Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313264

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313264
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a condamné l’État à indemniser M. A, reconnu prioritaire pour un logement d’urgence en juillet 2019, en raison de l’absence de relogement malgré une injonction du tribunal en août 2020. La carence fautive de l’État a engagé sa responsabilité sur le fondement des articles L. 300-1 et suivants du code de la construction et de l’habitation. Toutefois, le tribunal a réduit l’indemnisation en raison du comportement du requérant, qui n’a pas renouvelé sa demande de logement social à partir d’avril 2021. L’État a été condamné à verser 2 000 euros à M. A pour les troubles dans ses conditions d’existence subis jusqu’à cette date.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2023, ainsi que des pièces enregistrées les 18 juin 2024 et 20 juin 2024, M. B A, représenté par Me Fratacci, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 10 juillet 2019 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 25 août 2020 enjoignant à son relogement n'a pas été exécutée ;

- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'il a été hébergé

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine demande au tribunal de tenir compte des circonstances qu'il fait valoir pour fixer le montant de l'indemnisation.

Il fait valoir que le comportement du requérant a fait obstacle à son relogement, ce dernier n'ayant pas renouvelé sa demande de logement social après le 11 avril 2021.

Vu :

- la décision du 20 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A l'aide juridictionnelle totale ;

- le jugement n° 2001884 du 25 août 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. A ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 10 juillet 2019, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement du 25 août 2020, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 22 février 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

4. D'une part, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 10 juillet 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A au motif qu'elle était hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement, logée dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. A dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 10 janvier 2020. D'autre part, le jugement n° 2001884 du 25 août 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de M. A avant le 1er novembre 2020 n'a reçu aucune exécution.

5. Toutefois le préfet fait valoir que la demande de logement social de M. A a été radiée le 11 avril 2021 pour cause de non-renouvellement. M. A, qui n'a pas répliqué au mémoire en défense, n'apporte aucune explication sur les circonstances ayant conduit à cette radiation, ni n'atteste avoir depuis lors formé une nouvelle demande de logement social. Dès lors et dans les circonstances de l'espèce, la négligence de M. A doit être regardée comme un comportement ayant fait obstacle à l'exécution de la décision de la commission de médiation. Par suite, le préfet est fondé à soutenir qu'il est exonéré de toute responsabilité dans la faute mentionnée au point 4 à compter du 11 avril 2021.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant est seulement fondé à soutenir que l'État a fait preuve de carences fautives dans la mise en œuvre de son obligation de relogement entre le 10 janvier 2020 et le 11 avril 2021.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que M. A a continué d'être hébergé en résidence sociale jusqu'en juillet 2021. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l'État à assurer son relogement, fautive à compter du 10 janvier 2020, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.

8. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, qui a pris fin le 11 avril 2021, et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 300 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A la somme de 300 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à M. A de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 300 (trois cents) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. MonteagleLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière

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