée qu'à hauteur de 9 900 euros.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baude en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Baude a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M et Mme B demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser une indemnité de 10 368,38 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de leur accorder le concours de la force publique pour expulser, en exécution d'une ordonnance du juge des référés du tribunal de proximité de Courbevoie du 31 août 2022, les occupants sans titre du logement dont ils sont propriétaires 7 allée d'Orléans à Neuilly-sur-Seine.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
3. L'article L. 412-6 de ce code dispose par ailleurs : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. "
4. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité. L'autorité de police dispose, sous réserve de l'application éventuelle de l'article L. 412-6, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et que, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir la réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice est à l'origine.
5. Il résulte de l'instruction que les requérants ont requis le concours de la force publique le 25 janvier 2023. Le préfet, au terme du délai de deux mois dont il disposait pour répondre à la réquisition, a implicitement refusé de l'accorder le 25 mars 2023. La période de responsabilité de l'Etat a ainsi commencé à courir à compter du 1er avril 2023 pour s'achever le jour de la libération effective des lieux, soit le 6 juin 2024.
Sur le préjudice :
6. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.
7. Il résulte de l'instruction que les parties ont conclu le 5 décembre 2023 un protocole transactionnel aux termes duquel les époux B ont été indemnisés du préjudice subi du fait de la carence de l'Etat pour la période antérieure au 31 août 2023. Il résulte également de l'instruction, et notamment du contrat de bail et du décompte de la dette locative, que la perte de loyers et de charges subie par les requérants pour la période du 1er septembre 2023 au 6 juin 2024, s'élève à la somme de 10 120 euros, comprenant à la fois les provisions mensuelles et les soldes annuels de charges locatives. Ainsi, il y a lieu de fixer au montant de 10 120 euros l'indemnité due par l'Etat à la requérante en réparation de leur préjudice locatif.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 10 120 euros le préjudice subi par les requérants à raison du refus de concours de la force publique.
Sur les intérêts :
9. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. " La société requérante a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité en capital prévue au point 8 à compter du 18 mai 2023, date de leur demande d'indemnisation préalable au préfet des Hauts-de-Seine.
Sur la subrogation :
10. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'État dans les droits que détiennent les requérants à l'encontre des occupants du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'État, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Elle peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
12. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er :L'Etat est condamné à verser aux époux B la somme de 10 120 euros avec intérêt au taux légal à compter du 18 mai 2023, date à laquelle la demande préalable indemnitaire préalable a été réceptionnée par l'administration.
Article 2 : Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de M. et Mme B à l'encontre des occupants du logement en cause durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 3 :L'État versera à M. et Mme B une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C B et à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressé au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
F. - E. Baude
La greffière,
signé
S. Le GueuxLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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