Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315426
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2315426 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Baguet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme totale de 54 900 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, à parfaire et assortir des intérêts au taux légal capitalisés à compter du 1er septembre 2019 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 1er mars 2019 ;
- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle occupe, avec ses cinq enfants, un logement trop étroit moyennant un loyer disproportionné, alors qu'elle est atteinte de handicap.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les préjudices dont se prévaut la requérante ne présentent pas un caractère certain.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 1er mars 2019, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a, par l'intermédiaire de son conseil, saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 17 juillet 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 54 900 euros en réparation des préjudices subis.
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
4. En l'espèce, la commission de médiation a reconnu, le 1er mars 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement social de Mme A au motif qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à l'intéressée avant le 1er septembre 2019, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. Il résulte de ce qui précède que la requérante établit l'existence d'une carence fautive imputable à l'État dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
5. Toutefois, il résulte également de l'instruction que Mme A occupe, avec cinq de ses enfants, un logement de type T4 et d'une surface habitable de 70 mètres carrés qui ne présente donc pas un caractère suroccupé contrairement à ce qu'elle soutient. Par ailleurs, si elle se prévaut du caractère disproportionné du loyer qu'elle supporte évoquant un loyer de 1 200 euros pour environ 1 025 euros de revenus mensuels, il résulte de l'instruction que plusieurs des enfants de la requérante travaillent ainsi qu'en attestent les bulletins de salaires versés au dossier. Le caractère disproportionné du loyer supporté n'est donc pas établi. Enfin, s'il est constant que Mme A est atteinte de handicap, elle se borne à produire un certificat médical datant de 2022 soulignant les difficultés liées à l'absence d'ascenseur mais qui, compte tenu de son imprécision, de son caractère isolé et de son ancienneté ne suffit pas à démontrer le caractère inadapté du logement occupé au handicap de la requérante.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la requérante doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée
signé
H. Lepetit-CollinLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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