Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313441

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313441
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise s'est prononcé sur la requête de M. A contestant des indus de revenu de solidarité active (RSA), de prime d'activité, d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) et de prime exceptionnelle de fin d'année. Le tribunal a relevé d'office son incompétence pour connaître du litige relatif à l'indu d'AEEH, renvoyant cette partie au juge judiciaire en application de l'article L. 241-9 du code de la sécurité sociale. Sur le fond, la solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le tribunal a examiné les moyens soulevés par le requérant, notamment l'absence de connaissance de l'obligation de déclarer une pension de retraite étrangère et sa situation financière difficile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 20 mars 2023, un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 909,55 euros, mis à sa charge par la décision du 21 février 2023 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 20 mars 2023, un indu de prime d'activité de 911,90 euros, mis à sa charge par la décision du 21 février 2023 ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 20 mars 2023, un indu d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH), mis à sa charge par la décision du 21 février 2023 ;

4°) d'annuler la décision du 25 février 2023 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2022 pour la somme de 274,41 euros, ensemble la décision du 18 septembre 2023 ayant rejeté son recours gracieux.

Il soutient que :

- il n'avait pas connaissance de l'obligation de déclarer une pension de retraite versée par une caisse de retraite étrangère dans une devise étrangère, alors qu'il y a de grandes difficultés à obtenir des documents algériens et que les fonds sont bloqués en Algérie ;

- il est avec son épouse dans une situation financière difficile, ayant à sa charge un adolescent en situation de handicap ;

- la CAF opère des retenues dont il ne comprend pas la logique pour obtenir le remboursement de la dette.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le tribunal est incompétent pour statuer sur les conclusions de M. A en tant qu'elles portent sur un indu d'AEEH ;

- le département n'est pas compétent pour défendre sur les indus d'APL et de prime d'activité ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire en défense de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, a été enregistré le 1er juillet 2024 qui n'a pas été communiqué.

Par un courrier du 12 juin 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen qui, étant d'ordre public, doit être relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. A demandant l'annulation de la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux formé le 20 mars 2023 contre la décision du 21 février 2023 mettant à sa charge un indu total de 2 626,81 euros en tant que cette décision porte sur un indu d'AEEH, dès lors que seul le juge judiciaire est compétent pour connaître de la contestation des litiges relatifs à cette allocation, comme le prévoient les dispositions de l'article L. 241-9 du code de la sécurité sociale.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,

- et les observations de M. A, présent.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 21 février 2023, la CAF des Hauts-de-Seine a notifié à M. A, allocataire du RSA depuis 2017, un indu de 2 626,81 euros, correspondant à un indu de RSA, de prime d'activité et d'AEEH. Le 25 février 2023, la CAF lui a également notifié un indu de 274,41 euros correspondant à un trop-perçu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2022. Par un courrier du 30 mars 2023, adressé à la CAF des Hauts-de-Seine, M. A doit être regardé comme ayant exercé un recours administratif préalable contre la décision du 21 février 2023, qui a fait l'objet d'un rejet implicite, et un recours gracieux contre la décision du 25 février 2023, qui a été rejeté par une décision du 18 septembre 2023. Par la présente requête, le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, de la décision du 25 février 2023 et de la décision du 18 septembre 2023.

Sur la compétence du juge administratif :

2. L'article L. 541-1 du code de la sécurité sociale prévoit que : " Toute personne qui assume la charge d'un enfant handicapé a droit à une allocation d'éducation de l'enfant handicapé, si l'incapacité permanente de l'enfant est au moins égale à un taux déterminé. / Un complément d'allocation est accordé pour l'enfant atteint d'un handicap dont la nature ou la gravité exige des dépenses particulièrement coûteuses ou nécessite le recours fréquent à l'aide d'une tierce personne () ". Aux termes du I de l'article L. 241-6 de ce même code : " I.- La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées est compétente pour : () / 3° Apprécier : a) Si l'état ou le taux d'incapacité de la personne handicapée justifie l'attribution, pour l'enfant ou l'adolescent, de l'allocation et, éventuellement, de son complément mentionnés à l'article L. 541-1 du code de la sécurité sociale, de la majoration mentionnée à l'article L. 541-4 du même code, (); / b) Si les besoins de compensation de l'enfant ou de l'adulte handicapé justifient l'attribution de la prestation de compensation dans les conditions prévues à l'article L. 245-1 ". Aux termes de l'article L. 241-9 du même code : " Les décisions relevant () des 2°, 3° et 5° du I de l'article L. 241-6 peuvent faire l'objet de recours devant la juridiction du contentieux technique de la sécurité sociale () ".

