Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313889

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2313889
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en formation sociale, a examiné la requête de M. A B contestant des indus d’aide personnalisée au logement (APL), de prime d’activité et de revenu de solidarité active (RSA), ainsi qu’un refus de versement du RSA. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable, faute pour le requérant d’avoir produit la preuve du recours administratif préalable obligatoire pour le RSA, et en l’absence de moyens suffisants pour contester le bien-fondé des indus d’APL et de prime d’activité. La solution retenue s’appuie sur les dispositions du code de l’action sociale et des familles, du code de la sécurité sociale et du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 octobre 2023, 24 octobre 2023 et 3 janvier 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 septembre 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a confirmé, après recours administratif préalable, qu'il était redevable d'un indu d'aide personnalisée au logement (APL) de 6 352 euros versée entre le 1er septembre 2021 et le 28 février 2023 et d'un indu de prime d'activité de 1 486,07 euros versée entre le 1er décembre 2020 et le 30 janvier 2023 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, après recours administratif préalable, qu'il était redevable d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 10 881,66 euros versé entre le 1er mars 2020 et le 31 janvier 2023 ;

3°) d'annuler décision du 19 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine lui a refusé le bénéfice du RSA.

Il soutient que les créances ne sont pas fondées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, la CAF des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- elle n'est pas compétente pour défendre en ce qui concerne les indus de RSA ;

- la requête, qui est dépourvu de moyens et de faits, est irrecevable ;

- les indus d'APL et de prime d'activité sont fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'est compétent pour défendre que sur les indus de RSA ;

- la requête, qui est dépourvu de moyens et de faits, est irrecevable ;

- l'indu de RSA est fondé.

Par un courrier du 2 juillet 2024, M. B a été invité à régulariser ses conclusions d'annulation relatives au refus de versement du RSA en attestant avoir formé le recours préalable obligatoire prévu l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles et en produisant, le cas échéant, la réponse du département des Hauts-de-Seine à son recours, étant informé qu'à défaut de production d'une telle preuve, ses conclusions seraient rejetées comme irrecevables.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience publique, au 2 août 2024 à 12h00, pour permettre aux parties d'apporter des pièces complémentaires au soutien de leurs écritures.

Un mémoire de M. B a été enregistré le 26 juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 13 février 2023, la CAF des Hauts-de-Seine a notifié à M. B, allocataire des APL depuis 2008 et du RSA depuis 2009, un indu de 18 719,73 euros, correspondant à des indus de RSA, de prime d'activité et d'APL. Après que M. B a contesté le bien-fondé de cette décision, la CAF a rejeté, par deux décisions du 7 septembre 2023, prises après avis de la commission de recours amiable, sa contestation des indus d'APL et de prime d'activité. Sa contestation de l'indu de RSA doit, quant à elle, être regardée comme ayant été implicitement rejetée par le département des Hauts-de-Seine. Par ailleurs, le 19 avril 2023, le département des Hauts-de-Seine l'a informé du refus de lui verser le RSA. Par la présente requête, le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions du 7 septembre 2023, de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire sur l'indu de RSA ainsi que de la décision du 19 avril 2023.

Sur les conclusions relatives aux indus :

2. D'une part aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-13 de ce code : " Il n'est tenu compte ni des ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou en tenant lieu mentionnées à l'article R. 262-12, ni des allocations aux travailleurs involontairement privés d'emploi mentionnées par les articles L. 5422-1, L. 5423-1 et L. 5423-8 du code du travail, lorsqu'il est justifié que la perception de ces revenus est interrompue de manière certaine et que l'intéressé ne peut prétendre à un revenu de substitution. () ". Selon l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 351-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Une aide personnalisée au logement est instituée. ". Aux termes de l'article L. 351-3 de ce même code : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer / 2. Les ressources du demandeur et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ". Aux termes de l'article R. 351-5 du même code : " Les ressources prises en considération pour le calcul de l'aide personnalisée sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 841-1 du code de sécurité sociale, " La prime d'activité a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes, qu'ils soient salariés ou non-salariés, à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat. " Aux termes de l'article L. 842-3 de ce code : " La prime d'activité est égale à la différence entre :1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () "

5. D'une part, les indus en litige résultent d'omissions déclaratives de M. B quant à la réalité de ses ressources et de sa situation professionnelle, M. B ayant omis de déclarer son activité d'auto-entrepreneur ainsi que de nombreux versements figurant sur ses relevés bancaires. M. B, qui doit être regardé comme se prévalant des termes de son recours administratif préalable, indique que ces versements sur son compte bancaire correspondent à des prêts consentis par des proches, dont il aurait justifié la réalité en produisant à la CAF des attestations de prêt. Toutefois les attestations dont se prévaut le requérant, rédigées dans des termes peu circonstanciés, ne permettent aucunement d'établir la réalité de ces prêts, d'autant que le requérant n'apporte aucune pièce bancaire à l'appui de ses allégations.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la CAF des Hauts-de-Seine a identifié, lors du contrôle, que M. B ne s'acquittait plus de son prêt immobilier, étant en situation d'impayé, de sorte qu'il ne pouvait plus prétendre au bénéfice des APL. Ce point-ci n'est aucunement contesté par M. B.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que les indus réclamés concernant le RSA, la prime d'activité et l'APL sont infondés.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions d'annulation relatives aux indus de RSA, d'APL et de prime d'activité présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives au refus de versement du RSA :

9. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée () ".

10. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.

11. M. B demande l'annulation de la décision du 19 avril 2023 par laquelle le département des Hauts-de-Seine a refusé de lui verser le RSA. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que M. B ait adressé au département des Hauts-de-Seine, conformément aux dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, un recours administratif préalable contre cette décision. Si M. B a produit, le 26 juillet 2024 en réponse à la demande de régularisation du tribunal, un courrier du 23 juillet 2024 dont il n'établit ni l'envoi, ni la réception et dont l'objet n'est pas clair, cette réclamation, à supposer qu'elle soit regardée comme un recours préalable contre la décision du 19 avril 2023 ayant fin au versement du RSA à son bénéfice, n'a pu faire naître aucune décision implicite de rejet en cours d'instance. Par suite, les conclusions d'annulation de M. B sont irrecevables et doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département des Hauts-de-Seine, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. MonteagleLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière