Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316733
lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316733 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, la société anonyme In'li, représentée par Me Gallon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande indemnitaire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 18 488,45 euros en réparation des préjudices subis à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants de l'appartement n°414 et de l'emplacement de stationnement n°137 sis 42 rue Arthur Ranc à Plessis Robinson ;
3°) d'assortir la somme de 6 176,16 euros des intérêts au taux légal à compter du 9 mars 2023 et de leur capitalisation.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants de l'appartement n°414 et de l'emplacement de stationnement n°137 sis 42 rue Arthur Ranc à Le Plessis Robinson sur la période comprise entre le 11 septembre 2022 et le 30 novembre 2023 ;
- les préjudices subis s'élèvent d'une part, à la somme de 11 963,45 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues pendant la période de responsabilité, d'autre part, à une somme de 5 000 euros correspondant à l'impossibilité de disposer de son bien immobilier, enfin, à une somme de 1 525 euros correspondant aux frais de débours et d'avocat.
La requête de la société anonyme In'li a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société anonyme In'li demande au tribunal d'une part, l'annulation de la décision du 9 mai 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable, d'autre part, la condamnation de l'Etat à lui réparer le préjudice financier résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution de l'ordonnance de référé du tribunal de proximité d'Antony du 23 décembre 2021 autorisant l'expulsion des occupants d'un logement sis 42 rue Arthur Ranc au Plessis-Robinsson.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 mai 2023 :
2. La décision née implicitement le 9 mai 2023, portant rejet de la demande indemnitaire préalable formulée par la requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande de sorte qu'il y a seulement lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de la requérante formulées dans le cadre de la présente instance, les conclusions en annulation n'étant pas recevables.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
4. Il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié le 9 mai 2022 aux occupants du logement en cause et réceptionné en préfecture le 10 mai 2022. Par ailleurs, la société requérante a requis du préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique le 11 juillet 2022. Il s'ensuit que le préfet des Hauts-de-Seine disposait d'un délai de deux mois pour se prononcer, soit jusqu'au 11 septembre 2022. Le refus implicite du préfet engage donc la responsabilité de l'Etat à partir du 12 septembre 2022.
5. Il y a ainsi lieu de tenir l'Etat responsable de l'inexécution de l'ordonnance citée au point 1 du présent jugement entre le 12 septembre 2022 et le 30 novembre 2023, date à laquelle la société requérante a arrêté les comptes.
En ce qui concerne les préjudices allégués :
6. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.
7. En premier lieu, il résulte des décomptes et des pièces produits par la société requérante que, sur la période de responsabilité de l'Etat le montant total de la dette locative dont étaient redevables les occupants du logement en cause s'élevait à la somme de 15 419,72 euros, calculée sur la base d'une indemnité d'occupation totale de 13 299,22 euros et de 2 120,5 euros de provisions pour charges, de laquelle il convient de déduire la somme de 15 114,94 euros correspondant aux versements effectués par les occupants sur cette période, faute pour la société requérante d'avoir clairement manifesté sa volonté d'affecter ces versements à une dette clairement identifiée au titre de cette période de responsabilité. Il y a donc lieu de fixer à la somme de 304,78 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société anonyme In'li en réparation de son préjudice locatif.
8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les frais de procédure qui sont justifiés par la société requérante à hauteur d'une somme de 445,16 euros étaient nécessaires pour rechercher la responsabilité de l'Etat sur la période de responsabilité citée au point 5 du présent jugement. Il s'ensuit qu'il y a lieu de faire une exacte appréciation de l'indemnité due par l'Etat, à ce titre, en fixant son montant à une somme de 445,16 euros.
9. En dernier lieu, la société requérante demande que l'Etat lui verse une somme de 5 000 euros correspondant au préjudice résultant de l'impossibilité de disposer de son bien immobilier. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait subi du fait de l'absence d'octroi du concours de la force publique un préjudice distinct de celui cité au point 7 du présent jugement. Par suite, il y a lieu d'écarter la demande d'indemnisation à ce titre, de la société requérante.
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 749,94 euros, l'indemnité due par l'Etat à la société requérante en réparation des préjudices cités aux points 7 et 8 du présent jugement, résultant du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique, sur la période comprise entre le 12 septembre 2022 et le 30 novembre 2023.
Sur la subrogation :
11. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendrait la société requérante à l'encontre des occupants du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.
Sur les intérêts :
12. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il résulte de l'instruction que la demande de la société requérante a été reçue par l'administration le 9 mars 2023. La requérante a donc droit aux intérêts relatifs à l'indemnité en capital citée au point 10 du présent jugement.
Sur la capitalisation des intérêts :
13. L'article 1343-2 du code civil, dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
14. En l'espèce, la capitalisation des intérêts ayant été demandée pour la première fois le 13 décembre 2023, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 mars 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société anonyme In'li la somme de 749,94 euros avec intérêt au taux légal à compter du 9 mars 2023, date à laquelle la demande indemnitaire préalable a été réceptionnée par l'administration. Les intérêts échus à la date du 9 mai 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.
Article 2 :Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de la société anonyme In'li à l'encontre des occupants du logement en cause, durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 3 : L'Etat versera à la société anonyme In'li une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la société anonyme In'li et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Zaccaron Guérin La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 23167332
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