Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2314858

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2314858
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à indemniser Mme B, reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 3 juin 2015, pour son absence de relogement. La carence fautive de l'État a été établie à compter du 3 décembre 2015, et le préjudice a été évalué en fonction de la persistance de sa situation de logement précaire jusqu'à son relogement le 13 juin 2024. Le tribunal a appliqué les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour engager la responsabilité de l'État.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 6 novembre 2023 et le 21 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Cousin C, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros, à parfaire, en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 080 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 3 juin 2015 ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle est en situation d'errance depuis plus de douze années, hébergée dans des résidences sociales puis chez des particuliers.

- si elle n'a pas répondu à une offre de logement faite en 2015, elle était en déplacement à l'étranger ; le logement proposé en 2018 était trop exposé au soleil ce qui ne convenait pas à son état de santé ;

- elle s'est vu proposer un logement le 19 avril 2024 ; ce logement lui a été attribué ; elle est en attente de signature du bail ;

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mai et 28 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine demande au tribunal de modérer le montant de l'indemnisation accordée et fait valoir que :

- la requérante a fait l'objet d'une proposition de logement le 4 janvier 2016 qui n'a pas abouti en raison de son indisponibilité au moment de la procédure ;

- la requérante a refusé, en septembre 2018, une proposition de logement ; il lui appartient de démontrer que ce refus était légitime ;

- l'intéressée a été relogée le 13 juin 2024.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 3 juin 2015, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 3 août 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour proposer une offre de logement.

En ce qui concerne la responsabilité :

4. La commission de médiation a reconnu, le 3 juin 2015, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B au motif qu'elle était logée dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à Mme B avant le 3 décembre 2015, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif.

5. La requérante établit donc l'existence d'une carence fautive de l'État dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

En ce qui concerne la période de responsabilité et l'évaluation du préjudice :

6. Il résulte de l'instruction que la situation de logement ayant motivé la décision de la commission de médiation a persisté jusqu'au 13 juin 2024, date à laquelle le relogement de Mme B est intervenu. La persistance de cette situation depuis le 3 décembre 2015, date à laquelle la carence de l'Etat a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir qu'une proposition de logement a été adressée à l'intéressée dès 2016 et que la procédure a échoué faute pour la requérante d'avoir été joignable, le fait d'être restée injoignable pendant une période limitée lors de la présentation d'une offre de logement, en l'espèce pendant quelques jours, n'est pas de nature à faire regarder la requérante, qui était à l'étranger, comme ayant refusé cette offre sans motif valable. En revanche, le préfet des Hauts-de-Seine fait également valoir qu'une proposition de logement a été adressée à la requérante le 12 septembre 2018 pour un logement adapté à ses besoins et capacités. Si la requérante soutient qu'elle n'a pu accepter ce logement dès lors qu'il était trop exposé au soleil et à la chaleur ce qu'elle ne pouvait alors pas supporter en raison de son traitement par chimiothérapie, elle ne l'établit pas. Dès lors la période de responsabilité doit être regardée, en l'espèce, comme ayant pris fin le 21 août 2018.

7. Compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, entre le 3 décembre 2015 et le 21 août 2018, et de la composition de son foyer, Mme B vivant seule, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la requérante à la somme totale de 700 euros.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme B la somme de 700 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à Mme B de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'État versera à Mme B la somme de 700 (sept cents) euros.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2024.

La magistrate désignée

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière

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