Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403938

jeudi 29 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationDALO Urgences

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en urgence dans le cadre du droit au logement opposable (DALO), concerne la demande de Mme B née C, reconnue prioritaire par la commission de médiation des Hauts-de-Seine le 21 juin 2023. La requérante conteste le refus d'une offre de logement, qu'elle juge inadaptée à son état de santé (pathologie respiratoire) car située au quatrième étage sans ascenseur. Le tribunal rejette l'argument du préfet selon lequel le refus serait abusif, estimant que l'administration n'a pas prouvé avoir informé clairement la requérante des conséquences d'un refus, comme l'exige l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation. En conséquence, il enjoint au préfet d'assurer le relogement de Mme B née C sous astreinte, conformément aux articles L. 441-2-3-1 et suivants du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mars 2024, Mme A B née C demande au tribunal statuant en application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation d'ordonner son relogement par l'État sous astreinte.

Elle soutient qu'elle a été reconnue par la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine comme prioritaire et devant être logée d'urgence par une décision en date du 21 juin 2023 et que si elle a reçu une offre de logement, cette proposition n'était pas adaptée à son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requérante a refusé une proposition de logement adaptée à sa situation sans motif légitime.

Vu :

- la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine en date du 21 juin 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Lepetit-Collin, vice-présidente,

- les observations de Mme B née C.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 778-5 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les dispositions des articles L. 300-1, L. 300-2, L. 441-2-3-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'État, désigné comme garant du droit au logement opposable reconnu par le législateur. Elles font obligation au juge, dès lors qu'il constate qu'une demande de logement a été reconnue comme prioritaire et devant être satisfaite d'urgence par la commission, sans qu'ait été offert un logement tenant compte des besoins et capacités du demandeur, tels que définis par la commission, d'enjoindre au préfet d'assurer le logement de l'intéressé, sauf si l'administration apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu.

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 441-16-2 du même code : " La commission de médiation, lorsqu'elle détermine en application du II de l'article L. 441-2-3 les caractéristiques du logement devant être attribué en urgence à toute personne reconnue prioritaire, puis le préfet, lorsqu'il définit le périmètre au sein duquel ce logement doit être situé et fixe le délai dans lequel le bailleur auquel le demandeur a été désigné est tenu de le loger dans un logement tenant compte de ses besoins et capacités, apprécient ces derniers en fonction de la taille et de la composition du foyer au sens de l'article L. 442-12, de l'état de santé, des aptitudes physiques ou des handicaps des personnes qui vivront au foyer, de la localisation des lieux de travail ou d'activité et de la disponibilité des moyens de transport, de la proximité des équipements et services nécessaires à ces personnes. Ils peuvent également tenir compte de tout autre élément pertinent propre à la situation personnelle du demandeur ou des personnes composant le foyer () ". Aux termes de l'article R. 441-16-3 du même code : " Le bailleur auquel le demandeur est désigné informe ce dernier ainsi que, le cas échéant, la personne assurant l'assistance prévue au troisième alinéa du II de l'article L. 441-2-3, dans la proposition de logement qu'il lui adresse, que cette offre lui est faite au titre du droit au logement opposable et attire son attention sur le fait qu'en cas de refus d'une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités il risque de perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation en application de laquelle l'offre lui est faite ". Il résulte de ces dispositions que le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation. Il appartient à l'administration d'établir que cette information a été délivrée au demandeur.

3. Il résulte de l'instruction que la demande de logement de Mme B née C a été reconnue prioritaire et comme devant être satisfaite en urgence par une décision de la commission de médiation des Hauts-de-Seine en date du 21 juin 2023. Une proposition de logement a été adressée à Mme B née C qui l'a refusée en janvier 2024 au motif qu'elle n'était pas adaptée à son état de santé, le logement étant situé au quatrième étage d'un immeuble sans ascenseur alors qu'elle souffre d'une pathologie respiratoire prohibant des exercices physiques mêmes modérés, tel que la montée d'escaliers ainsi qu'en atteste le certificat médical, établi le 6 décembre 2023, qu'elle produit au dossier. En outre, si Mme B née C a indiqué, au cours de l'audience publique, qu'elle avait par ouï-dire compris que le refus qu'elle allait opposer à cette proposition de logement était susceptible de lui faire perdre le bénéfice de la commission de médiation, faute pour le préfet d'établir que cette information a été clairement et de manière non ambigüe indiquée dans la proposition de logement qui a été adressée à la requérante, l'information exigée par l'article R. 441-16-3 précité du code de la construction et de l'habitation ne peut être regardée comme ayant été régulièrement délivrée. Dans ces conditions, la proposition de logement faite à Mme B née C ne peut, dans les circonstances de l'espèce, être de nature à délier l'État de son obligation de relogement à l'égard de la requérante. Par suite, il y a lieu d'enjoindre, en application des dispositions combinées de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation et du I de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le relogement de Mme B née C avant le 1er novembre 2024 et d'assortir cette injonction d'une astreinte, destinée au fonds prévu à l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation, de 100 (cent) euros par mois de retard à compter de cette date. Tant que cette injonction n'est pas exécutée, il incombe au préfet des Hauts-de-Seine de verser spontanément l'astreinte au fonds dès qu'elle est due pour une période de six mois, deux fois par an, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.

4. Il appartient au préfet des Hauts-de-Seine de justifier auprès du tribunal de l'exécution totale de l'injonction prononcée ci-dessus ou d'une cause d'inexécution. Il appartient également à la requérante de faire connaître toute évolution de sa situation.

D É C I D E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le relogement de Mme B née C avant le 1er novembre 2024 sous astreinte de 100 (cent) euros par mois par mois de retard. Le versement de l'astreinte due au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement sera effectué deux fois par an jusqu'au jugement de liquidation définitive.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B née C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 29 août 2024.

La vice-présidente désignée,

Signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition

La greffière