3. Il résulte de ces dispositions que les litiges relatifs à l'AEEH relèvent de la compétence de la juridiction du contentieux de la sécurité sociale. Ils ne ressortissent donc pas de la compétence de la juridiction administrative. Dès lors, les conclusions d'annulation de M. A, en tant qu'elle porte sur une indu d'AEEH, doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur le surplus des conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'indu de RSA et de prime d'activité :

4. D'une part aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-13 de ce code : " Il n'est tenu compte ni des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu mentionnées à l'article R. 262-12, ni des allocations aux travailleurs involontairement privés d'emploi mentionnées par les articles L. 5422-1, L. 5423-1 et L. 5423-8 du code du travail, lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. () ". Selon l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

5. Aux termes de l'article L. 841-1 du code de sécurité sociale, " La prime d'activité a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat. " Aux termes de l'article L. 842-3 de ce code : " La prime d'activité est égale à la différence entre :1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () "

6. Au cas particulier, les indus en litige résultent d'omissions dans les déclarations trimestrielles de ressources de M. A auprès de la CAF des Hauts-de-Seine à compter du 1er novembre 2021, le requérant ayant omis de déclarer une pension de retraite en provenance d'une caisse de retraite algérienne qui lui était versée sur un compte en Algérie, mais que la caisse nationale d'assurance vieillesse lui verse directement depuis le 1er septembre 2022 à hauteur de 335 euros par mois. Le requérant, qui atteste des versements en provenance de cette caisse de retraite tant dans ses écritures qu'au regard des pièces qu'il produit, soutient qu'il ne se savait pas dans l'obligation de déclarer cette ressource perçue depuis l'étranger dans une devise étrangère et qu'il ne peut utiliser que lorsqu'il est en Algérie. Il soutient également que le remboursement de cet indu le place dans une situation financière délicate compte tenu notamment qu'il a encore un enfant handicapé à charge, qu'il ne comprend pas les retenues opérées par la CAF pour obtenir le remboursement de cet indu, qu'il est difficile d'obtenir depuis la France des documents algériens. Aucune de ces circonstances n'est de nature à remettre en cause le bien-fondé de la décision qui constate que M. A a perçu le RSA et la prime d'activité auxquels il n'avait pas droit compte tenu du niveau de ses ressources.

En ce qui concerne l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :

7. D'une part, en application de l'article 3 du décret du 14 décembre 2022, visé ci-dessus, la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2020 est versée aux bénéficiaires du revenu de solidarité active qui perçoivent cette allocation pendant les mois de novembre ou décembre de l'année concernée. D'autre part, aux termes de l'article 6 de ce décret : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ".

8. En l'espèce, les droits de M. A à la prime exceptionnelle de fin d'année ont été ouverts du fait de ses droits au revenu de solidarité active pour les mois de novembre et décembre 2022. Toutefois, et comme il a déjà été dit précédemment au point 6, M. A, qui n'avait pas déclaré l'ensemble de ses ressources, n'avait aucun droit au RSA pour les mois en cause. Le requérant n'avait dès lors aucun droit à la prime exceptionnelle de fin d'année. Par suite, la CAF est fondée à lui en réclamer le remboursement.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que les indus réclamés concernant le RSA, la prime d'activité et la prime exceptionnelle de fin d'année 2022 sont infondés. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions d'annulation présentées par M. A doit être rejeté.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er: La requête de M. A, en tant qu'elle porte sur un indu d'AEEH, est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département des Hauts-de-Seine.

Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. MonteagleLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière