Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316268
vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316268 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 décembre 2023, 5 mai 2024 et 7 juillet 2024, Mme B D, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle a été confirmée, sur recours préalable obligatoire reçu le 30 novembre 2020, l'indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 19 099,10 euros mis à sa charge le 14 octobre 2020 par la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine;
2°) d'annuler l'avis de somme à payer émis par le département des Hauts-de-Seine le 23 mars 2021 en vue du recouvrement d'un montant de 19 099,10 euros, décision révélée par la saisie administrative à tiers détenteur dont elle a fait l'objet le 18 février 2022 ;
3°) d'annuler l'avis de somme à payer émis par le département des Hauts-de-Seine le 19 mars 2024 en vue du recouvrement d'un montant de 19 099,10 euros ;
4°) de la décharger du paiement de cette somme ;
5°) d'enjoindre à la CAF des Hauts-de-Seine de lui rembourser les sommes déjà prélevées ;
6°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
en ce qui concerne la décision relative à l'indu de RSA :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'étant implicite, sa motivation n'est pas connue et qu'elle a formé le 4 décembre 2023 une demande de communication des motifs via son espace allocataire sur le site caf.fr ;
- elle est entachée de vices de procédure, la commission de recours amiable de la CAF des Hauts-de-Seine n'ayant pas été saisie préalablement à l'édiction de la décision contestée et faute pour la CAF de rapporter la preuve que l'agent qui a mené l'enquête était assermenté, conformément aux exigences des dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale ;
- la CAF n'établit pas le bien-fondé de cette dette, ni dans son principe, ni dans son montant alors qu'elle remplit les conditions d'attribution du RSA ;
En ce qui concerne le titre exécutoire émis le 23 mars 2021 :
- le titre exécutoire est entaché d'un vice de forme, dès lors qu'il ne précise pas les bases de liquidation de la créance ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'il n'est pas justifié de la signature du bordereau de recettes ;
- la créance n'est pas fondée, puisqu'elle n'a perçu aucune somme indue ;
En ce qui concerne le titre exécutoire émis le 19 mars 2024 :
- il méconnaît l'effet suspensif du recours contentieux, prévu par les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dès lors qu'il a été émis en cours d'instance après que la présente requête a été introduite, qui conteste la décision prise sur recours préalable ayant confirmé l'indu de RSA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, ainsi que des pièces, enregistrées le 7 mai 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions d'annulation de l'indu, enregistrées le 4 décembre 2023, sont tardives, dès lors que la décision notifiant un indu date du 14 octobre 2020, que le rejet implicite du recours préalable contre cette décision est acquis depuis le 30 janvier 2021, que la requérante en a eu nécessairement connaissance au plus tard le 21 mars 2021, date de l'émission d'un titre de recette, ou le 18 février 2022, date d'émission d'une saisie à tiers détenteur ;
- les conclusions d'annulation de l'avis de somme à payer émis par le département des Hauts-de-Seine le 23 mars 2021 sont irrecevables, faute pour Mme D de produire la décision attaquée alors qu'elle n'a jamais sollicité copie de cette décision au département ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La CAF des Hauts-de-Seine a produit des pièces, enregistrées le 16 février 2024.
Par un courrier du 7 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'avis de sommes à payer du 30 janvier 2021, qui ont perdu leur objet en cours d'instance, dès lors qu'un nouvel avis de sommes à payer a été émis le 19 mars 2024 par la paierie départementale des Hauts-de-Seine portant sur le même montant et ayant le même objet et qu'il y a lieu, en conséquence, de rediriger les conclusions et les moyens de la requérante contre ce nouveau titre exécutoire.
Vu :
- la décision du 13 mars 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Des pièces de Mme D ont été enregistrées les 21 et 31 juillet 2024, après clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Après un contrôle de sa situation, Mme D s'est vu réclamer par la CAF des Hauts-de-Seine par une décision du 14 octobre 2020 la somme de 19 251,55 euros correspondant au RSA perçu entre le 1er novembre 2017 et le 30 septembre 2020. Elle a contesté cette décision devant le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine par un recours préalable qui a été reçue le 30 novembre 2020, mais qui a été implicitement rejetée. Mme D demande l'annulation de cette première décision. Le 23 mars 2021, le département des Hauts-de-Seine a émis un titre de recettes en vue du recouvrement de la dette de Mme D. Le 18 février 2022, une saisie administrative à tiers détenteur a été mise en œuvre à l'encontre de Mme D, par laquelle cette dernière indique avoir eu connaissance de l'existence du titre de recette du 23 mars 2021. Par la présente requête, Mme D demande également l'annulation de ce titre de recettes. Enfin, en cours d'instance, le département des Hauts-de-Seine a émis le 19 mars 2024 un nouveau titre de recettes portant sur le même montant de 19 099,10 euros au titre du même indu. La requérante demande également, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de ce nouvel avis de sommes à payer.
Sur les conclusions d'annulation relatives à l'indu de RSA :
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
3. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.
4. La convention de gestion du revenu de solidarité active conclue entre le département des Hauts-de-Seine et la caisse d'allocations familiales de ce département le 11 décembre 2020 exclut en son article 15 de recueillir l'avis de la commission de recours amiable pour les recours administratifs dirigés contre les décisions relatives au revenu de solidarité active. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles du fait de l'absence de saisine de cette commission, inopérant, doit être écarté.
5. En deuxième lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision expresse aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Une telle décision ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie.
7. D'autre part, Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
8. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
9. Les règles énoncées au point 8, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 7, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.
10. En l'espèce, Mme D soutient avoir sollicité le 4 décembre 2023 la communication des motifs de la décision par laquelle le département des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire et n'avoir reçu aucune réponse. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante doit être regardée comme ayant eu connaissance de la décision ayant rejeté implicitement sa réclamation contre l'indu de RSA au plus tard le 4 mai 2022, date à laquelle elle a présenté une demande d'aide juridictionnelle pour être assistée dans la contestation de cette décision, en application du principe énoncé au point 9. Ainsi, en sollicitant une communication des motifs de ce refus implicite le 4 décembre 2023, soit plus d'un an après avoir eu connaissance de la décision implicite, Mme D a excédé le délai raisonnable de recours. Dès lors, Mme D doit être regardée comme n'ayant pas formé sa demande de communication des motifs dans le délai de recours contentieux, conformément aux dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir que cette décision serait illégale du seul fait de son absence de motivation. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
11. En troisième lieu, selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents des caisses d'allocations familiales exerçant une mission de contrôle sont définies par un arrêté du ministre de la santé et de la protection sociale et du ministre de la famille et de l'enfance du 30 juillet 2004, qui renvoie aux dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale en ce qui concerne les conditions d'assermentation.
12. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.
13. Il résulte de l'instruction, et notamment du bulletin officiel de la santé n° 2017-10 publié le 15 novembre 2017, que Mme C A, agent de la caisse d'allocations familiales ayant procédé au contrôle de situation de la requérante et dont les nom et prénom sont apposés en fin du rapport d'enquête du 6 octobre 2020, a prêté serment le 28 juin 2016 et a été agréée le 26 juillet 2017. Par suite, cet agent était habilité pour effectuer un contrôle de la situation de la requérante. Le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle résultant du défaut d'assermentation et d'agrément de l'agent de la CAF qui priverait de caractère probant le rapport établi par cet agent doit être écarté.
14. En dernier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Et aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 3° Les aides de fin d'année qui peuvent être accordées par l'Etat aux allocataires du revenu de solidarité active ainsi qu'aux bénéficiaires de certaines allocations mentionnées à l'article L. 5423-24 du code du travail ou se substituant à ces dernières ; () ".
15. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. Par ailleurs, la personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
16. Au cas particulier, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'enquête du 2 octobre 2020, que l'agent assermenté en charge du contrôle des droits de Mme D au RSA a conclu, en se fondant sur l'examen des relevés bancaires du compte bancaire dont Mme D est la seule titulaire, que celle-ci avait résidé hors de France 252 jours au cours de l'année 2017, 280 jours au cours de l'année 2018, 239 jours au cours de l'année 2019 et 242 jours au cours de l'année 2020. Mme D ne conteste pas avoir séjourné à l'étranger au cours de ces différentes périodes, et ne fournit d'ailleurs aucune pièce ou justification susceptible de justifier de sa présence en France au cours des périodes litigieuses. Passant plus de trois mois par année civile à l'étranger, elle ne pouvait donc prétendre au versement du RSA. Il s'ensuit que Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'indu de RSA mis à sa charge n'est pas fondé.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision implicite par laquelle a été confirmée, sur recours préalable obligatoire, l'indu de RSA d'un montant de 19 099,10 euros mis à la charge de Mme D doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'annulation relatives au titre exécutoire :
En ce qui concerne le non-lieu à statuer sur le titre exécutoire émis le 23 mars 2021 :
18. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet.
19. Il résulte de l'instruction que le département a émis un nouveau titre exécutoire le 19 mars 2024 ayant le même objet et portant sur la même somme, ayant implicitement mais nécessairement procédé au retrait du titre exécutoire émis à l'encontre de Mme D le 23 mars 2021. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'avis de sommes à payer du 23 mars 2021.
En ce qui concerne la légalité de l'avis de sommes à payer du 19 mars 2024 :
20. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif (). ".
21. Par la présente requête introduite le 4 décembre 2023, Mme D a formé un recours contentieux à l'encontre de la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine avait rejeté le recours préalable obligatoire qu'elle avait présenté le 30 novembre 2020 contre la mise à sa charge d'un indu de RSA pour la somme de 19 251 euros et sur lequel le présent jugement au demeurant statue. Dès lors, le département ne pouvait, sans méconnaître les dispositions citées au point précédent, émettre un avis de sommes à payer le 19 mars 2024 en vue de lui réclamer paiement de cette somme alors que le recours contentieux qu'avait introduit Mme D suspendait tout recouvrement de cette dette.
22. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'avis de sommes à payer émis le 19 mars 2024 doit être annulé.
Sur les conclusions à fin de décharge :
23. Lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un indu d'une allocation, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé de la sanction qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle de la décision, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler la sanction, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
24. Au regard du motif d'annulation retenu par le présent jugement pour faire seulement droit aux conclusions d'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 19 mars 2024, il n'y a pas lieu de décharger Mme D du paiement de la somme que la décision contestée met à sa charge. Ses conclusions à fin de décharge ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
25. Le présent jugement annule seulement l'avis de sommes à payer émis le 19 mars 2024 au motif qu'il ne pouvait être émis en cours d'instance avant que le tribunal ne statue sur la régularité et le bien-fondé de l'indu de RSA mis à la charge de Mme D. De plus, il résulte des énonciations du présent jugement que l'indu de RSA est fondé et régulier. Par conséquent et à supposer même qu'il ait été procédé à la récupération d'une partie de la dette en février 2022 sous l'effet de la saisine administrative à tiers détenteur (SATD), soit avant l'introduction de la présente requête, il n'y a pas lieu d'enjoindre ni à la CAF, ni au département des Hauts-de-Seine de restituer à la requérante les sommes éventuellement déjà recouvrées au titre de cette indu. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
26. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 23 mars 2021.
Article 2 : L'avis de sommes à payer émis le 19 mars 2024 est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Bapceres et au département des Hauts-de-Seine.
Copie sera délivrée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. MonteagleLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
La greffière
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