Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2408016
vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2408016 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 5, 21, 24 juin et 18 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Meurou, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien temporaire portant la mention " étudiant " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il est placé en situation irrégulière alors qu'il était titulaire d'un visa et d'attestations prolongeant la régularité de son séjour, en outre, il risque de ne plus pouvoir poursuivre sa formation universitaire ;
- les moyens suivants de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 2406185 rendue le 24 mai 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- la requête n°2406187, enregistrée le 29 avril 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 19 juillet 2024 à
10 heures.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Phu, greffière d'audience :
- le rapport de M. Poyet, juge des référés ;
- et les observations de Me Raymond, substituant Me Meurou, représentant M. B, requérant, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en précisant ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 27 mai 2004 à Constantine en Algérie, est entré sur le territoire français le 14 juillet 2023 muni d'un visa de type " D " portant la mention " étudiant " valable du 10 juillet 2023 au 8 octobre 2023. Le 9 septembre 2023, il a déposé une première demande de titre de séjour sur la plateforme de l'ANEF et une attestation de prolongation d'instruction valable du 2 octobre 2023 au 1er janvier 2024 lui a été délivrée. Par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 29 janvier 2024, M. B a demandé au préfet du Val-d'Oise de lui remettre un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans les plus brefs délais. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur la condition tenant à l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.
4. Il résulte de l'instruction que l'intéressé est entré régulièrement sur le territoire français en 2023, qu'il a déposé, le 9 septembre 2023, une première demande de titre de séjour sur la plateforme de l'ANEF, qu'une attestation de prolongation d'instruction valable du 2 octobre 2023 au 1er janvier 2024 lui a été délivrée, qu'il a demandé au préfet du Val-d'Oise, par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 29 janvier 2024, de lui remettre un titre de séjour portant la mention " étudiant ", dans les plus brefs délais, et qu'il produit un certificat de scolarité de la directrice d' " ENACO ", du 29 novembre 2023, qui atteste que l'intéressé est inscrit en formation de BTS - gestion de la PME depuis le 13 août 2022 pour l'année scolaire 2022-2023 au titre d'une formation dispensée d'une durée de 817,5 heures, un relevé de notes et d'assiduité pour la période du 13 août 2022 au 9 octobre 2023 qui précise une moyenne générale de 13,09 sur 20 avec le commentaire suivant : " c'est encourageant pour la suite. Poursuivez vos efforts ", qu'il souhaite poursuivre ses études en deuxième année de la formation BTS - gestion de la PME au titre de l'année scolaire 2023-2024 ainsi qu'une inscription à l'examen du BTS au sein de l'académie de Créteil-Paris-Versailles en 2024. Eu égard aux conséquences de la décision en litige sur la situation scolaire du requérant, celui-ci justifie se trouver dans une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies. Il y a donc lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. B, jusqu'à l'intervention du jugement au fond.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
8. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration, le juge des référés suspension ne pouvant décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir. Les conclusions de M. B tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour, mesure qui aurait les mêmes effets qu'une mesure d'annulation, doivent dès lors être rejetées.
9. Il y a lieu, en revanche, d'ordonner au préfet du Val-d'Oise, de procéder au réexamen de la demande de M. B et de lui délivrer d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance, d'une autorisation provisoire de séjour sans qu'il soit nécessaire, à ce stade, de prononcer l'astreinte sollicitée.
Sur les frais liés au litige :
10. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 800 euros pour M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement rejeté la demande de délivrance de titre de séjour de M. B est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la situation de M. B, et de le munir, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la présente ordonnance, d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit procédé au réexamen de sa situation ou jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise
Fait à Cergy, le 26 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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