Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313913
lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313913 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 octobre 2023 et le 7 décembre 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 28 décembre 2023 et 5 septembre 2024, Mme B A née C demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 septembre 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande de remise de dette d'un indu de prime d'activité pour la somme de 1 255,98 euros ;
2°) de lui accorder une remise gracieuse totale de cette dette.
Elle soutient que :
- elle est de bonne foi dès lors que l'indu résulte d'une erreur de la CAF et qu'elle n'a jamais fait de fausses déclarations ;
- sa situation financière ne lui permet pas de rembourser la somme de 1 255,98 euros.
Par un mémoire enregistré le 22 août 2024, la CAF du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la rapporteure publique a été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 31 mars 2023, la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise a mis à la charge de Mme A la somme de 1 561,14 euros correspondant à un indu prime d'activité versée à tort entre 1er juillet 2021 au 31 mars 2022. Après que la requérante a sollicité une remise de sa dette restant à hauteur de 1 255,98 euros, le directeur de la CAF du Val-d'Oise lui a notifié un refus le 12 septembre 2023. Par la présente requête, Mme A conteste cette décision et demande au tribunal de lui accorder une remise de dette totale.
2. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. " Aux termes de l'article L. 845-3 du même code : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un allocataire ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.
4. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
5. Il résulte de l'instruction que l'indu de prime d'activité mis à la charge de Mme A trouve son origine dans un décalage entre les revenus déclarés par Mme A en 2022 à l'administration fiscales et ceux déclarés à la CAF dans le cadre de ses déclarations trimestrielles de ressources. Si cette omission a été détectée par la CAF en accédant aux données de l'administration fiscale, Mme A soutient qu'il s'agit d'une erreur commise de bonne foi et il n'est pas établi que cette erreur ait eu un caractère délibéré ou répété, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme A a simplement saisi par erreur comme " salaire " le " net à payer " figurant son bulletin de salaire. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, Mme A peut être regardée comme étant de bonne foi.
6. Toutefois et d'autre part, il résulte des pièces produites par Mme A que cette dernière, qui a un enfant à charge, né en 2004, avait un revenu fiscal de référence de 23 259 euros en 2021 et de 27 197 euros en 2022, qu'elle bénéficiait d'un logement mis à sa disposition par la commune pour laquelle elle travaille ne laissant à sa charge que 113 euros de charges mensuelles. Si Mme A se prévaut d'une situation exceptionnelle liée à son état de santé, elle atteste d'une reconnaissance en affection longue durée lui assurant une prise en charge de 100 % de ses dépenses de santé. Compte tenu du montant limité de l'indu en litige, pour lequel Mme A peut solliciter un plan de remboursement adapté à ses capacités, la requérante ne saurait dès lors être regardée comme étant dans l'incapacité de rembourser cette dette.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions d'annulation de Mme A ainsi que par voie de conséquence sa demande tendant à ce que lui soit accordée la remise de sa dette.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A née C et à la caisse d'allocations familiales Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. MonteagleLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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